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20 ans (H)
Liban
Friday 14 September 2007 à 14:55
Michel Aoun, président du Bloc du Changement et de la Réforme
«La majorité ne peut plus assurer 65 députés»
«Le Liban risque une dure confrontation si le gouvernement ne saisit pas l’occasion de réaliser l’entente nationale. Quant aux gens du pouvoir, ils ne sont plus en mesure d’assurer 65 députés pour élire un président sans l’aval de l’opposition.» Dans une interview accordée à Magazine, le général Michel Aoun, candidat à la présidence, met en garde contre l’attitude de certains pays qui, en appuyant inconditionnellement le gouvernement Fouad Siniora, encouragent la confrontation entre Libanais. Il déclare solennellement qu’il n’y a aucun risque de son côté d’une éventuelle déflagration inter-chrétienne.
Vous considérez que vous êtes apte à être un président consensuel, alors que, concrètement, vous faites partie de l’opposition. Ne voyez-vous pas une contradiction dans cette attitude?
Dans les circonstances actuelles, il ne faut pas s’arrêter aux candidats, mais au programme politique qui doit être mis de concert avec toutes les forces politiques pour que le président puisse remplir sa mission de façon concrète. La personnalité du président doit lui permettre de jouer le rôle de garant d’un projet consensuel. Aussi doit-il être fort et peser de son influence sur toutes les décisions, pour faire en sorte que les accords soient respectés.
Allez-vous tendre la main aux Forces du 14 mars? Allez-vous les rencontrer puisque vous vous présentez comme un candidat consensuel?
Certainement que je m’adresserai à eux. Mais il faudrait que, de leur côté, ils n’aient aucun préjugé à mon égard, d’autant plus que ces préjugés ne sont pas justifiés. Je considèrerais très grave tout rejet venant de leur part, parce que cela signifierait qu’ils refusent d’écouter l’autre, qu’ils rejettent la démocratie, ce qui constitue un péché politique mortel.
Si le 8 et le 14 mars s’entendent sur la candidature d’un président autre que Michel Aoun, vous plierez-vous à leur volonté?
Il faut qu’il y ait consensus sur un programme et non sur le nom d’un candidat. Il y a des résolutions internationales qui doivent être mises en œuvre, dont la 1559, la 1701… Il faut s’entendre sur un mécanisme d’application, instaurer de bonnes relations avec la Syrie, régler le problème des armes palestiniennes, de leur séjour, de leur identité… Il faut donc que le prochain président soit crédible, capable de tenir ses promesses. Depuis 40 ans, nous avons vu des spécimens de président qui se plaignaient continuellement de leur impuissance.
Qu’est-ce qui prouve que vous avez les qualifications requises pour appliquer le programme que vous préconisez?
La force politique que je représente. Le président doit avoir un poids donné qui pèse du bon côté de la balance, et s’il n’arrive pas à respecter ses engagements, il sera sanctionné. Un président impartial sera appuyé par la nation.
Vous avez présenté votre candidature à la première magistrature de l’Etat, alors que la Constitution ne l’impose pas. Pourquoi avoir opté pour ce choix?
Il faut que les citoyens sachent que je suis candidat à la magistrature suprême et que j’ai des convictions bien définies. N’oubliez pas que je ne suis pas un candidat démuni de tout appui politique. Je préside un groupe parlementaire qui pourrait s’élargir dans l’avenir. Je ne viens pas mendier des sièges dans les ministères comme cela s’est fait du temps des présidents Elias Hraoui et Emile Lahoud.
Envisagez-vous de vous retirer de la bataille et de soutenir un autre candidat?
Je connais les aléas du fait d’être président. Je ne veux faire boire cette coupe à personne. J’ai reçu des menaces, des tentatives de soudoiement. Je ne veux soumettre personne aux mêmes dangers. Je ne veux pas leur faire un cadeau piégé entouré de dangers et de menaces. D’autre part, je ne peux pas garantir que celui que je soutiendrai tiendra les promesses faites, pour une raison ou une autre.
Vous dites, général, que vous vous tenez à égale distance de toutes les parties. En fait, vous êtes en conflit ouvert avec nombre d’entre elles. Comment vont-elles voter pour vous?
Ce sont des conflits politiques et non personnels. Le Liban est un pays où la corruption sévit et fait partie de la structure de l’Etat. Il faut mettre un terme à cette situation. Certains me disent: vous menacez de conduire tous les responsables en prison et vous voulez qu’ils vous élisent président de la République. Je réponds immanquablement: Je n’accuse personne, mais je demande des investigations.
Vous avez besoin de ces forces politiques pour être élu à la tête de l’Etat. Pourquoi les provoquez-vous sans cesse?
Ce sont ces forces qui m’attaquent. Elles ont montré leur inimitié à mon égard avant même que je ne revienne au Liban. Elles ont pesé de tout leur poids avec (l’ancien président français) Jacques Chirac pour empêcher mon retour avant les élections législatives du printemps 2005. Elles m’ont qualifié de tsunami. J’ai rétorqué que le tsunami peut dégager une énergie productrice. J’ai pris cela du côté positif.
Le 14 mars est-il toujours en mesure d’assurer la majorité absolue pour élire un président issu de ses rangs?
Non. Les gens du pouvoir ne sont plus en mesure d’assurer 65 députés pour élire un président sans l’aval de l’opposition.
Appuierez-vous un éventuel amendement de la Constitution?
Je ne soutiendrai jamais un amendement au profit d’une personne. Si des solutions intérimaires sont envisagées, nous n’avons pas besoin d’amender la Constitution.
Vous brandissez actuellement la menace d’un second gouvernement, alors que vous étiez, par le passé, opposé à cette option. Pourquoi ce changement dans votre position?
Je suis toujours contre cette alternative, mais si le gouvernement Siniora refuse de céder, il arrive un moment où apparaît une rébellion. On ne peut pas accepter indéfiniment un Cabinet anticonstitutionnel. Il faut qu’il y ait un gouvernement qui représente toutes les communautés libanaises. A maintes reprises, j’ai critiqué la politique internationale qui appuie de façon excessive le gouvernement, ce qui le pousse à ne pas accepter de consensus et encourage la confrontation. Ce que font certains pays est en train de favoriser la guerre civile.
Le président Nabih Berry a abandonné l’idée d’un Cabinet d’union nationale…
Personne dans l’opposition n’est contre la formation d’un gouvernement d’entente nationale. Mais, comme la majorité ne veut pas de cette solution, Nabih Berry a demandé de mettre cette question de côté et d’essayer de nous entendre sur le nom du prochain président. Cependant, ce que la majorité doit savoir, c’est que si cette option ne marche pas, si on ne s’entend pas sur l’échéance présidentielle, c’est alors que les problèmes vont commencer.
Que risque-t-on?
La porte sera ouverte à toutes les éventualités s’ils élisent un président sans que le quorum (des deux tiers) ne soit assuré. Cela constituerait un coup d’Etat.
Comment réagiriez-vous?
Comme on réagit face à un coup d’Etat.
C’est-à-dire?
Les choses sortiront du cadre de la Constitution et chacun sera libre de faire ce qu’il peut ou veut faire.
Le Hezbollah a-t-il intérêt à retourner ses armes contre l’intérieur libanais?
Lorsqu’on est soi-même la cible de la violence, on ne peut pas savoir d’avance ce que sera la réaction.
Si la majorité procède à des élections présidentielles, cela signifiera-t-il que le Hezbollah est forcément la cible de la violence?
Laissons les choses dans le flou. Je ne veux pas donner plus de précisions à ce sujet.
Les observateurs soulignent que les risques d’une guerre entre sunnites et chiites au Liban sont dépassées. Ils craignent, en revanche, une conflagration sécuritaire dans la rue chrétienne. Ce scénario est-il envisageable?
Il n’y a aucun risque de mon côté.
Source: L'hebdo Magazine du 14 septembre 2007, # 2601.