Secret du chemin des glaces à Zanskar près de l'Himalaya
Le film, le Zanskar, le fleuve geléBonjour Véronique ! alors vous êtes cinéaste-conférencière, vous avez co-réaliser le film Himalaya, Zanskar, le chemin des glaces avec vos parents, Anne et Erik
Et c'est eux qui vous ont donné le goût à ce métier ?
Alors donné le goût, c'est sûr que moi j'ai baigné dedans depuis que je suis toute petite, après ça a été une décision de vie, c'était un choix de vie donc je me suis engagée là-bas c'est surtout pour partir dans l'Himalaya avec eux. Donc on a tous les 3 le même statut cinéaste-conférencier, mais on travaille en indépendant c'est-à-dire que l'on a un statut indépendant les uns des autres mais tout en travaillant ensemble.
Est-ce que vous pourriez nous décrire un peu cette région du Zanskar ?
Le Zanskar c'est une vallée qui est située au nord de l'Inde, sur le versant nord du grand Himalaya entre les 2 plus grandes chaînes du monde, le grand Himalaya et le Karakurum et le Zanskar c'est une vallée qui a une altitude comprise entre 3500 et 4000 mètres donc ça impose tout de suite des conditions rudes et assez sèche, donc c'est une vallée qui reste isolée pendant plusieurs mois dans l'année due à son altitude. Alors pour y accéder il y a une piste qui a été créée en 1980 et cette piste elle passe par un col à 4400 mètres, le col du Pensi La, donc cette piste est seulement ouvrable en été et puis en hiver elle est fermée à cause de la neige et du gel. Voilà c'est pourquoi le Zanskar est isolé pendant de long mois.
Alors dites-nous pourquoi être allé filmé dans cette région du Zanskar ?
C'est un peu un coup de coeur qu'on a eu. Donc à l'époque mes parents, en 1981, donc 1 an après l'ouverture de cette piste, ils étaient partis au Zanskar et ils ont entendu parler à cette époque là des conditions en hiver. Donc, en hiver il y a un accès qui permet de sortir de cette vallée c'est par le fleuve, un fleuve gelé voilà donc c'est vraiment pendant le mois de janvier, février jusqu'à la mi-mars. Et puis depuis, il y a de nombreux reportages qui ont été fait je pense notamment aux documentaires d'Olivier Föllmi il y a aussi également des réalisations de David Ducoin qui a écrit également des livres et nous ça nous a nourri pendant plusieurs années et un jour on s'est décidé pour partir là-haut.
Et ce tournage proprement dit, il vous a pris combien de mois ?
Il y a à peu près je dirai entre 2 mois, 2 mois et demi de tournage sur place.
Et comment ça c'est passé ?
Alors nous on est parti un petit peu à l'aveuglette c'est-à-dire qu'on est parti, on ne savait pas trop les caravanes qu'on allait rencontrer sur ce fleuve gelé. Donc le fleuve gelé, il est au fond de la vallée, il se fait prendre par les glaces sur plus de 100 km dans des gorges très encaissées, le soir les caravanes qui parcourent ce fleuve et bien elles sont obligées de dormir dans les grottes. La température peut descendre jusqu'à - 35, - 40°, donc c'est vraiment des conditions rudes et extrêmes. On est parti là-bas, quand on est arrivé au Laddakh, donc c'est un petit peu plus au nord, on a contacté des porteurs avec qui on s'est super bien entendu pendant tout le long du trek et eux nous on fait découvrir le Tchadar et on a suivi comme ça plusieurs caravanes. En tout, pour ramener ce film on a fait 4 fois le Tchadar.
Vous avez accompagné des gens, qu'est-ce que ces gens faisaient sur cette route ?
Alors les gens, ils utilisent ce fleuve c'est pour aller chercher du travail au Laddakh en tant que porteur pour le touriste ou même se ravitailler aller acheter du thé, du sel et du sucre, ou encore pour transporter du bois, emmener des enfants à l'école, si quelqu'un est malade éventuellement l'emmener dans un hôpital au Laddakh. En hiver, c'est vraiment l'unique lien entre le Zanskar et le Laddakh.
Combien de personnes traversent ce fleuve durant l'hiver ?
Alors au niveau des Zanskarpas, donc des gens, des locaux il faut compter je dirai peut-être 300 ou 400. Disons que juste pour les porteurs de bois il y en a 150 et il faut compter aussi à peu près entre 50 et 100 touristes donc c'est vraiment très variable, chaque année est différente. Je pense qu'il y a des années où le fleuve ça peut monter jusqu'à 600-700 personnes qui franchissent ce fleuve en hiver.
Pour vous, comment ça s'est passé de traverser ce fleuve gelé ?
Et bien ça...c'est froid ! Mais disons que nous on s'est un peu préparé en amont avant de partir là-bas. Donc, nous on habite dans les Alpes françaises, on faisait des footings, natation, le week-end on allait dormir dans les grottes en montagne pour s'entraîner dans des conditions minimes. Et puis, le matériel aussi, le matériel cinématographique il a fait un petit tour dans le congélateur pour voir comment il résistait au froid. Et puis après, sur le fleuve du coup on a bien évolué, mais c'est sûr que les nuits sont fraîches et le soir il ne faut pas se refroidir parce que si on se refroidit on passe une mauvaise nuit et puis le lendemain il faut continuer à avancer et il n'y a pas le choix quoi.
Dans le film vous dites que la glace est vivante c'est elle qui commande. Est-ce que vous avez une anecdote à ce propos ?
Alors là j'en ai une belle, c'est le soir quand on est dans les grottes, la nuit est tombée on est tous réfugié autour d'un feu et quand on rejoint nos duvets on entend le fleuve qui craque et ça résonne dans toutes les gorges et ça émet vraiment une présence c'est très très fort cette sensation, donc tout au long de la nuit on entend ces craquements de glace et c'est... ça me donne des frissons... Et puis, aussi la glace est vivante parce qu'elle est constamment en train de changer c'est-à-dire qu'un passage peut être bon pendant une heure et puis la glace peut s'effondrer et tout d'un coup on ne pourra pas passer par le chemin de glace mais on devra contourner par des falaises. C'est-à-dire qu'il est vraiment imprévisible et impermanent.
Est-ce qu'il y a des beaux moments autant le jour que la nuit ?
Moi je dirai que ce qui nous fait enjamber toutes les difficultés du Tchadar, le Tchadar ça veut dire le fleuve gelé dans la langue locale, et bien c'est le bonheur des gens...voilà. Donc les gens du Zanskar, les Zanskarpas ils ont vraiment une joie de vivre et nous ça nous a vraiment aidé au quotidien c'est-à-dire que ça chante ça rigole sur le fleuve et puis on avance et dès qu'il y a un petit problème il y a des solutions c'est hyper motivant, et voilà.
Justement vous avez eu besoin durant ce voyage, de soutien, de réconfort pour arriver jusqu'au bout ? Vous vous êtes aidé les uns les autres ? Comment ça c'est passé au niveau relations humaines ?
Au niveau des relations humaines, ça a été chaleureux très vite, alors je ne sais pas, on s'est vraiment lié d'amitié avec tous le monde. Peu importe où l'on est, dès qu'on est dans des conditions qui sont un petit peu difficile et bien le rapport humain est bien plus simple quoi, et bien plus direct et vrai et du coup là-bas on était tous dans le même froid on était tous sur le Tchadar, l'expérience on la vit tous ensemble et eux, les gens du Zanskar je dirai qu'il nous ont appris à gérer le froid parce que nous on vit ici finalement on a pas si froid que ça, puis le soir quand on a froid on se met au chaud près d'un poêle et puis voilà. Là-bas sur le Tchadar il n'y a pas le choix le soir,... il faut donc... donc eux ils nous ont appris comment gérer le froid à faire attention à nos mains en nous enduisant les mains avec du beurre de yack, les visages aussi, ou les pieds quand on doit passer les pieds dans l'eau, ils nous ont vraiment bien appris à ce niveau là quoi. Et puis, aussi eux ils sont là pour sonder la glace c'est-à-dire que les gens avec qui on est parti, on est parti avec un gars qui s'appelle Stansin, moi c'est dans la famille dans laquelle je suis restée chez cette homme là, il sonde la glace. Lui il la fait plus de 40 fois le Tchadar, donc il connaît les mauvais passages il connaît l'état de la glace. Il y a plein de glaces différentes et je dirai qu'il y a plus d'une centaine de glace différentes: la dure, l'humide, la sèche celle qui est en paillette, celle qui fait comme des petites feuilles, donc eux ils nous ont aussi appris à reconnaître les différentes glaces. Le soir dans les grottes on entend le Tchadar qui ronronne à côté et puis on entend, il y a aussi tout les rires et les chants qui résonnent dans les gorges, donc c'est des bonnes soirées autour du feu.
La vie au Zanskar, expérience personnelle
Maintenant, on va parler maintenant de vos autres voyages au Zanskar, Combien de temps y avez-vous passé ?
Le tournage du film a duré un peu plus de 2 mois et bien moi quand je suis rentrée en France, je n'avais qu'une idée c'était de repartir là-bas, donc je me suis volontairement fait bloquée un hiver au Zanskar. En tout, j'ai passé 8 mois dans l'Himalaya pendant ce voyage dont 5 mois vraiment au sein du Zanskar, au sein d'une famille dans un tout petit village. Une famille assez pauvre donc voilà ça c'était mon premier voyage ensuite, depuis j'essaie d'y retourner tous les ans pour passer 1 mois voir 2 mois là-haut. Donc en tout je pense que j'ai passé à peu près 1 an là-haut.
Comment avez-vous été accueillie dans la famille, par la population là-bas ?
Les premiers jours je dirai qu'on est un peu considérer comme une bête de foire, comme une curiosité, - bête de foire c'est peut-être un peu fort - c'est-à-dire que les gens, ils arrivent, ils regardent le moindre geste que l'on fait. Moi, du coup je m'évadais discrètement pour ne pas être épiée, puis avec le temps ça c'est super bien passé. Un accueil hyper chaleureux dans la famille, donc moi je suis restée dans la famille de Stansin. Stansin, lui, je dirai qu'il est un petit peu entre deux cultures, entre l'attrait pour tout ce qui est occidental donc la prospérité, la nouvelle économie qui est en train de se créer au niveau du tourisme et puis entre la tradition comment ça se faisait autrefois voilà, donc lui il part vivre surtout sur Leh, et sa femme elle reste plutôt au Zanskar, donc moi je restais avec sa femme et le grand-père.
Est-ce que vous vous souvenez quelle a été votre première impression en arrivant dans cette région du Zanskar ?
C'est très fort parce que c'est immense, c'est l'immensité, on est rien ! On est rien et c'est vraiment bon de se sentir rien... ça peut être effrayant mais quand on se laisse envelopper par ce sentiment c'est génial quoi ! Juste pour ces quelques minutes de rien que j'ai pu ressentir dans ma vie et bien je continue pour les ressentir une nouvelle fois et j'ai l'impression que plus on cherche ses moments moins on les trouve et c'est au moment où l'on lâche qu'on le trouve.
Est-ce que c'est dans ces moments que justement on se tourne vers l'autre, on s'oublie ? Est-ce que c'est aussi un peu ça ?
Alors vers l'autre je ne sais pas, l'autre ça reste encore un sentiment assez humain, mais je dirai on se retourne plus vers le ciel, la montagne,... L'autre il est aussi grain de sable que nous finalement mais je crois que ça va au-delà de ça. C'est un sentiment qu'on est un souffle de vent quoi, qui passe. Moi je sais que les quelques minutes où j'ai pu ressentir ça, c'est énorme et ça m'a changée, je le sais à l'intérieur.
Justement les Zanskaris ou les Zanskarpas, ils sont à majorité Bouddhistes, est-ce que vous l'avez ressenti dans la vie quotidienne ?
Ah oui, au quotidien c'est vraiment...apparemment le Bouddhisme est arrivé au Zanskar à peu près au 7ème siècle, donc ce serait des gens qui viendraient du Tibet qui sont peu à peu venus dans ces vallées. Ensuite il y a eu différents royaumes plus ou moins stables pendant plusieurs siècles et puis maintenant ça fait vraiment partie de l'Inde mais ce ne sont pas des hindouistes, ce sont vraiment des Bouddhistes. Ils ont gardé leur culture et leur religion Bouddhiste. Donc la majorité du Zanskar est Bouddhiste alors maintenant avec l'ouverture de la piste qui passe par le Pensi La, donc par le col, la piste d'été, et bien peu à peu on commence à avoir des musulmans qui viennent s'implanter au Zanskar, donc dans le village principal qui s'appelle Padum, donc le village principal du Zanskar et bien il faut compter à peu près environ 90 % de Bouddhistes et 10 % de musulmans et le Bouddhisme on le ressent vraiment au quotidien dans les familles, à savoir déjà que dans chaque village on trouve un monastère qu'on appelle Gompa à peu près 1 ou 2 membres de la famille fait partie de ce monastère en tant que lama ou en tant que Tchomo. Lama c'est pour le moine et Tchomo c'est la nonne. Et au quotidien, on fait des prières dans la maison, dans la maison dans laquelle j'étais et bien tous les soirs mémé, mémé c'est le grand-père il fait des Puja, des prières le soir. Quand on est autour du feu on entend mémé derrière qui fait Om Mani Padme, Om Mani Padme.... c'est comme un ronron quoi, et on fait des offrandes, chaque maison à une pièce consacrée au Dalaï-Lama.
Comment vous communiquiez avec eux ?
Alors pendant le tournage du film, on parlait anglais, certains parlaient anglais, donc ils pouvaient aussi traduire avec ceux qui ne parlaient pas anglais. Et puis ensuite, dans la famille avec Dolma et le grand-père et les enfants, ils ne parlaient pas du tout anglais, je me suis fait à la langue locale peu à peu sur le tas. Donc les premiers jours, c'est des gestes et des sourires et bien ensuite jour après jour j'ai appris de plus en plus de vocabulaire. Maintenant j'arrive à suivre une conversation et à me faire comprendre. Je ne parle pas couramment loin de là, mais ça va, l'essentiel passe. Alors la langue c'est le Zanskaris, c'est un dérivé du tibétain ça a les mêmes bases, le même alphabet mais ça a quelques variantes au niveau du vocabulaire voilà donc c'est comme un patois tibétain.
J'imagine qu'on se met à un autre rythme de vie là-bas ?
Alors là c'est une coupure assez totale donc pas de téléphone, pas d'e-mails, pas de poste...rien. On vit au rythme du soleil, donc on se lève aux premiers rayons du soleil dès que le soleil passe derrière la montagne on va chercher les troupeaux pour faire la traite du soir et on commence à faire le feu pour préparer la soupe du soir. Donc le rythme, il est vraiment en fonction du soleil. Et d'ailleurs moi, quand j'étais là-haut, je n'avais pas de montre et donc je me fiais au soleil voilà.
Est-ce qu'ils ont la radio ou la télévision...?
Alors ça arrive, ça commence à arriver avec cette piste du Pensi La, donc dans les maisons on peut entendre la radio et c'est la radio qui vient de Kargil, donc du Cachemire donc c'est une zone au nord-ouest, qui est en frontière avec le Pakistan. Donc là, ça amène quand même, les dernières nouvelles et puis on commence à voir aussi les télés dans les maisons et d'ailleurs c'est marrant les émissions qui sont diffusées ce sont des émissions indiennes, c'est vraiment drôle de les voir devant les femmes en saris avec les films Bollywood...
Qu'est-ce que vous recherchiez dans ce voyage?
Je crois que j'avais vraiment besoin de me couper du monde, voilà de vraiment me couper physiquement aussi, bon déjà la première des choses c'est que moi dans le premier voyage quand j'ai fait le tournage du film j'ai senti que ces gens-là avait vraiment un trésor au fond d'eux, c'est-à-dire qu'ils ont pratiquement rien et ils donnent tout. Ils ont une richesse interne qui rayonne d'eux, qui est énorme et c'est la curiosité qui m'a poussée à partir là-bas, quoi, comment c'est possible? Et voilà moi aussi avec rien j'ai envie d'être heureuse, donc ça c'était la première motivation et j'avais aussi besoin de me couper avec toute cette vie occidentale. C'était une recherche personnelle de monter là-haut et de partir seule confrontée à une culture que je ne connaissais pas, avec des gens que je ne connaissais pas, avec une langue que je ne connaissais pas, pour apprendre à ce connaître quoi.
Vous nous avez dit que vous projetiez d'y retourner ?
Alors moi j'essaie d'y retourner tous les ans, donc là cette année j'ai passé 2 mois au printemps, je suis revenue fin juin et je pense que je retournerai l'année prochaine.
Alors on rappelle à nos auditeurs, que vous êtes en tournée en Suisse romande avec le film, Himalaya, Zanskar, le chemin des glaces jusqu'à noël, et puis par la suite est-ce qu'une autre tournée est prévue en France ?
Alors c'est jusqu'au 6 décembre, ce n'est pas jusqu'à Noël, on est ici donc dans toute la Suisse romande jusqu'au 6 décembre. Au niveau de la France et bien, donc à travers tous les voyages que j'ai pu faire de mon côté, et également avec tout les voyages que Anne et Erik, donc mes parents, ils ont fait de leur côté, on a refait des images là-bas et on est en train de monter un nouveau film qui sortira l'année prochaine, voilà.
Sous quel angle, sous quelle direction vous vous tournez sur ce prochain projet sur le film du Zanskar ?
Le prochain film que l'on est en train de monter il est plus axé sur la vie au sein même du Zanskar, dans les familles, dans les villages et on essaie un peu plus de balayer toutes les saisons. Donc un peu plus sur la culture, la médecine, l'école pour les enfants, leur mode de penser, comment vivent les femmes, j'en ai déjà beaucoup dit...
http://www.sondelespoir.org/makeArticle.as...40&id=76193