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vendredi 06 juin 2008 à 19:24
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Il n'y a que quelques mots dans toutes les langues pour parler de la danse, peut être pour les grecs un des arts les plus ... bref je n'ai trouvé que ce moyen là ....

C'était dans un restaurant parisien .. je ne sais plus en quel honneur...mais . ils avaient organisé exceptionnellement une soirée sévillane un jeudi .Je pensais être très enthousiaste.Pour me préparer à ce grand événement, j'étais déjà venu en éclaireur quelques semaines auparavant pour repérer non seulement les lieux mais aussi pour m'imprégner du look adopté par les danseurs .. pas vraiment de grandes surprises,c'était plutôt sobre …voir très très sobre.. certes il y avait bien quelques bretelles chatoyantes par ci par là .. mais on était loin des couleurs d'un champ de tournesols et de coquelicots au printemps … bref l'habit faisant le moine … j'avais aussi demandé à quelques personnes de mon cours de flamenco de m'apprendre au moins quelques pas.. afin de ne pas paraître trop ridicule pour la fiesta et surtout pour pouvoir inviter une charmante damoiselle à pois,jupe à volants,petites chaussures en daim rouge et tout et tout … le soir venu , je me suis fait beau : j'ai mis un pantalon noir , une ceinture noire , une chemise noire , des chaussettes noires ( elles doivent être assorties avec la chemise) .. et comme je n'avais pas de chaussures brunes , j'ai enfilé des chaussures noires.. qui ne glissent pas trop mais qui glissent quand même un peu … mais pas trop …j'ai pris le métro .. j'ai marché dans le rue du Temple .. il y avait de la lumière .. je suis entré au bon endroit et .. je suis monté au premier étage ..j'ai mis ma veste blanche dans la penderie .. j'ai jeté un rapide coup d'œil par ci par là .. et mon regard s'est tout de suite arrêté sur une femme assise devant moi....elle était brune ..

... à suivre




mardi 10 juin 2008 à 18:21
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…. les cheveux bien tirés en arrière .. ses jambes étaient croisées et son pied droit bâtait la mesure en soulevant nonchalamment le bas de sa robe mauve .. je distinguais vaguement son profil .. je ne sais pas pourquoi mais je me suis dit .. « pas d’attente .il y aura encore plus de monde tout à l’heure .et on sera serré comme dans un étau de tissus froissés » . .. je m’approchai donc .. je me penchai légèrement sur l’avant .. et j’invitai cette jeune femme au même moment que je découvrais son visage …elle releva brutalement la tête , écarquilla les yeux .. et posa sur moi un regard lourd et noir comme l’ébène … elle semblait très nerveuse .. même presque contrariée .. je l’avais dérangé sans aucun doute ..au moment où je tendais le bras pour lui signifier, presque, que je m’excusais et que j’allais me faire pendre ailleurs,elle se leva brusquement , elle croisa mon regard, je fis un mouvement de côté, son épaule racla mes côtes, elle se dirigea vers les autres danseuses et alla se planter au milieu de la piste, elle se retourna les lèvres serrées, les mains sur les hanches . Une excitation inattendue me gagnait à mon tour et j’étais en train de me mettre une bonne paire de claques pour m’être fourvoyé dans cette aventure pour le moins singulière. Je déglutis et la gorge sèche je m’avançai et me posta devant elle. Je sentais par à coup un souffle tiède s’échapper sur mes lèvres. Un silence, aussitôt mes deux poignées se cassèrent, mes doigts joints se tordaient le long du corps, le flanc de mon pied droit se replia sous moi, il prit un angle, pointa le sol et glissa lentement en décrivant un cercle..


... à suivre ..



dimanche 15 juin 2008 à 23:02
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.......Nous entendîmes alors la vibration de cordes métalliques, les sons ensoleillés des guitares du sud de l’Espagne inondèrent la pièce .Les danseurs autour de moi se redressèrent et s’animèrent alors comme les personnages d’une boîte à musique . Un manège de mains blanches, de jambes noires et d’habits rouges se mit en mouvement. Chacun tapait dans ses mains annonçant le début imminent de ma première sévillane.. Je fis un pas en arrière .. mes coudes se levèrent .. l’énergie se prolongea dans mes poignées .. mes bras se trouvaient maintenant entre la terre et le ciel …Je réussis à faire mes premiers compas .. une pasada succéda à un paseillo.. .. l’important était que je me retrouve au bon moment à l’extrémité d’un point irréel de l’espace … je m’étirais sur l’avant et j’allongeais ma jambe… .je me retournais précipitamment sur mes talons .. je partis sur la droite puis sur la gauche. Je plantais mes chaussures dans le parquet, je pris un appui éphémère pour achever une nouvelle pasada, pendant que son épaule plongeait sèchement vers l’intérieur ….mes mains, elles, s’agitaient de manière désordonnée .Elles descendaient, remontaient à contresens formant un étrange ballet au dessus de mon visage. Son bras se dressait , plié sur ses yeux .j’étais lucide mais ...elle enchaîna les dernières figures sur des careos, son dos noir et tranchant suivait à la perfection une ligne de danse imaginaire .. la fin du couplet s’accéléra .. la voix du chanteur se figea dans les aigus .je frappais une dernière fois le bois humide,.mon genou complètement plié sur l’avant, le talon décollé du sol . Alors elle se dressa, s’étira nerveusement et projeta son bras vers le ciel immobile, le regard fixé sur un angle de la pièce .. tel un miroir .. je répétais ,à contretemps les mêmes gestes rituels. Tous les corps autour de nous retombèrent dans le silence. Je relâchais petit à petit l’étreinte de mes ongles plantés dans mon flanc gauche.. …Je fis alors un pas en arrière .. je l’observais .. ma respiration restait courte et saccadée. Deux petits traits noirs prolongeaient le coin de ses yeux … j’attendais un premier signe, qu’allait -elle faire ? ............................


lundi 30 juin 2008 à 22:38
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.... l’Air joyeux et festif de la chanson m’avait plutôt calmé et, en fin de compte, j’avais quelque part sauvé la face .. le contrat était donc rempli .. je pouvais maintenant me retirer de l’arène , la tête haute, le pantalon couvert de poussière ,dans l’attente d’une seconde rencontre plus sereine. J’avais envisagé de passer cette soirée avec des femmes plus compréhensives, aimant se rendre utile, à mon écoute et qui m’auraient aidé et accompagné avec un certain amusement dans mes débuts artistiques .J’étais là pour danser quelques sévillanes et pour passer un bon moment en toute insouciance après tout ..

Je l’observais .. elle était toujours là, fixée au sol . Cette rencontre glaciale me laissait dans un sentiment confus et contradictoire .. je voulais très vite me précipiter sur la première chaise libre .. à quoi bon continuer ? je ne vais pas faire que la seule sévillane que je connaisse avec elle toute la soirée .. certes, je peux m’amuser à vouloir régler quelques pas, celà est tout à fait louable de ma part ….. Sans le vouloir, des images d’une précision incroyable se projetaient dans ma tête ...certains de ses gestes s’arrêtaient puis défilaient devant mes yeux : les paumes des ses mains orientées vers l’intérieur… Celà me surprit car j’avais dès le début adopté son attitude, une attitude où chacun suivait sa chorégraphie en solitaire, ignorant l’autre ..un flux d’images et de reflets apparût à nouveau … les couleurs de sa robe se dessinaient et s’imprégnaient sur ma rétine ..... Alors que, hochant la tête,je m’étonnais moi-même d’avoir pu enregistrer tous ces signes évanescents.. je compris que j’étais en train de me jouer une comédie enfantine ….je ne savais pourtant rien de cette danse. Elle possédait sans aucun doute un ensemble de rites initiatiques transmis naturellement au sein des communautés composites de l’Andalousie. Chaque génération répétant inlassablement ces gestes symboliques de partage et d’union ..mais qu’importe.. j’étais, à ce moment présent, habité par une autre intuition .J’étais bel et bien en train de me piquer au jeu. Un jeu que ma partenaire désirait également continuer….. Ce qui,au fond, me donner une réelle envie de prouver quelque chose, mais que pouvais je inventer ? Je n’avais sans doute plus le choix. Je devais m’écarter d’un chemin déjà tout tracé, un chemin bordé de belles robes aux couleurs vives, un chemin bordé d’éventails qui s’agitent avec impatience devant des lèvres fermées. Je me grandissais, mon orgueil et ma naïveté reprenaient le dessus... les sons ensoleillés des guitares de Séville inondèrent à nouveau la pièce et ma substance.. Son bras était coupant. Mes sens se réveillaient, à l’affût des bruits qui se propageaient par ricochet sur les murs. Les bustes penchés des danseurs se redressèrent et s’animèrent. Je baissais les yeux une dernière fois. Un filet sombre de sueur laissé par les semelles de cuir brillait sur le parquet de chêne. Il s’écoulait en zigzag puis se séparait en deux, épousant une trace aux contours effacés avant de se rejoindre à mes pieds. C’était un cercle....
vendredi 04 juillet 2008 à 18:29
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C'est très joli. La danse est difficile à décrire, vu les détails que cela nécéssite.
ce texte reste néanmoins agréable à lire =)
jeudi 10 juillet 2008 à 00:26
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....Je m’approchai du centre de la piste et me concentrai sur l’ouverture de ce second couplet. Relevant ma tête, je redécouvris mon éphémère complice à l’expression grave et appliquée. Une première difficulté surgit immédiatement. Le rythme de cet extrait était plutôt rapide. J’avais même du mal à en saisir le compas. Ma partenaire fit un pas en arrière. Elle croisa ses bras qui montèrent verticalement devant elle, s’arrondir et tracèrent dans l’espace deux arcs lumineux. Ses mains étaient fines presque maigres. Je fus surpris et écrasé par la beauté de ce geste qui annonçait peut être une sorte de démonstration à sens unique dont je serais un des témoins passif et résigné. Une tension supplémentaire me gagna quand je compris qu’elle n’exécutait pas la première sévillane. Je cherchai aussitôt des points de repère : les autres danseurs, ma partenaire, des objets dans la salle, sur les murs, par terre, n’importe où… Pendant ce temps,en face de moi, un corps aux gestes secs surmonté d’un visage impassible se déplaçait dans une parfaite froideur mécanique.. sans fausse note ..impeccablement calée sur la musique .. le bas de sa robe dessinait invariablement dans l’espace une courbe parfaite et frôlait mes jambes à chaque passage et chaque passage me faisait de plus en plus détester cette danse .. et plus je détestais cette danse et plus je perdais le contrôle de mon corps comme une figurine de cire suspendue dans le vide. C’est alors qu’un comportement imprévisible s’empara de moi. Tous mes membres s’arrêtèrent en même temps, je trouvai un équilibre sur l’arrière, je déplaçais et positionnais mes épaules face à son axe : « Attends chère danseuse, prépare ta cape et tiens là avec force au bout de tes doigts, nous allons nous amuser quelques instants » pensais je en affichant par la même un air arrogant et provocateur. Je ressentis un léger tremblement. Mes fibres regagnaient ma chair… Mes terminaisons nerveuses se remettaient en place. Ma partenaire sembla ne prêter la moindre attention à mon changement de stratégie. Elle aurait pu tout naturellement esquisser un début de trouble lors de mon brutal arrêt. Mais non ,elle garda son cap avec un aplomb presque irritant Elle croisa sa jambe derrière elle, partit sur la droite, fit un tour rapide en lançant son bras au dessus d’elle pour le ramener en porte-à-faux sur la taille. Elle exécuta le même ballet du côté gauche puis elle enchaîna une pasada. Mais pendant ce temps,une huile fluide et chaude se répandait dans mon corps. Je basculais en ce moment dans cet état intérieur que je ne comprendrai jamais. Je me mis en mouvement.




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