lundi 30 juin 2008 à 22:38
.... l’Air joyeux et festif de la chanson m’avait plutôt calmé et, en fin de compte, j’avais quelque part sauvé la face .. le contrat était donc rempli .. je pouvais maintenant me retirer de l’arène , la tête haute, le pantalon couvert de poussière ,dans l’attente d’une seconde rencontre plus sereine. J’avais envisagé de passer cette soirée avec des femmes plus compréhensives, aimant se rendre utile, à mon écoute et qui m’auraient aidé et accompagné avec un certain amusement dans mes débuts artistiques .J’étais là pour danser quelques sévillanes et pour passer un bon moment en toute insouciance après tout ..
Je l’observais .. elle était toujours là, fixée au sol . Cette rencontre glaciale me laissait dans un sentiment confus et contradictoire .. je voulais très vite me précipiter sur la première chaise libre .. à quoi bon continuer ? je ne vais pas faire que la seule sévillane que je connaisse avec elle toute la soirée .. certes, je peux m’amuser à vouloir régler quelques pas, celà est tout à fait louable de ma part ….. Sans le vouloir, des images d’une précision incroyable se projetaient dans ma tête ...certains de ses gestes s’arrêtaient puis défilaient devant mes yeux : les paumes des ses mains orientées vers l’intérieur… Celà me surprit car j’avais dès le début adopté son attitude, une attitude où chacun suivait sa chorégraphie en solitaire, ignorant l’autre ..un flux d’images et de reflets apparût à nouveau … les couleurs de sa robe se dessinaient et s’imprégnaient sur ma rétine ..... Alors que, hochant la tête,je m’étonnais moi-même d’avoir pu enregistrer tous ces signes évanescents.. je compris que j’étais en train de me jouer une comédie enfantine ….je ne savais pourtant rien de cette danse. Elle possédait sans aucun doute un ensemble de rites initiatiques transmis naturellement au sein des communautés composites de l’Andalousie. Chaque génération répétant inlassablement ces gestes symboliques de partage et d’union ..mais qu’importe.. j’étais, à ce moment présent, habité par une autre intuition .J’étais bel et bien en train de me piquer au jeu. Un jeu que ma partenaire désirait également continuer….. Ce qui,au fond, me donner une réelle envie de prouver quelque chose, mais que pouvais je inventer ? Je n’avais sans doute plus le choix. Je devais m’écarter d’un chemin déjà tout tracé, un chemin bordé de belles robes aux couleurs vives, un chemin bordé d’éventails qui s’agitent avec impatience devant des lèvres fermées. Je me grandissais, mon orgueil et ma naïveté reprenaient le dessus... les sons ensoleillés des guitares de Séville inondèrent à nouveau la pièce et ma substance.. Son bras était coupant. Mes sens se réveillaient, à l’affût des bruits qui se propageaient par ricochet sur les murs. Les bustes penchés des danseurs se redressèrent et s’animèrent. Je baissais les yeux une dernière fois. Un filet sombre de sueur laissé par les semelles de cuir brillait sur le parquet de chêne. Il s’écoulait en zigzag puis se séparait en deux, épousant une trace aux contours effacés avant de se rejoindre à mes pieds. C’était un cercle....