Saturday 03 March 2007 à 12:34
Je me souviens parfaitement avoir lu un article dans un mag' genre Science&Vie qui remettait encore le sujet d'une langue mère sur le tapis. J'ai voulu retrouver l'article en question, mais je n'y suis pas arrivée. Cependant j'ai trouvé cet article qui se rapproche beaucoup de celui que j'avais lu :
"La question de l'origine des langues a toujours suscité de nombreuses hypothèses et mis a contribution les travaux tant des anthropologues, que des archéologues, des généticiens, des linguistes, etc. En 1865, la Société de linguistique de Paris avait informé ses membres dans ses règlements qu'elle ne recevrait «aucune communication concernant [...] l'origine du langage». Mais la question a continué néanmoins à hanter les linguistes et la recherche d'une langue mère unique s'est poursuivie, si tant est qu'une telle langue ait existé. Dans L'Homme de paroles (Fayard, 1996), le linguiste français Claude Hagège réfute le mythe d'une langue commune unique :
"Contrairement à l'idée courante, il est très probable que l'immense diversité des idiomes aujourd'hui attestés ne se ramène pas à une langue originelle unique pour toute l'humanité. S'il y a unicité, c'est celle de la faculté de langage propre aux hominiens et non celle de la langue elle-même. A l'origine, donc, une seule espèce (monogénétisme de la lignée), mais non un seul idiome (polygénisme des langues). "
Néanmoins, l'idée d'une langue mère relève d'un fantasme ancien. Dès le Moyen Âge, on croyait à l'existence d'une langue originelle de l'humanité, jusqu'à ce que la colère de Dieu intervienne après l'épisode de la tour de Babel. Pendant longtemps, on a cru que l'hébreu était la langue d'Adam et d'Ève, d'autres ont pensé au latin ou au grec. Pour leur part, les musulmans ont toujours cru que la première langue de l'humanité était l'arabe. À partir du XIXe siècle, certains linguistes ont persisté dans ce type de recherche; ils ont été suivis par des spécialistes de la génétique des populations. L'un des livres les plus connus sur le celui fut celui de l'Américain Meritt Ruhlen dans L'origine des langues (1994, mais 1997 en français). Ses travaux proposant une origine commune (la monogenèse) ont alimenté une controverse vieille de plusieurs siècles. Pour établir des ressemblances entre toutes les langues du monde, la méthode de Ruhlen consiste à procéder à des comparaisons entre des lexiques de référence (en l'occurrence: 27 formes orthographiques associées aux formes phonétiques) pour un grand nombre de langues choisies parmi des familles communément acceptées. Il s'agit du système de «comparaison multilatérale» proposée auparavant par Joseph Greenberg.
Quoi qu'il en soit, Meritt Ruhlen a avancé la thèse d'une proto-langue mère originelle et commune à toutes les superfamilles, qui aurait vécu vers 50 000 ans avant notre ère. Selon lui, le premier mot prononcé par l'homme serait la monosyllabe tik («doigt») ou aq'wa («eau»), appartenant à 32 familles de langues et proto-langues reconnues par la majorité des linguistes. Cela dit, les critiques portant sur la méthodologie de Ruhlen sont innombrables. Non seulement on peut se demander si les ressemblances relevées par Ruhlen sont dues ou non au hasard, mais on met en doute la capacité des sons humains à se maintenir sur des dizaines de milliers d'années. Malgré tout, nombreux sont ceux qui reconnaissent au moins à Meritt Ruhlen le mérite d'avoir raison sur le fond: toutes les langues pourraient avoir une source unique, mais nous n'en savons strictement rien. L'origine des langues reste toujours une énigme pour la science."
Suite à lire sur le site :
http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/monde/origine-langues.htmJe trouve l'idée d'une langue primaire très séduisante et je serai la première à me précipiter pour l'apprendre si elle existait vraiment et qu'on puisse la retrouver/reconstituer.
Mais admettre l'existence d'une langue commune, cela veut dire admettre aussi que, bien que dispersé sur le globe, les hommes aient gardé une langue commune qui n'a pas varié pendant des milliers d'années et que d'un coup, paf, on trouve toutes les langues qui existent aujourd'hui (c'est en tout cas comme ça que je le comprends). Or aujourd'hui on peut voir par comparaison avec l'Amérique, colonisée essentiellement par les anglais, qu'une différence nette de prononciation et même d'un certain vocabulaire est visible avec l'Angleterre.