lundi 09 juillet 2007 à 09:10
Lundi 9 juillet 2007 - No. 16209
RITUELS ET PRIERES
Bouddhisme : une philosophie riche d’enseignementsGalvaudé dans sa version occidentale, le bouddhisme est une philosophie assez méconnue à Maurice. Etat des lieux avec Kim Darga, détentrice d’une maîtrise en philosophie bouddhiste.
“En général à Maurice, on pense que le bouddhisme est lié aux personnes d’origine chinoise et aux pagodes se trouvant dans l’île. Or, il n’existe que trois ou quatre pagodes proches du bouddhisme alors que les autres sont une mosaïque de taoïsme, du confucianisme, de rites ancestraux et du bouddhisme. Il faut aussi savoir que la plupart des sino-mauriciens ne sont pas bouddhistes”, explique d’emblée Kim Darga qui est aussi consultante en ressources humaines et mentor dans les entreprises, avec comme champ d’intervention le rapport entre le management et le bouddhisme.
Revenant à la question des Mauriciens d’origine chinoise, elle précise que pour la plupart, les jeunes de cette communauté sont des catholiques dont les principaux repères religieux sont le nouvel an chinois et le rituel funèbre. “En fait, dans la pratique du corpus religieux, on ne fait pas de différence entre ce qui relève du bouddhisme et ce qui n’en fait pas partie. Même les bonzesses n’arrivent pas à nous expliquer ce qui se cache derrière le rituel. Elles ne parviennent pas à communiquer la philosophie”, assure Kim Darga.
Il est un fait qu’il est relativement difficile de rencontrer des personnes capables d’une initiation au bouddhisme à Maurice. Le bouddhisme est une philosophie qui n’évoque pas directement le concept de Dieu car il s’investit dans la vie ici-bas. Le Bouddha n’est pas, en ce sens, un Dieu mais plutôt un sage qui est éclairé.
En outre, il n’y a pas un seul Bouddha. Le plus connu à Maurice est celui qui est nommément présenté comme le “gros bouddha” parce qu’il est symbole de prospérité et de bonheur. “C’est une vision réductrice et matérialiste du bouddhisme”, fait ressortir Kim Darga.
A Maurice, l’attrait pour le bouddhisme est très répandu du fait qu’il existe une certaine proximité avec des croyances hindoues. Ce qui explique que des groupes d’origine indienne s’inspirent d’un hindouisme imprégné de la philosophie bouddhiste. Le rapprochement avec Maurice est d’autant plus grand que le Bouddha a passé beaucoup de son temps au Bihar, d’où sont originaires une majorité d’indo-mauriciens.
Quête personnelle
C’est d’ailleurs au Bihar que le Bouddha a connu son état d’être éclairé. C’est dans une certaine mesure le lien karmique qui lie Maurice au Bouddhisme. “Enfin, on retrouve ces individus qui entreprennent une quête personnelle, au-delà de leur appartenance religieuse. Ils sont à la quête d’une philosophie et d’une manière de vivre à travers le bouddhisme.”
Mais il faut savoir qu’il existe trois principales écoles de pensée bouddhistes. D’abord le theraveda, le bouddhisme “petit véhicule” qui se pratique dans les pays du Sud-Est asiatique tels la Thaïlande et le Sri-Lanka. Le theraveda représente l’école conservatrice du bouddhisme. Ici, on se libère comme individu avant d’aspirer à aider les autres. C’est ce que le Gautama Bouddha enseignait au début, soit quelque 500 ans av. J.C.
Une branche contestatrice partira de l’Inde et se développera dans l’est de l’Asie, comme le Japon et la Corée, et qui sera connue comme le mahayana, le “grand véhicule”. C’est au contact du taoïsme et du confucianisme que le mahayana prend forme. Ici, on ne se libère que si on aide à libérer les autres. On y retrouve une dimension sociale. L’accent est aussi mis sur l’aspect matériel du développement humain car c’est ce qui donne les moyens de pouvoir se mettre au service des autres. Dans le mahayana, surtout à Maurice, la foi est axée sur le Bouddha Amitabha dont la seule récitation du nom vous garantit une place dans son paradis de l’est (sukhavati).
Enfin existe l’école vajrayana, le “véhicule du diamant” qui se vit surtout au Tibet. Le dalaï-lama n’est pas le pape du bouddhisme mais le grand maître d’une ligne du vajrayana. Celui-ci véhicule une pensée ésotérique et se nourrit aussi de la métaphysique indienne et était surtout pratiqué au Bihar. Avec l’exil du dalaï-lama, le vajrayana se fera beaucoup connaître parmi les Occidentaux. Pour le “véhicule du diamant”, il s’agit de se libérer en libérant les autres et l’important est de tout faire dans cette vie. Même si la notion du retour existe, c’est surtout la quête de la sagesse dans sa présente vie qui prime.
La philosophie bouddhiste, pour sa part, vise à enlever le mal-être des gens qui en souffrent en les rapprochant du “nirvana” et les éloignant du “dukkha”. “On peut connaître ce mal-être même si matériellement on mène une vie aisée ou une vie sans problème. Pour le Bouddha, une fois né, l’être humain est tenu de connaître ce mal-être. Il nous enseigne comment s’en débarrasser. Cela passe par la philosophie des quatre vérités”, souligne Kim Darga. Il s’agit de reconnaître le mal-être, identifier son origine et ses causes, identifier le remède, et enfin, la guérison qui consiste à prendre un certain chemin.
Le rituel et la prière sont importants dans le bouddhisme mais non dans leur matérialité car ils sont symboles d’une discipline de vie. La méditation, elle, mène vers le contrôle de ses pensées. Un exercice mental qui éloigne de la confusion, un examen intérieur qui ouvre la voie de la sagesse. “Peu importe l’activité à laquelle on se livre, on peut atteindre cet état d’être éclairé parce qu’on arrive à se concentrer seulement sur ce qu’on fait”, estime Kim Darga.
Cette dernière avec d’autres amis ont, à Maurice, fondé l’association Land of the Healing Buddha. Leur objectif est de créer un Institut international d’études supérieures du Bouddhisme. Des contacts ont déjà été établis avec des académiciens étrangers de même qu’avec les autorités mauriciennes. “Le but sera d’enlever le mal-être à travers la psychothérapie bouddhiste. Ce sera une synthèse des trois écoles bouddhistes. Notre atout, c’est qu’il existe très peu de centres bouddhistes à travers le monde qui profitent à la fois d’une compétence linguistique française et anglaise”, fait ressortir Kim Darga qui invite les personnes intéressées à prendre contact avec l’association au 675 7198 et au 258 3054.
Nazim ESOOF
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