Friday 16 May 2008 à 18:46
Encore une histoire d'Ours.
Polaire, cette fois-ci.
Les Etats-Unis placent l'ours polaire sur la liste des espèces en dangerLE MONDE | 16.05.08 |
Secrétaire américain aux affaires intérieures, Dirk Kempthorne a, mercredi 14 mai, placé l'ours polaire sous la protection de la loi sur les espèces en danger (ESA, Endangered Species Act).
Il a motivé sa décision par un rapport dont les projections concluaient que les deux tiers des 25 000 ours blancs sont menacés de disparition d'ici à 2050 à cause de la progression accélérée de la fonte des glaces en Arctique, due au réchauffement climatique.
"On ne se fonde pas sur la science, mais sur des jeux sur ordinateurs", a tonné le représentant républicain Don Young, hostile à cette décision.
Le porte-parole du World Wild Fund (WWF), lui, l'a
"applaudie". Mais Carl Pope, le président du Sierra Club, l'une des premières associations environnementalistes américaines, l'a jugée
"criblée de lacunes, de contradictions, rédigée dans un langage équivoque qui pourrait en réalité miner la protection de l'ours polaire et d'autres espèces".
Cette décision est en effet accompagnée de nombreuses restrictions, la Maison Blanche ayant visiblement cherché à limiter ses effets.
L'inscription de l'ours polaire comme espèce menacée générait deux oppositions. Celle d'associations d'Inuits d'Alaska qui le chassent et vivent de la passion de certains Américains pour la chasse à l'ours blanc. Et celle des compagnies pétrolières, qui craignaient une décision néfaste à leurs activités en Alaska et minant d'éventuelles prospections.En février, l'administration Bush avait accordé 448 concessions en Alaska à des compagnies pétrolières et gazières, pour 2,6 milliards de dollars.
Elles s'étendent sur 30 000 hectares dans la mer de Chuckchi. De fait, les limitations à l'application de la loi évitent tout préjudice aux pétroliers.
En une période électorale où l'écologie est un thème porteur aux Etats-Unis mais où la recherche de l'indépendance énergétique ne l'est pas moins, Washington a ménagé la chèvre... et plus encore le chou.
Le lobby pétrolier, l'American Petroleum Institute, s'est félicité que M. Kempthorne ait mis en garde contre toute
"utilisation abusive" de sa décision.
Les écologistes voient au contraire dans l'inscription de l'ours polaire dans le cadre de l'ESA un précédent qui valide leur argumentation liant réchauffement climatique et disparition d'une espèce.
Ils s'estiment désormais en droit d'engager d'autres procédures, par exemple pour empêcher la construction de centrales électriques au charbon.
Mais le ministre les a mis en garde : sa décision n'a "aucun rapport" avec le réchauffement climatique.L'administration a dû rendre ce verdict sous la pression du Centre pour la diversité biologique, situé en Arizona, et d'une coalition d'associations environnementales. Celles-ci avaient présenté en février 2005 une vaste pétition exigeant une décision gouvernementale. En son absence, un juge avait ordonné, en décembre 2006, que, favorable ou négative, elle soit prise rapidement. Depuis, la Maison Blanche la reportait régulièrement. Le 29 avril, Claudia Wilken, juge fédérale à Anchorage (Alaska), lui avait donné seize jours pour se prononcer.
La communauté scientifique américaine, dans sa grande majorité, confirme la menace sur l'ours polaire. Mais elle est partagée sur sa dimension. Robert Buchanan, directeur de Polar Bears International, principale source de financement de la recherche, rappelle qu'en 2007 la fonte des glaces en été a dépassé celle de 2006 sur un territoire grand comme quatre fois la France.
Deux études sur trente ans, menées dans la baie d'Hudson et au sud de la mer de Beaufort, montrent, dit-il, que le nombre des ours décline rapidement. A l'inverse, une étude canadienne récente estime que seules 4 des 13 populations d'ours – qui vivent à 62 % en territoire canadien – sont menacées de déclin.
Le Canada pourrait bientôt classer l'ours polaire dans une catégorie moins en danger, celle des espèces "nécessitant une attention spéciale". 
La fonte des glaces arctiques pourrait avoir pour conséquence la disparition des deux tiers des ours polaires d'ici à 2050.
Source d'eau douce:
http://www.lemonde.fr/sciences-et-environn...l#ens_id=853716