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samedi 23 décembre 2006 à 15:43
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une guerre oubliee , ce qui s'est passè exactement! pourquoi? et qul role a jouè la france ds cette guerre
Guerre des sables
U

La guerre des sables est l'appellation donnée au conflit engageant l'Algérie et le Maroc à l'indépendance de l'Algérie en octobre 1963.

Des incidents de frontière répétés, déclenchent le conflit.

L'Algérie sortant de 7 années et demi de guerre, se fournit en armement auprès de Cuba (qui envoya un bataillon de T-55 avec plusieurs centaines de militaires), de l'Égypte et de l'URSS pendant que le Maroc reçoit l’appui discret, mais présent, des États-Unis et de la France.

Les principaux combats ont eu lieu dans les oasis de la frontière, en particulier près des villes de Figuig et M Hamid.

L'Organisation de l'unité africaine négocia un cessez-le-feu formel et aprés une médiation de la Ligue Arabe les hostilités ont cessé.


Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, les Marocains ont faussé la donne en tentant d’occuper une partie du territoire algérien, dans ce que l’histoire a retenu comme “la guerre des sables”. Taisant sa prétendue revendication territoriale durant la colonisation française, Rabat a tenté de prendre par la force ce qui, légalement, revenait à l’Algérie conformément aux traçages des frontières par la puissance occupante. La politique expansionniste du royaume alaouite faisait alors ses premiers pas.

Expansionnisme Dans l’esprit de feu Hassan II, le “Grand Maroc”, qui englobe une bonne partie de l’ouest et du sud-ouest algérien et s’étend vers le Sud jusqu’à pratiquement le fleuve Sénégal, devait voir le jour. Affaiblie par sept ans et demi de guerre contre l’occupation coloniale, l’Algérie présentait une proie facile pour le souverain chérifienne qui pensait saisir l’occasion pour lancer son projet expansionniste. Mal lui en pris, car les Algériens, plus solidaires que jamais, repoussèrent l’offensive de l’armée régulière marocaine. Devant la pression internationale et la résistance des Algériens sur le champ de bataille, Hassan II renonce à son expédition expansionniste et retire ses soldats. C’était là le mauvais départ dans les relations algéro-marocaines. La confiance n’était plus de mise entre les deux parties. Depuis, les choses semblaient rentrer dans l’ordre. Aucun différend notable n’a été enregistré entre Alger et Rabat, dont les rapports étaient des plus corrects. Il a fallu que le général Franco d’Espagne décide de mettre fin à la colonisation du Sahara occidental pour que les vieux démons royaux refassent surface. Hassan II revendique alors ce territoire. Mais avant que les soldats ibériques ne quittent ce pays, ses habitants créent le Front Polisario en 1973 et optent pour l’indépendance.

La rupture totale Après le départ des Espagnols en 1975, le roi du Maroc occupe, dans un premier temps, le nord du Sahara occidental après sa “marche verte” et cède la partie sud à la Mauritanie de Mokhtar Ould Dadah. Quatre années plus tard, il fait main basse sur tout le territoire, à la suite du retrait des Mauritaniens. Ces dernier, en butte à de sérieux problèmes internes, s’étaient ravisés car n’ayant pas les moyens d’assurer leur présence dans ce territoire. Dans toutes ces péripéties, l’Algérie soutient le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, pour avoir connu les affres de la colonisation et bataillé dur pour arracher ce droit à la communauté internationale. Prenant la position algérienne pour une attaque contre le Maroc, Hassan II rompt les relations diplomatiques avec Alger le 7 mars 1976. Pourtant, quelques mois auparavant, la Cour internationale de justice de La Haye reconnaissait le droit à l’autodétermination de la population de ce territoire. C’est un véritable climat de tension qui s’est instauré alors entre les deux capitales. C’est la rupture totale. Pendant sept ans, les dirigeants des deux pays n’ont cessé de s’accuser de tous les maux. Il y eut même des accrochages militaires entre les deux armées, dont les plus célèbres furent Amgalla I et Amgalla II.

Chadli-Hassan II, le tête-à-tête historique Devant les liens linguistiques, religieux, géographiques et historiques entre les deux peuples, la rupture ne pouvait durer éternellement. Des petits pas de part et d’autre ont permis d’aboutir à la rencontre du 26 février 1983 entre le président Chadli Bendjedid et le roi Hassan II. Face au refus de l’un et de l’autre d’aller chez le voisin, les deux hommes tinrent leur sommet à la frontière des deux pays. Six semaines plus tard, soit le 7 avril, la libre circulation est rétablie pour les résidents des deux pays. Le 28 mai 1983, un accord sur la libre circulation progressive des personnes et des biens et l’ouverture des lignes aériennes et ferroviaires est signé. Alors que l’on pensait que la hache de guerre allait être enterrée définitivement, surgit alors le traité d’union maroco-libyen le 13 août 1984 qui jette à nouveau le froid entre les deux capitales. Il a fallu une médiation saoudienne, menée par le roi Fahd, pour que les relations se normalisent graduellement. Pour rappel, un sommet tripartite avait réuni, encore une fois à la frontière algéro-marocaine, le 4 mai 1987, Hassan II, le président Chadli et le roi Fahd. S’ensuit alors toute une série de rencontres entre officiels des deux pays. Le 16 mai 1988, c’est la reprise des relations diplomatiques, qui est suivie le 5 juin de la même année par la réouverture des frontières. Quarante-huit heures plus tard, le souverain alaouite effectue sa première visite officielle en Algérie. Il participe à l’occasion au sommet de la Ligue arabe du 7 juin 1988. La réconciliation est scellée à l’occasion de la visite officielle de Chadli Bendjedid à Ifrane du 6 au 8 février 1989. Les deux chefs d’État signent un accord sur un projet d’un gazoduc devant relier l’Algérie à l’Europe, à travers le Maroc. Les autres rencontres à haut niveau qui suivirent, notamment celle de Tunis, à l’occasion d’un sommet de l’UMA en 1990, et la visite de Hassan II à Oran du 27 au 29 mai 1991, et la promulgation par Rabat de la convention du 15 juin 1972 ayant mis fin aux problèmes frontaliers maroco-algériens qui avaient été à l’origine d’un conflit armé entre les deux pays, connu sous le nom de “guerre des sables”, en octobre 1963, ont fait croire à une véritable normalisation.

1994, le clash ! Le 16 août 1994, les déclarations du président du Haut Conseil d’État algérien, Liamine Zeroual, dans lesquelles il affirmait qu’il ne restait en Afrique qu’un “pays illégalement occupé”, dans une allusion au Sahara occidental, sont très mal perçues à Rabat. Quelques jours plus tard, soit le 26 août 1994, une attaque terroriste meurtrière menée par des Franco-Maghrébins contre un hôtel de la ville marocaine de Marrakech fait deux morts et plusieurs blessés parmi les touristes espagnols. Sans attendre les conclusions d’une enquête sérieuse, les autorités marocaines désignent les services de sécurité de l’Algérie du doigt et décident d’instaurer le visa pour les ressortissants algériens désireux de se rendre au Maroc. Ne se limitant pas à appliquer la réciprocité dans ce genre de situation, Alger décide de fermer la frontière terrestre entre les deux pays, qui facilite l’infiltration des armes et des terroristes vers l’Algérie. Ce fut alors la coupure totale. Rabat demandera officiellement le gel de toutes les institutions de l’Union du Maghreb arabe. Depuis, les frontières sont toujours fermées, malgré de nombreuses éclaircies dans les relations bilatérales, marquées particulièrement par la décision marocaine de supprimer le visa pour les ressortissants algériens, et la mesure réciproque de l’Algérie cette année.

Une victime : l’UMA Passage obligé pour le développement de la région dans ce monde des grands ensembles, l’Union du Maghreb arabe n’existe que sur papier. À chaque fois que l’on amorce une tentative de relance de cette institution, un différend algéro-marocain surgit et annihile les efforts des uns et des autres. Rabat exerce son chantage sans relâche. En effet, dès qu’il est question de tenir un sommet de l’UMA, les Marocains font pression. Ils exigent le silence de l’Algérie dans la question du Sahara occidental en échange de leur présence à ces rendez-vous. Ce qui s’est passé récemment à Tripoli est l’exemple type des pratiques marocaines. Il a suffi que Abdelaziz Bouteflika réaffirme le soutien de l’Algérie au peuple sahraoui dans sa lutte pour arracher le droit à l’autodétermination pour que Mohamed VI annule sa participation à ce rendez-vous. Les concessions algériennes visant à tenir ce sommet sans traiter du dossier sahraoui, comme cela avait été convenu auparavant, ont été catégoriquement rejetées par les représentants de Mohamed VI. C’est dire la mauvaise foi des diplomates marocains, qui exécutaient les instructions venant directement du palais royal. Ce qui s’est passé dans la capitale libyenne n’est qu’un remake de ce qu’ont réservé les Marocains aux précédentes tentatives d’organiser un sommet de l’Union du Maghreb arabe depuis onze années maintenant.

Régler le dossier du Sahara occidental d’abord Désormais, il ne fait plus aucun doute que l’amélioration des rapports entre l’Algérie et le Maroc passe inévitablement par une solution finale du conflit sahraoui. Tant que cette affaire restera en suspens, il n’y a pas lieu d’espérer un rapprochement définitif entre Alger et Rabat. C’est, du moins, l’avis des observateurs de la scène maghrébine. En effet, à chaque fois que cette question est traitée au niveau international, le souverain alaouite déverse son fiel sur l’Algérie. Ce sujet, qui constitue le meilleur moyen de faire taire les revendications sociales du peuple marocain, est brandi très haut par les autorités chérifiennes pour exacerber le sentiment nationaliste et rassembler sur le dos de l’Algérie. Partant de là, le dossier du Sahara occidental est entretenu savamment dans ce sens, parce que rien n’explique le refus du Maroc de tenir un référendum dans ce territoire, surtout quand on sait que les ressortissants sont plus nombreux que les Sahraouis. Ainsi, Mohamed VI n’a même pas confiance en ses sujets déportés dans ce qu’il appelle les “provinces du Sud”. Il s’est allié avec le temps, poursuivant sa fuite en avant. Jusqu’à quand ? Un jour, il négocie avec le Polisario. Le lendemain, il revient sur ses engagements, comme tout colonisateur digne de ce nom. En attendant, ce sont les peuples du Maghreb qui paient les pots cassés. Les déclarations royales du genre : “Les positions algériennes affectent directement les intérêts supérieurs du royaume et sont attentatoires au sentiment national du peuple marocain” montrent à quel point l’Algérie dérange les visées expansionnistes marocaines.

K. ABDELKAMEL
samedi 23 décembre 2006 à 15:45
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Ah tiens, j'en ai entendu parler mais je pensais pas que c'etait vrai vu que je n'avais aucune information.

Par contre ce topic serait mieux en histoire nan ?
samedi 23 décembre 2006 à 16:50
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Je déplace dans la rubrique "Histoire"!


Ce message a été modifié par uno - samedi 23 décembre 2006 à 16:53.
samedi 23 décembre 2006 à 18:15
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samedi 23 décembre 2006 à 18:42
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temoignagne d'un ancien ministre tunisien sur la guerre des sables!!
c long je sais mais c trés interessant!!!

Le 14 novembre 1975, à Madrid, un accord tripartite est signé entre l’Espagne, le Maroc et la
Mauritanie. L’Espagne acceptait de mettre fin à sa colonisation du Sahara pour le 28 février 1976, la
transition étant assurée par une administration à trois : un gouverneur espagnol et deux adjoints marocain
et mauritanien. On respectera toutefois “l’opinion de la Jemâa” : l’assemblée des habitants du Sahara.
Une société d’exploitation des phosphates est créée : avec 65 % de participation marocaine et 37 %
espagnole. D’autres arrangements conclus restaient secrets.
Aussitôt, l’accord est dénoncé durement par l’Algérie qui se sent trahie. La cassure entre les deux pays
va, dès lors, précipiter les événements.
Les manoeuvres ne cesseront pas, compliquant encore l’imbroglio ; la Tunisie, quant à elle, n’étant ni
consultée ou informée sur une question qui intéressait pourtant l’évolution de toute la région.
Le conflit devenait inévitable. Le 28 novembre, les Marocains occupent Smara. Le 10 décembre,
l’ONU décide l’organisation d’un référendum au Sahara. Le 11, 4 000 soldats marocains occupent El
Ayoun. De son côté, la Mauritanie, le 19 décembre, occupe La Guerra, à sa frontière avec le Sahara
espagnol.
Dans une conférence de presse, le roi Hassan II déclare : “Logiquement, j’attends qu’Alger me fasse la
guerre”. Le 9 janvier 1976, l’armée marocaine fait son entrée à Dakhla (ex Villa Cisneros). Elle est
rejointe le 12 par les Forces armées mauritaniennes. Le même jour, les derniers éléments de la Légion
espagnole quittent le Sahara.
Le 27, la guerre éclate entre les deux pays. L’affrontement est dur. La ville d’Amgala est occupée par le
Maroc. Les communiqués contradictoires se succèdent, les campagnes de presse sont virulentes. Il y a
grand risque que les escarmouches localisées soient dépassées et que les deux pays se dressent l’un
contre l’autre.
Le 30, le Président Bourguiba nous convoque à une réunion restreinte à 9 h 45 avec Nouira, le Premier
ministre, Chatti, le ministre des Affaires étrangères, Chedli Klibi son directeur de cabinet et moi même.
D’emblée, le Président me désigne pour une mission urgente auprès du chef d’Etat algérien et du roi du
Maroc : “Je les voyais venir, dit-il, l’enjeu est trop grand (...). Il faut essayer d’arrêter cela, autrement,
les choses vont aller trop loin”.
Je suis un peu gêné : essentiellement politique, cette mission délicate aurait dû revenir au Premier ministre
ou au ministre des Affaires étrangères, présents à la réunion. Mais le Président n’a pas ce scrupule et
26Hassan II, Mémoire d’un roi, Plon, 1993.
n’explique même pas sa décision. Nous passons en revue, longuement, l’historique de l’affaire ; nous
évaluons, sommairement, les potentialités des deux armées et jaugeons précisément les appuis extérieurs
dont peuvent bénéficier l’une et l’autre partie. Bourguiba veut peser de tout son poids pour arrêter
l’escalade. Il nous lit son interview au Monde (8 septembre 1974) : “J’ai dit au Premier ministre
marocain qu’on était prêt à l’aider, s’il ne contrevenait pas à la décision de l’ONU d’accorder aux
Sahraouis le droit à l’autodétermination...”.
Un avion spécial de notre compagnie est aussitôt affrêté. Nous sortons de la réunion vers 11 h 30. Je
m’envole à 14 heures pour Alger et déclare au départ : “Nous avons l’espoir de voir se dissiper dans les
plus brefs délais les nuages qui obscurcissent les relations entre les pays frères”. A l’arrivée, je confirme
le cadre de ma mission et notre cortège se dirige directement vers le “Palais du peuple” où, accompagné
de notre ambassadeur Mahmoud Maamouri, je suis introduit directement auprès du président
Boumediene, entouré notamment de Bouteflika, de mon homologue Ahmed Abelghani, du directeur
général de la Sûreté, Ahmed Draya, et du colonel Mohamed Yahaoui.
L’audience qui va durer de 17 heures à 19 heures, me permet d’exprimer longuement nos
appréhensions et le souci majeur de Bourguiba de sauvegarder la sécurité dans la région. Je laisse
entrevoir que nous sommes décidés à agir aussi auprès du Maroc et conclus ainsi :
“La bonne volonté algérienne me permettra de continuer cette mission au Maroc.
Boumediene, calme mais déterminé, souligne :
— Nos rencontres au sommet, notre bonne volonté, ont été trahies par l’accord tripartite de Madrid qui
réintroduit l’Espagne dans la région, et qui vise à un dépeçage et un partage du Sahara espagnol, aux
dépens de tout un peuple qu’on veut lancer dans une diaspora, à l’instar du peuple palestinien. Nous
aurons ainsi, bientôt, une deuxième Palestine dans la région (...) Aussi faudrait-il que nous convenions
tous qu’aucun changement d’équilibre dans la région, géographique ou politique, ne puisse se faire sans
l’accord de nous tous (...) L’Algérie, de toute façon, s’y emploiera (...) Mon pays est déterminé à lancer
toutes ses forces dans la bataille en cas de nouvelle agression après Amgala, où nous n’avons pas voulu
riposter pour éviter l’escalade (...) Tout le peuple algérien a démontré sa vigueur pendant la guerre
coloniale (...) Je suis un homme de la guerre et de la montagne. Je ne pense pas que le roi du Maroc
puisse renoncer, comme moi, aux fastes et aux palais”.
Et ce fut ainsi, pendant deux heures entières, où je ne réussis à intervenir que sporadiquement, dans une
atmosphère de plus en plus poignante : Boumediene avait besoin de se défouler... mais il semblait
sincère. J’en retire la conviction qu’il est déterminé à réagir au prochain accrochage.
Il est presque 19 heures. Le chef d’Etat algérien me demande d’accepter son hospitalité pour le soir, vu
l’heure tardive. J’acquiesce, bien que j’avais pensé rentrer le soir même. Je comprends que Boumediene
souhaite que je prolonge la conversation avec ses collaborateurs : dîner donc organisé par le ministre de
l’Intérieur et réunissant les hauts responsables civils et militaires, puis soirée tardive avec Bouteflika et
Medghri, qui rappellent l’agression de 1963 lo rs de la “guerre des sables” et retracent les différentes
péripéties des rapports algéro-marocains, quand “l’Algérie jouait le jeu pour être finalement trahie”. J’en
retire la conclusion que les Algériens ne pourraient accuser une deuxième défaite devant le Maroc. Je
n’ai jamais autant craint l’irréparable.
Le 31 janvier, de bon matin, je repars pour Tunis où je gagne directement Carthage et où je retrouve
autour du Président les mêmes interlocuteurs qu’à l’aller, à savoir : le Premier ministre, le ministre des
Affaires étrangères et le directeur du cabinet. Pendant plus d’une heure, après mon compte rendu et un
long échange de points de vue, nous convenons qu’outre des conséquences imprévisibles pour la vieille
monarchie marocaine et la jeune révolution algérienne et quelles que soient les ambitions expansionnistes
et les intérêts économiques des uns et des autres, la Tunisie ne pouvait que redouter toute complication.
Elle devait donc insister pour une trêve dans l’immédiat, et à longue échéance pour une politique de bon
voisinage et de respect mutuel (...) Dans ces conditions, il fallait convaincre le Maroc de se contenter de
sa victoire de Amgala et de calmer le jeu, tout en le prévenant que l’Algérie pouvait, cette fois, réagir
autrement que lors de la “guerre des sables”.
Contact diplomatique pris, je reprends, le soir même, l’avion spécial pour Rabat, d’où je repars sur Fès
où réside Hassan II. Le dîner et la soirée permettent de faire le point avec plusieurs membres du
gouvernement marocain, dont Ahmed Laraki, Taiebi Benhima, le ministre de l’Information et Moulay
Ahmed Alaoui, proche du roi. Je suis très étonné par leur énervement : ils veulent en découdre une fois
pour toutes avec l’Algérie, s’exaltant sur leur première victoire à Amgala. Nullement impressionné,
j’imagine alors l’état d’esprit du roi ; je revois la soirée passée dans une atmosphère tendue avec les
ministres algériens et adapte en conséquence ma stratégie.
Le lendemain, l’audience va durer 1 h 15. Le roi est seul, contrairement à Boumediene. Après les
formules d’usage que je ne ménage pas, Sa Majesté évoque avec sympathie ma dernière visite au
Maroc, deux ans auparavant.
[En effet, le 28 décembre 1973, j’arrivai au Maroc, invité par mon homologue Hadou Chiguer pour une
réunion de travail ; en vérité, pour clarifier nos relations refroidies depuis quelques mois à cause d’une
scabreuse affaire de calomnie rapportée par un proche du Président, qui, en réaction, avait rappelé
brusquement notre ambassadeur. Je pus m'expliquer pendant toute la soirée avec le ministre marocain.
Le lendemain, le roi me reçut, et sans laisser paraître le moindre signe d’acrimonie, n'a pas tari d’éloges
sur Bourguiba qui, insistait-il, “avait porté sur les épaules la dépouille de Sa Majesté Mohamed V”.
C’était pathétique.
Au retour, le 1er janvier, le soir même, j'informai l'épouse du chef de l'Etat de la délicatesse de ma
mission et de ses résultats. Le lendemain matin, le Président reçoit longuement son fils, puis le Premier
ministre et moi-même. Je lui transmis le message “de respect et de fidélité” du roi Hassan II. A la sortie,
j’annonçai “la prochaine relance des relations tuniso-marocaines ...”].
Cette fois-ci, en 1976, nous passons d’emblée aux problèmes d’actualité. Le roi me dit combien il est
révolté et peiné par l’attitude des dirigeants algériens et décrit, brièvement mais sobrement, la situation.
J’enchaîne pour exprimer notre consternation (...) et conclus ainsi :
“Le président Bourguiba souhaite, vivement et avec insistance, que l’affrontement s’arrête là, qu’on
prenne un temps minimum pour calmer la tension afin de reprendre le contact et, le cas échéant, le
dialogue.
Le roi m’interroge sur ma mission en Algérie :
— C’est la même que celle du Maroc (...) J’ai l’intime conviction qu’une volonté personelle immédiate
et réciproque du roi Hassan II et du président Boumediene est nécessaire pour éviter l’escalade et
toutes ses conséquences.
Le souverain réfléchit un instant, puis se lance, calmement, dans une diatribe contre l’Algérie pour
terminer son exposé géopolitique :
— L’affaire du Sahara est maroco-mauritanienne, et les deux pays ont réussi à décider l’Espagne à
partir. L’Algérie veut interférer et compliquer la situation. Vous en connaissez les raisons aussi bien que
moi.
Puis Hassan II se lance dans l’historique de ses manifestations de bonne volonté à l’égard de l’Algérie,
restées, assure-t-il, sans réciprocité. Il épilogue, longuement, sur l’affrontement de 1963 et sa décision,
malgré une forte opposition intérieure, de céder Tindouf “comme Bourguiba l’a fait pour la borne 233.
Le roi exulte en vantant les vertus guerrières du peuple marocain :
— Le Maroc, ce faisant, défend toute la région et veut cantonner une fois pour toutes l’Algérie dans ses
frontières (...) Vous êtes aussi concernés que nous.
La maîtrise du roi est impressionnante. Il martèle ses mots, sait se référer au passé pour aller au présent
et revenir, avec brio, au passé, pour déterminer l’avenir. Il sait être brillant.
Mais, je ne m’égare pas et reviens au sujet :
— J’aimerais rapporter à Bourguiba votre décision d’arrêter l’escalade.
Ce qui me vaut une nouvelle tirade du roi qui proclame à la fin :
— L’armée fera son devoir.
Bouleversé par cette détermination, je prends sur moi-même d’affirmer :
— La Tunisie sera contrainte de déplorer et de dénoncer toute nouvelle complication !
— Est ce la position personnelle de Bourguiba ?
— Majesté, ma mission est nette et précise (...) Vous avez toujours rappelé les conseils de feu Sidi
Mohamed V pour une concertation permanente entre les deux pays” (...) et je finis par laisser entrevoir
que les Algériens sont déterminés à en découdre eux aussi.
Un pesant silence s’installe. L’audience en reste là ; Hassan II me demande de prolonger mon séjour : il
veut me recevoir une seconde fois. Je rentre au palais des hôtes pour déjeuner avec quelques ministres
marocains, notamment deux vieux amis, Taiebi Benhima et Ahmed Senoussi, ancien ambassadeur en
Tunisie. Ils savent que je vais revoir le roi, le déjeuner est plus calme que le dîner de la veille, mais les
interrogations sur cette seconde entrevue prédominent. Il est difficile de détendre complètement
l’atmosphère.
Le soir, c’est vers 22 heures, que je suis réintroduit au palais de Fès. Le souverain, vêtu en chef militaire,
me reçoit à un autre étage, dans un autre bureau que celui du matin et me déclare :
“Je viens de me réunir avec mon Etat-major (...) Cette enveloppe [qu’il me montre] contient mes
instructions pour aller de l’avant. Nous devions occuper ce soir Bir Helou. J’ai tout arrêté
provisoirement. Vous le direz à Bourguiba. J’espère qu’il obtiendra la réciprocité et qu’on ne le décevra
pas (...) L’Algérie ne doit plus interférer dans les problèmes de la région dont l’équilibre géographique
ou politique ne se fera pas selon ses ambitions”.
Le roi veut expliquer la gravité de la décision et sa portée. Lui aussi est manifestement sincère, sa
sympathie pour notre pays et son admiration pour Bourguiba sont évidentes. Dans un court échange de
vues, nous convenons qu’il est urgent d’attendre la mutation de l’Algérie, qui passe par des transes
révolutionnaires avant de retrouver, par la force des choses, un certain équilibre.
Il est près de 23 h 30. Je rentre au palais où vinrent d’arriver pour une même mission de bons offices,
Hosni Moubarak, alors vice-président de la République égyptienne et Séoud Fayçal, ministre des
Affaires étrangères d’Arabie saoudite. Nous veillons tant soit peu, nous convenons que le calme et la
sérénité s’imposent. Nous devisons sur les tribulations de Kadhafi et sur le sort de l’unité arabe. Je suis
agréablement surpris par le réalisme de Moubarak et la pondération de Fayçal. Le lendemain, 2 février,
je rencontre le Premier ministre, et discute encore longuement avec Moulay Ahmed Alaoui qui
entrecoupe ses interventions impétueuses de ses habituels traits d’humour.
J’arrive à Tunis vers 18 h 30 où je déclare à l’aéroport :
“Les recommandations du Président ont permis d’obtenir deux résultats concrets : mettre fin à une
situation qui aurait pu se dégrader davantage et devenir très dangereuse pour l’ensemble de la région, et
réfléchir à une solution politique et pratique pour un règlement pacifique, respectant les droits
fondamentaux de chaque partie”.
Nous nous retrouvons, à 19 heures, chez le Président : le Premier ministre, le directeur de cabinet,
Mongi Kooli, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et moi-même. Dans mon compte rendu, je
rapporte intégralement les propos du roi, je souligne “sa surprise” devant la position de Bourguiba de
“déplorer et dénoncer” toute escalade. Je mets, toutefois, en valeur la bonne volonté de Hassan II et son
fameux geste de “l’enveloppe” annonçant l’arrêt de l’avancée militaire marocaine. Nous étudions tous
les aspects de la trêve obtenue, sa fragilité et convenons d’agir pour la préserver...
Le Président est réconforté. Il rappelle certaines de ses positions politiques dans le passé et ses bons
réflexes dans de telles conjonctures. Il demande au Premier ministre de déclarer son soutien total à ma
mission. A l’issue de cette longue séance de travail, Nouira déclarera : “Le ministre de l’ Intérieur à fait
au chef de l’Etat un compte rendu de son entretien avec Sa Majesté le roi du Maroc et a évoqué les
complications qui se sont produites à la suite du problème du Sahara occidental. Ce compte rendu a été
fait, selon les directives que le ministre de l’Intérieur avait reçues, auparavant, avant de quitter Tunis pour
Rabat”. Dans sa dernière partie, ce texte souleva la surprise de certains observateurs, il était destiné au
Maroc.


Bourguiba, quant à lui, préfère appeler personnellement Hassan II au téléphone pour le féliciter de son
réalisme et l’assurer de son soutien personnel. Au président Boumediene, il annonce l’arrêt des hostilités
à Amgala en l’adjurant au calme et à la sérénité. Les Algériens me feront, néanmoins, le reproche de n’avoir pas fait escale à Alger, à mon retour de Rabat.
dimanche 24 décembre 2006 à 17:30
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QUOTE (moha2212 @ 23 Dec 2006 à 17:42)
temoignagne d'un ancien ministre tunisien sur la guerre des sables!!
c long je sais mais c trés interessant!!!

Le 14 novembre 1975, à Madrid, un accord tripartite est signé entre l’Espagne, le Maroc et la
Mauritanie. L’Espagne acceptait de mettre fin à sa colonisation du Sahara pour le 28 février 1976, la
transition étant assurée par une administration à trois : un gouverneur espagnol et deux adjoints marocain
et mauritanien. On respectera toutefois “l’opinion de la Jemâa” : l’assemblée des habitants du Sahara.
Une société d’exploitation des phosphates est créée : avec 65 % de participation marocaine et 37 %
espagnole. D’autres arrangements conclus restaient secrets.
Aussitôt, l’accord est dénoncé durement par l’Algérie qui se sent trahie. La cassure entre les deux pays
va, dès lors, précipiter les événements.
Les manoeuvres ne cesseront pas, compliquant encore l’imbroglio ; la Tunisie, quant à elle, n’étant ni
consultée ou informée sur une question qui intéressait pourtant l’évolution de toute la région.
Le conflit devenait inévitable. Le 28 novembre, les Marocains occupent Smara. Le 10 décembre,
l’ONU décide l’organisation d’un référendum au Sahara. Le 11, 4 000 soldats marocains occupent El
Ayoun. De son côté, la Mauritanie, le 19 décembre, occupe La Guerra, à sa frontière avec le Sahara
espagnol.
Dans une conférence de presse, le roi Hassan II déclare : “Logiquement, j’attends qu’Alger me fasse la
guerre”. Le 9 janvier 1976, l’armée marocaine fait son entrée à Dakhla (ex Villa Cisneros). Elle est
rejointe le 12 par les Forces armées mauritaniennes. Le même jour, les derniers éléments de la Légion
espagnole quittent le Sahara.
Le 27, la guerre éclate entre les deux pays. L’affrontement est dur. La ville d’Amgala est occupée par le
Maroc. Les communiqués contradictoires se succèdent, les campagnes de presse sont virulentes. Il y a
grand risque que les escarmouches localisées soient dépassées et que les deux pays se dressent l’un
contre l’autre.
Le 30, le Président Bourguiba nous convoque à une réunion restreinte à 9 h 45 avec Nouira, le Premier
ministre, Chatti, le ministre des Affaires étrangères, Chedli Klibi son directeur de cabinet et moi même.
D’emblée, le Président me désigne pour une mission urgente auprès du chef d’Etat algérien et du roi du
Maroc : “Je les voyais venir, dit-il, l’enjeu est trop grand (...). Il faut essayer d’arrêter cela, autrement,
les choses vont aller trop loin”.
Je suis un peu gêné : essentiellement politique, cette mission délicate aurait dû revenir au Premier ministre
ou au ministre des Affaires étrangères, présents à la réunion. Mais le Président n’a pas ce scrupule et
26Hassan II, Mémoire d’un roi, Plon, 1993.
n’explique même pas sa décision. Nous passons en revue, longuement, l’historique de l’affaire ; nous
évaluons, sommairement, les potentialités des deux armées et jaugeons précisément les appuis extérieurs
dont peuvent bénéficier l’une et l’autre partie. Bourguiba veut peser de tout son poids pour arrêter
l’escalade. Il nous lit son interview au Monde (8 septembre 1974) : “J’ai dit au Premier ministre
marocain qu’on était prêt à l’aider, s’il ne contrevenait pas à la décision de l’ONU d’accorder aux
Sahraouis le droit à l’autodétermination...”.
Un avion spécial de notre compagnie est aussitôt affrêté. Nous sortons de la réunion vers 11 h 30. Je
m’envole à 14 heures pour Alger et déclare au départ : “Nous avons l’espoir de voir se dissiper dans les
plus brefs délais les nuages qui obscurcissent les relations entre les pays frères”. A l’arrivée, je confirme
le cadre de ma mission et notre cortège se dirige directement vers le “Palais du peuple” où, accompagné
de notre ambassadeur Mahmoud Maamouri, je suis introduit directement auprès du président
Boumediene, entouré notamment de Bouteflika, de mon homologue Ahmed Abelghani, du directeur
général de la Sûreté, Ahmed Draya, et du colonel Mohamed Yahaoui.
L’audience qui va durer de 17 heures à 19 heures, me permet d’exprimer longuement nos
appréhensions et le souci majeur de Bourguiba de sauvegarder la sécurité dans la région. Je laisse
entrevoir que nous sommes décidés à agir aussi auprès du Maroc et conclus ainsi :
“La bonne volonté algérienne me permettra de continuer cette mission au Maroc.
Boumediene, calme mais déterminé, souligne :
— Nos rencontres au sommet, notre bonne volonté, ont été trahies par l’accord tripartite de Madrid qui
réintroduit l’Espagne dans la région, et qui vise à un dépeçage et un partage du Sahara espagnol, aux
dépens de tout un peuple qu’on veut lancer dans une diaspora, à l’instar du peuple palestinien. Nous
aurons ainsi, bientôt, une deuxième Palestine dans la région (...) Aussi faudrait-il que nous convenions
tous qu’aucun changement d’équilibre dans la région, géographique ou politique, ne puisse se faire sans
l’accord de nous tous (...) L’Algérie, de toute façon, s’y emploiera (...) Mon pays est déterminé à lancer
toutes ses forces dans la bataille en cas de nouvelle agression après Amgala, où nous n’avons pas voulu
riposter pour éviter l’escalade (...) Tout le peuple algérien a démontré sa vigueur pendant la guerre
coloniale (...) Je suis un homme de la guerre et de la montagne. Je ne pense pas que le roi du Maroc
puisse renoncer, comme moi, aux fastes et aux palais”.
Et ce fut ainsi, pendant deux heures entières, où je ne réussis à intervenir que sporadiquement, dans une
atmosphère de plus en plus poignante : Boumediene avait besoin de se défouler... mais il semblait
sincère. J’en retire la conviction qu’il est déterminé à réagir au prochain accrochage.
Il est presque 19 heures. Le chef d’Etat algérien me demande d’accepter son hospitalité pour le soir, vu
l’heure tardive. J’acquiesce, bien que j’avais pensé rentrer le soir même. Je comprends que Boumediene
souhaite que je prolonge la conversation avec ses collaborateurs : dîner donc organisé par le ministre de
l’Intérieur et réunissant les hauts responsables civils et militaires, puis soirée tardive avec Bouteflika et
Medghri, qui rappellent l’agression de 1963 lo rs de la “guerre des sables” et retracent les différentes
péripéties des rapports algéro-marocains, quand “l’Algérie jouait le jeu pour être finalement trahie”. J’en
retire la conclusion que les Algériens ne pourraient accuser une deuxième défaite devant le Maroc. Je
n’ai jamais autant craint l’irréparable.
Le 31 janvier, de bon matin, je repars pour Tunis où je gagne directement Carthage et où je retrouve
autour du Président les mêmes interlocuteurs qu’à l’aller, à savoir : le Premier ministre, le ministre des
Affaires étrangères et le directeur du cabinet. Pendant plus d’une heure, après mon compte rendu et un
long échange de points de vue, nous convenons qu’outre des conséquences imprévisibles pour la vieille
monarchie marocaine et la jeune révolution algérienne et quelles que soient les ambitions expansionnistes
et les intérêts économiques des uns et des autres, la Tunisie ne pouvait que redouter toute complication.
Elle devait donc insister pour une trêve dans l’immédiat, et à longue échéance pour une politique de bon
voisinage et de respect mutuel (...) Dans ces conditions, il fallait convaincre le Maroc de se contenter de
sa victoire de Amgala et de calmer le jeu, tout en le prévenant que l’Algérie pouvait, cette fois, réagir
autrement que lors de la “guerre des sables”.
Contact diplomatique pris, je reprends, le soir même, l’avion spécial pour Rabat, d’où je repars sur Fès
où réside Hassan II. Le dîner et la soirée permettent de faire le point avec plusieurs membres du
gouvernement marocain, dont Ahmed Laraki, Taiebi Benhima, le ministre de l’Information et Moulay
Ahmed Alaoui, proche du roi. Je suis très étonné par leur énervement : ils veulent en découdre une fois
pour toutes avec l’Algérie, s’exaltant sur leur première victoire à Amgala. Nullement impressionné,
j’imagine alors l’état d’esprit du roi ; je revois la soirée passée dans une atmosphère tendue avec les
ministres algériens et adapte en conséquence ma stratégie.
Le lendemain, l’audience va durer 1 h 15. Le roi est seul, contrairement à Boumediene. Après les
formules d’usage que je ne ménage pas, Sa Majesté évoque avec sympathie ma dernière visite au
Maroc, deux ans auparavant.
[En effet, le 28 décembre 1973, j’arrivai au Maroc, invité par mon homologue Hadou Chiguer pour une
réunion de travail ; en vérité, pour clarifier nos relations refroidies depuis quelques mois à cause d’une
scabreuse affaire de calomnie rapportée par un proche du Président, qui, en réaction, avait rappelé
brusquement notre ambassadeur. Je pus m'expliquer pendant toute la soirée avec le ministre marocain.
Le lendemain, le roi me reçut, et sans laisser paraître le moindre signe d’acrimonie, n'a pas tari d’éloges
sur Bourguiba qui, insistait-il, “avait porté sur les épaules la dépouille de Sa Majesté Mohamed V”.
C’était pathétique.
Au retour, le 1er janvier, le soir même, j'informai l'épouse du chef de l'Etat de la délicatesse de ma
mission et de ses résultats. Le lendemain matin, le Président reçoit longuement son fils, puis le Premier
ministre et moi-même. Je lui transmis le message “de respect et de fidélité” du roi Hassan II. A la sortie,
j’annonçai “la prochaine relance des relations tuniso-marocaines ...”].
Cette fois-ci, en 1976, nous passons d’emblée aux problèmes d’actualité. Le roi me dit combien il est
révolté et peiné par l’attitude des dirigeants algériens et décrit, brièvement mais sobrement, la situation.
J’enchaîne pour exprimer notre consternation (...) et conclus ainsi :
“Le président Bourguiba souhaite, vivement et avec insistance, que l’affrontement s’arrête là, qu’on
prenne un temps minimum pour calmer la tension afin de reprendre le contact et, le cas échéant, le
dialogue.
Le roi m’interroge sur ma mission en Algérie :
— C’est la même que celle du Maroc (...) J’ai l’intime conviction qu’une volonté personelle immédiate
et réciproque du roi Hassan II et du président Boumediene est nécessaire pour éviter l’escalade et
toutes ses conséquences.
Le souverain réfléchit un instant, puis se lance, calmement, dans une diatribe contre l’Algérie pour
terminer son exposé géopolitique :
— L’affaire du Sahara est maroco-mauritanienne, et les deux pays ont réussi à décider l’Espagne à
partir. L’Algérie veut interférer et compliquer la situation. Vous en connaissez les raisons aussi bien que
moi.
Puis Hassan II se lance dans l’historique de ses manifestations de bonne volonté à l’égard de l’Algérie,
restées, assure-t-il, sans réciprocité. Il épilogue, longuement, sur l’affrontement de 1963 et sa décision,
malgré une forte opposition intérieure, de céder Tindouf “comme Bourguiba l’a fait pour la borne 233.
Le roi exulte en vantant les vertus guerrières du peuple marocain :
— Le Maroc, ce faisant, défend toute la région et veut cantonner une fois pour toutes l’Algérie dans ses
frontières (...) Vous êtes aussi concernés que nous.
La maîtrise du roi est impressionnante. Il martèle ses mots, sait se référer au passé pour aller au présent
et revenir, avec brio, au passé, pour déterminer l’avenir. Il sait être brillant.
Mais, je ne m’égare pas et reviens au sujet :
— J’aimerais rapporter à Bourguiba votre décision d’arrêter l’escalade.
Ce qui me vaut une nouvelle tirade du roi qui proclame à la fin :
— L’armée fera son devoir.
Bouleversé par cette détermination, je prends sur moi-même d’affirmer :
— La Tunisie sera contrainte de déplorer et de dénoncer toute nouvelle complication !
— Est ce la position personnelle de Bourguiba ?
— Majesté, ma mission est nette et précise (...) Vous avez toujours rappelé les conseils de feu Sidi
Mohamed V pour une concertation permanente entre les deux pays” (...) et je finis par laisser entrevoir
que les Algériens sont déterminés à en découdre eux aussi.
Un pesant silence s’installe. L’audience en reste là ; Hassan II me demande de prolonger mon séjour : il
veut me recevoir une seconde fois. Je rentre au palais des hôtes pour déjeuner avec quelques ministres
marocains, notamment deux vieux amis, Taiebi Benhima et Ahmed Senoussi, ancien ambassadeur en
Tunisie. Ils savent que je vais revoir le roi, le déjeuner est plus calme que le dîner de la veille, mais les
interrogations sur cette seconde entrevue prédominent. Il est difficile de détendre complètement
l’atmosphère.
Le soir, c’est vers 22 heures, que je suis réintroduit au palais de Fès. Le souverain, vêtu en chef militaire,
me reçoit à un autre étage, dans un autre bureau que celui du matin et me déclare :
“Je viens de me réunir avec mon Etat-major (...) Cette enveloppe [qu’il me montre] contient mes
instructions pour aller de l’avant. Nous devions occuper ce soir Bir Helou. J’ai tout arrêté
provisoirement. Vous le direz à Bourguiba. J’espère qu’il obtiendra la réciprocité et qu’on ne le décevra
pas (...) L’Algérie ne doit plus interférer dans les problèmes de la région dont l’équilibre géographique
ou politique ne se fera pas selon ses ambitions”.
Le roi veut expliquer la gravité de la décision et sa portée. Lui aussi est manifestement sincère, sa
sympathie pour notre pays et son admiration pour Bourguiba sont évidentes. Dans un court échange de
vues, nous convenons qu’il est urgent d’attendre la mutation de l’Algérie, qui passe par des transes
révolutionnaires avant de retrouver, par la force des choses, un certain équilibre.
Il est près de 23 h 30. Je rentre au palais où vinrent d’arriver pour une même mission de bons offices,
Hosni Moubarak, alors vice-président de la République égyptienne et Séoud Fayçal, ministre des
Affaires étrangères d’Arabie saoudite. Nous veillons tant soit peu, nous convenons que le calme et la
sérénité s’imposent. Nous devisons sur les tribulations de Kadhafi et sur le sort de l’unité arabe. Je suis
agréablement surpris par le réalisme de Moubarak et la pondération de Fayçal. Le lendemain, 2 février,
je rencontre le Premier ministre, et discute encore longuement avec Moulay Ahmed Alaoui qui
entrecoupe ses interventions impétueuses de ses habituels traits d’humour.
J’arrive à Tunis vers 18 h 30 où je déclare à l’aéroport :
“Les recommandations du Président ont permis d’obtenir deux résultats concrets : mettre fin à une
situation qui aurait pu se dégrader davantage et devenir très dangereuse pour l’ensemble de la région, et
réfléchir à une solution politique et pratique pour un règlement pacifique, respectant les droits
fondamentaux de chaque partie”.
Nous nous retrouvons, à 19 heures, chez le Président : le Premier ministre, le directeur de cabinet,
Mongi Kooli, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et moi-même. Dans mon compte rendu, je
rapporte intégralement les propos du roi, je souligne “sa surprise” devant la position de Bourguiba de
“déplorer et dénoncer” toute escalade. Je mets, toutefois, en valeur la bonne volonté de Hassan II et son
fameux geste de “l’enveloppe” annonçant l’arrêt de l’avancée militaire marocaine. Nous étudions tous
les aspects de la trêve obtenue, sa fragilité et convenons d’agir pour la préserver...
Le Président est réconforté. Il rappelle certaines de ses positions politiques dans le passé et ses bons
réflexes dans de telles conjonctures. Il demande au Premier ministre de déclarer son soutien total à ma
mission. A l’issue de cette longue séance de travail, Nouira déclarera : “Le ministre de l’ Intérieur à fait
au chef de l’Etat un compte rendu de son entretien avec Sa Majesté le roi du Maroc et a évoqué les
complications qui se sont produites à la suite du problème du Sahara occidental. Ce compte rendu a été
fait, selon les directives que le ministre de l’Intérieur avait reçues, auparavant, avant de quitter Tunis pour
Rabat”. Dans sa dernière partie, ce texte souleva la surprise de certains observateurs, il était destiné au
Maroc.


Bourguiba, quant à lui, préfère appeler personnellement Hassan II au téléphone pour le féliciter de son
réalisme et l’assurer de son soutien personnel. Au président Boumediene, il annonce l’arrêt des hostilités
à Amgala en l’adjurant au calme et à la sérénité. Les Algériens me feront, néanmoins, le reproche de n’avoir pas fait escale à Alger, à mon retour de Rabat.

Non il s'agit de la guerre du Sahara, et plus précisément de la bataille d'Amgala de 1976. C'est un conflit concernant l'auto-détérmination des Sahraouis. La guerre des sables, a eu lieu en 1963, à l'issu d'un contentieu frontalier.
dimanche 24 décembre 2006 à 17:34
Citer +Citer
Le texte de départ est un vrai torchon.
lundi 25 décembre 2006 à 12:47
Citer +Citer
QUOTE (moroccanguy @ 24 Dec 2006 à 16:34)
Le texte de départ est un vrai torchon.

+1
vendredi 25 avril 2008 à 21:46
Citer +Citer
Qui a déclaré contre l autre? Qui a gagné cette guerre ? ohmy.gif


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