samedi 10 mars 2007 à 10:31
Liban : Une jeunesse meurtrie...
9 Mars 2007
Houssam Mroué
Depuis l'odieux assassinat de l'ancien premier ministre, Feu Rafic Hariri, et l'arrivée au pouvoir des forces dites du 14 mars, leur seule priorité jusqu'à ce jour, est la formation du tribunal international censé juger les criminels.
A vrai dire, personne au Liban, et je souligne bien personne, à moins peut-être ceux qui répètent inlassablement qu'ils sont pour, dans le but d'éloigner les soupçons éventuels qui rôderaient autour d'eux, n'est contre la formation de ce type de tribunal !
Il faudrait néanmoins reconnaître que certaines parties, refusent certains points concernant le mécanisme qui vont à l'encontre de l'indépendance et de la souveraineté de notre pays, et non, le procès en soi...
Malheureusement nous sommes au Liban, et le dialogue est un vainc mot qui n'existe que pour parler des armes au lieu des hommes !
Cela dit ; Depuis 2 ans, tous les efforts, les rencontres, les compromis, les décrets ont pour seul objectif : La formation du dit-tribunal !
Il est normal de vouloir rechercher les assassins ayant ôté la vie à ce grand homme que fut Feu Rafic Hariri, sans oublier, Feu Bassel Fleihan ainsi que tous les citoyens morts pour la survie de la patrie ; Mais le gouvernement ne doit en aucun cas mettre de côté les initiatives oeuvrant à l'amélioration de la situation économique, sociale et sécuritaire qui ma foi, devient jour après jour encore plus catastrophique que la veille !
Aujourd'hui, lorsque vous interrogez les jeunes libanais, la plupart d'entre eux fustige le comportement « rebelle » du pouvoir en place au Sérail à Beyrouth, et se demande si la recherche des assassins les aiderait à survivre dans cette jungle qu'est devenu leur pays...
Selon une bonne partie de cette jeunesse qui ne rêve que d'exil, le marché libanais est devenu plus que précaire ; comme me le fit remarquer Ali Jaber, un jeune étudiant en gestion ayant terminé ses études il y a déjà 2 ans, et qui recherche toujours un emploi :
« Vous finissez vos études, et lorsque vous voulez postuler pour du boulot, toutes les portes se referment devant vous ! Il vous faut être pistonné par tel ou tel parti, sans tenir compte de vos compétences professionnelles, et si vous présentez votre CV sans avoir une quelconque connaissance en parallèle ; vos espoirs d'être embauchés tombent immédiatement à l'eau ! »
Ainsi, c'est toute une jeunesse qui déprime à la sortie des études, comme le souligne la jeune étudiante en pharmacie, Diane Boustani avec ironie :
« Le plus important, c'est de savoir qui a tué Feu Rafic Hariri, et concernant notre avenir, on y pensera après ! ».
Et d'ajouter ; « En France, il existe un organisme chargé d'aider les personnes au chômage à trouver un emploi, je pense que cela s'appelle l'ANPE... Chez nous au Liban, notre ANPE ce sont les ambassades occidentales ! De l'aube jusqu'au soir la queue ne désemplit pas devant toutes les chancelleries, et dès que vous recevez votre visa d'entrée dans le monde civilisé, vous maudissez vos politiciens qui vous obligent à vous éloigner de votre patrie et de vos proches sans la moindre raison...».
Le souhait des jeunes libanais est de pouvoir vivre en paix dans leur pays, de pouvoir y travailler et de fonder une famille, sans se demander si le lendemain ils pourront se rendre au boulot en raison de la situation sécuritaire qui varie tel un yo-yo chinois.
Pour terminer, je voudrais conclure sur une citation du grand écrivain que fut Alexandre Dumas, récupérée dans « La jeunesse de Louis XVI », et que j'adresse à nos chers ministres actuels :
« Si tu deviens homme d'Etat, n'oublie pas que le grand secret de la politique est dans ces deux mots : savoir attendre. Si tu es ministre, souviens-toi qu'on se tire de tout avec ces deux mots : savoir agir.»
Alors, agissez dans l'intérêt de la nation, avant que la nation n'agisse dans son intérêt en vous contraignant à la démission...
A cette jeunesse meurtrie...
... Gardez l'espoir car la sortie du tunnel approche à grands pas !