Oh tiens, un topic sur le créationnisme.
Bon après avoir laborieusement lu tous les posts, je constate une chose grave, surtout de la part de Uno: l'absence totale de définition de ce qu'il entend par créationnisme. Certes, il est bien facile de dire que le concept, l'idée, l'idéologie qui se cache sous un nom est dangereux, quand on ne précise pas quelle acceptation on en prend. Ensuite, on peut noter une grande confusion des genres et des concepts. On parle de "la religion", mais c'est bouffon au plus haut point! Il y a DES religions, et au sein de chacune d'elle il y a encore parfois des tendances opposées, et toutes ont leurs spécificités. Le christianisme n'est pas le catholicisme, n'est pas l'Islam, n'est pas le bouddhisme, n'est pas le paganisme (même si ce mot n'a pas vraiment plus de sens que celui de "religion"). Il est implicite qu'en l' occurence on parle des grands monothéismes (diverses déclinaisons temporelles du christianisme, Islam, judaïsme), sans trop rentrer dans les détails, mais le préciser clarifierait les termes du débat.
Je pose la question: pour un "système" (j'éclaircirais par la suite), quelle est la chose la plus importante? Selon moi, quel que soit le ou les domaine(s) concernés par ce système, ce qui prime avant tout est la cohérence de se système, le fait qu'il "tient par lui-même", et que d'aucune manière, on ne puisse arriver avec les "hypothèses" à une conclusion qui précisément les mettent en doute.
En cela, on pourrait parfaitement admettre un créationnisme "extrême", celui qui dit que tout a été crée tel que cela nous apparait aujourd'hui, à condition de dire aussi que les fossiles ont été intentionnellement mis dans le sol par le Créateur. Mais par la simple sélection artificielle pratiquée à échelle humaine, on en arriverait à devoir admettre l'existence de l'évolution, et c'est tout à fait juste, c'est d'ailleurs la critique la plus sérieuse qu'on puisse adresser à ces créationnistes extrêmes.
Mais si eux-même étaient encore plus malin, pour rendre leur système à nouveau cohérent, ils devraient en arriver à dire que mêmes ce que nous croyons, ce que nous ressentons, ce que nous pouvons au plus profond de nous croire pour vrai, est mis en nous par le Créateur. Ainsi, cette évolution constatée à échelle humaine, donc a priori irréfutable, pourrait n'être en fait qu'un mensonge, ou plutôt une illusion, de la même manière que les fossiles auraient été mis dans la terre "pour faire croire que...". Et là leur système serait imparable, puisqu'en gros il remettrait simplement en cause la réalité, qui ne serait qu'une illusion bâtie autour de nous. Que répondre à celui qui dit: "Si ça se trouve, tu n'existes même pas, et tes paroles ne sont que des hallucinations présentées à mon esprit par le Créateur". Se pose évidement alors la question de savoir pourquoi le Créateur aurait eu une telle volonté (si ce n'est pour donner raison aux créationnistes), mais on sort du débat.
Comme je l'ai déjà dit, "religion" est un terme infiniment trop vague pour qu'on puisse l'utiliser sérieusement dans ce contexte. Je préfèrerais employer des termes plus précis, comme "spiritualité", "dogme", et une autre chose qui ne porte pas vraiment de nom (à ma connaissance) et que l'appellerais "temporalité", c'est à dire la "mise dans le temps" et dans la vie des hommes des dogmes (mais c'est vicieux, car les dogmes viennent de la temporalité) et de la spiritualité (une fois "fondée", les hommes n'ont presque plus aucune emprise sur elle, elle est principalement conceptuelle). Enfin là encore on a tout un problème avec la désignation des choses, car cette division de la religion en aspects est particulièrement adapté au christianisme, catholicisme, orthodoxie, protestantisme, mais rien en me dit qu'elle soit très pertinente pour l'Islam, et il semble peu probable qu'elle ait la moindre utilité pour le judaïsme (qui est intrinsèquement lié à l'histoire du peuple Hébreux), ou aux paganismes. Soyons peu rigoureux, et passons outre (en supposant que ça ira, en faisant des adaptations là où le besoin s'en fait sentir) pour avancer dans le débat.
Il n'y a rien de particulier à dire du rapport de la science à la temporalité des diverses "religions", l'histoire est l'histoire, les traditions changent à leur rythme. On peut par exemple dire que le catholicisme est tout à fait compatible avec la science depuis que le clergé à lâché ses auteurs antiques et leurs théories obsolètes, pour en revenir à quelque chose de plus en accord avec le christianisme, et l'histoire et la tradition de l'Eglise catholique. Je pense qu'il en va de même pour l'orthodoxie. Mais pour le protestantisme, c'est bien plus complexe. La profusion de petites églises, représentant des centaines de tendances, empêche une lecture globale. Indéniablement, il y a en Amérique une tentation à mélanger dogme et science, à les fusionner, ce qui est idiot puisque cela détruit l'idée même de la science, qui précisément est (en principe) l'inverse d'un dogme, mais une observation, une expérience. Mais je pense franchement que ces tendances restent minoritaires numériquement, mais le système américain de lobbying est exploité à fond par ces gens qui sont au moins aussi habiles que prosélytes. Le risque de transmission à l'Europe me parait minime, du fait de notre faible religiosité générale, et d'un matérialisme positif, orienté vers les activités de l'esprit disons "non-mystiques": la technologie/technicité, les sciences sociales et humaines, etc...
Pour le judaïsme, je ne saurais trop dire... il faut dire que les intellectuels juifs ont des opinions parfois totalement opposés, et cela même en rapport à leur propre religion. Mais les intellectuels ne sont pas le vulgus populus, ni les docteurs de la foi. A priori, il me semble qu'un créationnisme "dur" est présent depuis longtemps, mais qu'il est loin d'être partagé, et qu'il n'y a pas de danger de "contamination", puisque précisément il y a eu immunisation avec le temps. Mais pour l'Islam... actuellement, le monde musulman est incroyablement vif et animé, et de nombreuses tendances s'affrontent. Mais je crains fort que les "fondamentalistes" (qui sont en fait des orthodoxes) ne prennent le dessus. L'opportunité d'un djihad massif sur l'Occident, avec tous les bénéfices matériels et post mortem que cela représente pour un musulman est bien plus attrayant qu'un ligne d'ouverture du dogme, et de révision de la spiritualité (qui, il faut le dire, est assez faible). Le manque d'information et de curiosité, la haine et le rejet des valeurs occidentales (caricaturés et déformés par "ceux qui parlent fort", mollahs et autres, tout intéressés à garder cette place en détournant l'attention sur un ennemi extérieur) sont, selon moi, les principaux éléments d'explication d'un certain succès populaire de ces idées.
La présence croissante de minorités musulmanes dans les pays occidentaux, d'autant plus "fondamentalistes" qu'elles n'ont guère plus que ça pour se rattacher à leur identité d'origine, et radicalisés dans leurs positions par certaines personnes qui entretiennent en eux l'idée qu'ils sont rejetés et presque persécutés dans les pays occidentaux, me semble être la fissure par laquelle le créationnisme dur risque le plus certainement de se propager en Europe. Mais cette propagation, il me semble, restera plus ou moins cantonnée à ces milieux là, les majorités de tendance agnostiques ou athée, à tradition chrétienne, étant peu réceptives à ces idées que nous voyons comme obscurantistes (et à raison).
Ca, c'était donc pour la "temporalité" où il n'y avait rien de particulier à dire

. Je ne parlerais pas vraiment du dogme, étant donné que mes éléments de comparaison sont insuffisants. Pour la "spiritualité", je prend comme unique référence celle du christianisme, c'est à dire ce que l'on peut tirer comme "système" des paroles de Jésus telles qu'elles sont relatées dans les Evangiles. On pourra me le disputer, mais je considère que c'est, des monothéismes, une des plus aboutie et élevée. En réalité, je n'utilise pas une stricte spiritualité chrétienne, mais une disons "amendée" par les divers philosophes qui suivirent, et qui eux baignèrent dans une culture et une tradition chrétienne. Tout cela est très arbitraire et personnel, et du fait que je le reconnaisse très volontiers, j'engage à éviter les polémiques à ce sujet, à moins que ce soit pour proposer une vision, une approche alternative, complémentaire, ou opposée. Bref, pas pour le pur plaisir qu'on me dise: "tro lol XD, tu rakont ke dla merd!". Je réserve un "chapitre" à part pour le "paganisme".
Et bien selon moi, science et spiritualité sont parfaitement compatibles. Il va falloir que je développe un peu ma vision des choses, assez complexe je l'avoue, mais que j'ai voulu me bâtir expressément pour permettre la coexistence fructueuse de plusieurs "systèmes". Commençons justement par définir ce qu'est pour moi un système, c'est un ensemble d'hypothèses, de convictions de base, de points de vue sur les choses, qui "tient de lui-même", même si à l'occasion on peut admettre quelques failles ou faiblesses. Les mathématiques, comme la métaphysique cartésienne, sont des systèmes au même titre que le christianisme (voire au dessus à propos du christianisme, j'exclus tout rapport avec l'histoire ou les dogmes de l'Eglise) ou le paganisme indo-européen (tripartition de Dumézil, patati patata). La science est-elle un système? Je crois que oui et non. D'un coté, elle a indéniablement un fond extrêmement puissant, celui de l'observation, de l'expérience, de l'explication des phénomènes, mais de l'autre coté, ça ne mène à rien, dans le sens où, par essence, n'en ressort rien de définitif. C'est un cadre extrêmement fixe et rigoureux, mais lequel on peut se promener sans jamais toucher un bord qui nous ferais prendre mieux conscience de la nature de ce cadre. Au risque de faire hérisser les cheveux sur la tête de certains, il y a un rapport avec le chamanisme, je trouve, qui ne se définit pas par ce qu'on doit trouver à la fin, mais par le chemin que l'on parcourt.
Après ces digressions de définition et ce parallèle osé, je poursuis. Je dirais que la science et la métaphysique/spiritualité sont nécessairement compatibles, puisqu'ils s'appliquent dans des domaines différent. La science se concentre uniquement sur le matériel, l'observable, le quantifiable, tandis que la métaphysique ou la spiritualité sont la recherche, au contraire, du sens et du "fonctionnement" de ce que l'on ne
peut pas voir. Dans ce cas comment pourrait-ils se contredire? Ils ne manipulent pas les mêmes concepts, ne se posent pas les mêmes questions et ont des réponses différentes. Pour schématiser grossièrement, la science c'est le "comment", la spiritualité/métaphysique c'est le "pourquoi". La science ne peut pas empêcher un dieu créateur d'être l'initiateur de l'évolution, et de même un dieu créateur tout puissant, propriété attribuée par la métaphysique, peut très bien avoir voulu l'évolution des espèces.
Mais cela fait aussi que jamais, au grand jamais, un système ne devrait essayer d'évaluer l'autre à l'aune de ses propres principes, car ce n'est simplement pas possible, pas plus que de mesurer une masse avec un chronomètre. Tout résultat sera forcément erroné et inconséquent. D'où le fait que j'emmerde aussi bien les créationnistes durs qui mélangent religion et réalité, que les petits scientistes qui se disent athée parce que la religion, c'est pas scientifique (mais il faut en fait comprendre qu'ils disent que puisque ça n'obéit pas ou que ça ne vérifie pas les principes de la science, c'est que c'est nécessairement faux).
Et pour finir, un petit détour sur le paganisme indo-européen (je ne peux pas tellement parler des autres, dont j'ignore presque tout), où j'ai été pas mal influencé par Dumézil, même si je n'adhère pas franchement à ses analyses et conclusions. Ce brave homme, à force d'études de textes, de témoignages archéologiques, et autre, en était arrivé à la conclusion que toute la "religion" païenne indo-européenne avait pour schéma et principe de base une sorte de trio ou de trinité, sur laquelle je ne m'étalerais pas ici, car les variations et interprétations locales ou historiques la rendent d'une extrême subtilité. Personnellement, je dirais que ce paganisme est entièrement organisé autour de confrontation/coopération entre plusieurs entité, pour établir l'équilibre. Des exemples bateau sont le jour et la nuit, l'homme et la femme, la mort et la vie, les quatre saisons, la tripartition, etc...
Tout cela est très fortement lié à l'expérience matérielle du monde, contrairement à la métaphysique cartésienne par exemple, qui est purement idéale, et où la "puissance finale" est unique et unicité. Mais cela fait que la spiritualité issue du paganisme, étonnement, est compatible avec la spiritualité chrétienne (car au fond, une chose peut être unique, et cependant être plusieurs choses, comme le cycle des saisons, qui en étant un cycle, plein et unique, est cependant la réunion de quatre saisons, et il faut voir que c'est exactement la même idée qu'il y a derrière la Trinité). Par rapport à cette spiritualité païenne, la science ne change pas grand chose, puisqu'elle n'est que l'étude et l'observation des résultats et conséquences matérielles de ces oppositions/coopération de principes naturels.
Bon... trois heures pour rédiger ce post... je remercie ce qui arriveront à le lire, mais surtout ceux qui voudront faire avancer le débat, en espérant que ma contribution indigeste et lourdingue y contribue.