dimanche 18 mai 2008 à 15:22
Ici un article du Monde datant de la même époque :
Le scandale des prêtres pédophiles a affaibli la voix de l'Eglise catholiqueCITATION
Dans un discours au clergé, samedi 19 avril à la cathédrale Saint-Patrick de New York, le pape devrait traiter du scandale des prêtres pédophiles qui a éclaté en 2002 et qui, depuis, a terni durablement l'image et affaibli les finances de l'Eglise catholique américaine. Son intervention est attendue à la fois par les associations de victimes et par la hiérarchie, mise en cause pour l'application de sa sévère politique de "tolérance zéro". A la veille de son départ, Benoît XVI a reçu une lettre signée par 9 000 Américains se présentant comme victimes de prêtres pédophiles et réclamant des comptes aux évêques qui ont couvert ou ignoré ces faits.
C'est un total de 3 000 prêtres - sur un effectif de 42 000 - qui, jusqu'à aujourd'hui, a fait l'objet de poursuites judiciaires pour abus sexuels commis, pour la plupart, entre 1960 et le milieu des années 1980. Certains ont été condamnés pour des attouchements portant parfois sur des dizaines d'enfants. Pendant des années, les évêques ont muté des prêtres qu'ils savaient soupçonnés ou coupables de pratiques pédophiles. Au lieu de les livrer à la justice, ils les envoyaient en maison de repos et de prière. La hiérarchie a été désignée comme coupable de naïveté, de confiance mal placée, de goût du secret et peur du scandale. Les deux tiers des prêtres fautifs avaient été ordonnés au début des années 1970, c'est-à-dire à une époque où le clergé subissait une grave hémorragie et où il fallait remplir en urgence, sans vigilance, les séminaires, noviciats et écoles catholiques.
"Des milliers de prêtres prédateurs ont ainsi abusé des milliers, voire des dizaines de milliers d'enfants", soutient Barbara Blaine, responsable de l'association SNAP (Survivors Network for those Abused by Priests). De rares évêques ont donné leur démission. Proche de Jean Paul II, le cardinal Bernard Law, ancien archevêque de Boston, où le scandale avait éclaté après des mois d'atermoiements, a été contraint à la démission en décembre 2002.
Un peu plus tôt, en juin, la conférence nationale des évêques avait adopté, à Dallas (Texas), une charte pour la protection des mineurs. La hiérarchie s'engageait à indemniser généreusement les victimes, à mieux former son personnel, à ne plus tolérer le moindre dérapage. Au nom de la "tolérance zéro", une seule plainte suffit désormais pour renvoyer un prêtre. Une collaboration totale avec la police et la justice a été instaurée et une enquête menée auprès du million de religieux, prêtres, laïcs, employés de l'Eglise travaillant au contact des enfants.
"TOLÉRANCE ZÉRO"
Mais ce qui a été salué à l'époque comme un progrès donne lieu, aujourd'hui, à de sévères critiques de la part de fidèles et du clergé. La peur de poursuites judiciaires et de réparations financières exorbitantes est devenue telle que des évêques appliquent sans ménagement la politique de "tolérance zéro" pour se couvrir préventivement. Des prêtres sont chassés de leur paroisse sur de simples rumeurs qui se révèlent de véritables ragots. Ce climat de chasse aux sorcières empoisonne la vie des communautés catholiques. Les évêques croyaient avoir fait le plus dur pour retrouver la confiance de l'opinion et des fidèles - dont la pratique et les dons ont lourdement baissé -, mais ils sont aujourd'hui déçus.
D'autant plus qu'ils ont dû verser des sommes colossales aux victimes. Pour la seule année 2007, l'Eglise a déboursé plus de 600 millions de dollars. Le record a été atteint en Californie : l'archevêché de Los Angeles, le plus grand du pays, s'est engagé, en juillet 2007, à verser 660 millions de dollars à plus de 500 personnes reconnues victimes d'attouchements ou de viol par des prêtres. Des diocèses ont déposé leur bilan, fermé des paroisses et même des églises (à Boston), licencié du personnel, vendu des immeubles pour indemniser les victimes.
Autant que les finances, c'est la crédibilité de l'Eglise américaine - qui avait figuré parmi les opposants à la guerre en Irak - qui est atteinte. "Le traumatisme reste profond, convient le cardinal MacCarrick, ancien archevêque de Washington, dans un entretien à l'agence de presse vaticane Imedia. Mais plus que n'importe quelle organisation, l'Eglise a pris les moyens d'enrayer ce mal. Les nouveaux cas de pédophilie sont rares. Mais il faut encore payer les conséquences de ce scandale."
Henri Tincq
Article paru dans l'édition du 16.04.08.