vendredi 12 janvier 2007 à 22:39
Je voudrais que l'on prenne en compte dans la discussion l'acception du mot bourgeois concernant la révolution.
Il n'a à mon avis pas le sens, à l'époque, qu'on pu lui donner les socialistes de la fin du XIXet à plus forte raison il n'a pas ce côté péjoratif qu'on veut bien lui donner aujourd'hui.
La révolution de 1789 et l'œuvre il me semble d'une catégorie particulière de bourgeois celle des hommes de lois, avocats et juristes.
En effet cette révolution est aussi et surtout une révolution du droit et de sa conception issue des lumières.
Michelet dans l'introduction de son "Histoire de la Révolution française" écrit :
" Je définis la Révolution, l'avènement de la Loi, la résurrection du Droit, la réaction de la Justice.
Grâce aux lumières et aux nouvelles théories économiques il y eut l'amorce d'une séparation de la société civile et de l'état à travers toute une série de revendications visant à reconnaître des libertés individuelles opposables à la puissance publique.
On le voit nettement dans les structures administratives, proposées par les assemblées, dont est dotée la France.
Notamment par la création des département qui se veut une réorganisation di territoire indépendantes des structures issues de la féodalité.
Le principe même de la constitution, de la déclaration des droits de l'homme, est que tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché.
Cette déclaration directement issue de la pensée philosophique met en avant les libertés individuelles reconnues comme naturelles et civiles. A savoir la liberté de penser, de s'exprimer, d'aller et venir, de rester et de partir.
Il y a aussi des protections pour l'individu en matière d'arrestation et de détention.
Beaucoup des éléments de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ont été reprises dans les constitutions suivantes ou dans les préambules de celles-ci.
Elle défend la notion d'inviolabilité et de sacré de la propriété privée.
Art 17 de la déclaration de 1789,
Art 16 de la déclaration de 1793
Art 5 de la déclaration de 1795
Le législateur de l'époque révolutionnaire a consacré l'inégale répartition des richesses en défendant l'individualisme possessif. Le terme même d'individu est employé dans l'article 3 de la Déclaration de 1789.
La loi des 28 septembre - 6 octobre 1791 affirme la liberté du propriétaire de clore et d'exploiter sa terre comme il l'entend.
Une autre loi fondamentale fut l'égalité de tous devant la loi remettant en cause les fondements même de la société française de l'époque. Société repartie en trois ordres. Même le régime monarchique issue de la déchéance de l'Empire napoléonien ne remet pas en cause se principe. L'art 1 de la Chartre de 1814 réaffirme que les français sont égaux devant la loi
On comprend mieux en lisant les sources de mes propos (Histoire des Droits en Europe de 1750 à nos jours par Jean Louis Halpérin (Flammarion) que les révolutionnaires de 1789 ont avant tout voulu se libérer du joug non pas forcément de la royauté car un royauté parlementaire avait été proposée en son temps, mais des structures nationales tant administratives que juridiques issues de la féodalité.
Avec le temps et avec l'avancée des mentalités y compris au sein des classes dominantes, les juristes ont compris qu'ils pouvaient secouer un arbre déjà bien fatigué d'un système dépassé.
Certes cette révolution a entraîné dans ses folies mais aussi dans ses avancées ce qu'on appelle communément le peuple mais ce dernier n'a pas ni voulu la révolution ni dirigé celle-ci.
Il en était tout simplement incapable.
Le mythe inventé plus tard par les socialistes (acception de l'époque) du 19 ème d'une révolution populaire ne tient pas à l'étude un tant peu sérieuse du mouvement.
Bien sûr les révoltes frumentaires furent l'objet des masses populaires mais bien souvent ces révoltes se sont arrêtées d'elle-même lors de la satisfaction du besoin alimentaire par la récupération et l'accaparement des stocks.
Accaparement qui était le mot d'ordre et la peur des ces pauvres gens qui durent subir une système agricole dépassé mais aussi les rigueurs du temps.