Wednesday 14 March 2007 à 23:31
Parfois
un homme chante
il rit
par luxe – pour le plaisir
Ainsi – les nuits des mais amoureux résonnent
aux clochettes des jacinthes des bois
Les brouillards peuvent mener valses et sarabandes
Envahir les vallées - dissoudre les demeures
ces songeries - rapetissées de lumière
à hauteur de visage
Parfois un homme chante et rit
à casser les fenêtres du ciel : heureux…
heureux d’aller par les chemins
ses forêts - ses enfants - ses camarades
les deux pieds sur ses roches
Parfois - un homme vient puis s’en va
Son sang a reflué par les ruisseaux
jusqu’en son cœur
De grandes alouettes ont tourbillonné devant ses yeux
Parfois - les chemins – les forêts - ses enfants
ses camarades se reprennent à chanter - très doucement
pour éprouver l’autre côté du ciel
Parfois - les vallées retrouvent cette chanson
et tout cela mis ensemble se surprend à rire
car il faut des chansons par brassées
mille jacinthes aux sous-bois
afin que résonnent les nuits
des mais de l’amour
LUCIEN ANDRÉ, 1918-1991
Né dans le milieu ouvrier de la région du Centre, en Hainaut (Belgique), et nourri du levain politico mutualiste actif, Lucien André sera très tôt un militant socialiste puis communiste.
L'école de Warocqué à Morlanwelz l'aura entre temps conduit à d'autres rencontres dans le creuset socioculturel intense de La Louvière, à celle de Charles Plisnier, à celle du marginal sublime, Achille Chavée, forte figure du surréalisme belge.
La guerre d'Espagne entre temps, bientôt suivie du nazisme, continuent de mobiliser et de façonner sa personnalité de maquisard clairvoyant, de franc-tireur social dont la vie, d'un bout à l'autre, sera en poésie inlassablement liée à l'action culturelle populaire.
Ce message a été modifié par lavienrose - Wednesday 14 March 2007 à 23:32.