Pensions : les véritables raisons de l’accélérationLes membres du gouvernement, notamment Vincent Van Quickenborne, vous expliqueront qu’on ne peut plus attendre. Que l’heure est grave, que notre système de pension a un besoin urgent de réformes immédiates. On peut s’étonner que ces réformes dont on parle depuis des années soient subitement devenues incontournables. On n’est pas à un ou deux mois près: dire que si l’on ne réforme pas maintenant le système s’écroule relève de la propagande.
Voici donc les véritables raisons : d’abord le gouvernement tient à envoyer un signal fort aux marchés et aux agences de notations. Ne pas avoir entamé de réforme au premier janvier serait perçu comme un signe négatif, c’est donc d’abord et avant tout une question d’image. Le gouvernement veut se prémunir d’une dépréciation accrue de notre image, déjà malmenée, à l’étranger.
Derrière cet empressement il y aussi une question de cohésion gouvernementale : ce sont justement sur ces questions que libéraux et socialistes se sont violemment opposés lors de la discussion budgétaire du mois de novembre. On était passé à ce moment-là tout près de la sortie de route, rappelez-vous d’Elio Di Rupo qui prend la route de Ciergnon. Si le gouvernement ne veut pas rouvrir le débat c’est aussi parce qu’il sait que le délicat et douloureux équilibre trouvé à ce moment-là ne peut en aucun cas être remis en cause. Prendre l’avis des syndicats ou de l’opposition n’a donc pas beaucoup de sens.
Enfin, troisième raison d’accélérer le tempo, une question de saison : ces mesures sont forcément impopulaires et ne peuvent que déclencher l’hostilité des syndicats voir de l’opinion publique en générale. Autant les liquider tout de suite, que la période des fêtes ramène ensuite naturellement un peu de calme et que la nouvelle année nous permette de tourner la page. Quand on a une mauvaise nouvelle à faire passer, les journées qui précédent Noël ou les grandes vacances d’été sont toujours des moments un peu moins défavorables, profiter du calendrier fait partie de l’habileté politique. Ajoutons que retarder ce débat à l’année prochaine c’est en faire un élément de la campagne pour les élections sociales du mois de mai, ce qui serait tout à fait irresponsable.
Quoiqu’il arrive, quelle que soit l’ampleur de la grève d’aujourd’hui le projet sera donc voté. Cela n’empêche pas d’avoir l’impression que la majorité joue une étrange cacophonie. Mal préparée, mal communiquée, pas concertée : cette réforme des pensionst donne l’impression d’avoir été déposée au parlement à la va-vite. Même le Conseil d’Etat critique certaines dispositions, et demande par exemple comment on a fixé certaines limites d’âge, exigeant que l’on motive davantage ces décisions..
Alors c’est vrai, ces projets de réforme sont bien dans l’accord de gouvernement (réforme des pensions, de la page 102 à la page 106). Mais il faut reconnaître que nous sommes fort peu nombreux à l’avoir lu cet accord de gouvernement. Et surtout, faute de chiffres et de détails concrets, que quelques pages générales ne donnent pas toute l’ampleur des modifications. Du coup la presse cherche, les commentateurs spéculent, les opposants critiquent et l’opinion publique panique. Exemple hier sur les pensions de survie. Le journal Le Soir annonçait leur suppression. L’accord de gouvernement parlait de leur remplacement. Une note émanant du gouvernement a bien circulé dans les rédactions pour expliquer les détails et apaiser les esprits, mais aucun ministre n’a donné de commentaires officiels. Le gouvernement Di Rupo peut annoncer qu’il prend des mesures difficiles, qu’il n’a pas le choix, qu’il y a urgence. Il a aussi le devoir de les expliquer. Laisser l’inquiétude s’installer, c’est provoquer l’instabilité. Dans un contexte économique sensible il n’en a pas le droit.