Tuesday 08 May 2007 à 12:56
Bayrou dans une situation périlleuse
La plupart de ses anciens fidèles rejoignent la nouvelle majorité présidentielle.
C'EST sans doute le début d'une nouvelle traversée du désert pour François Bayrou. Le président de l'UDF va devoir changer de « Bédouins », puisque les parlementaires qui, entre 2002 et 2007, l'ont accompagné durant sa première traversée rallient les uns après les autres le futur « pôle centriste » de Nicolas Sarkozy.
Jeudi, Bayrou réunit, à la Mutualité, à Paris, un conseil national de l'UDF, pour mettre sur les rails le futur « Mouvement démocrate » et lancer la campagne des législatives. Une échéance critique pour le leader centriste, confronté à la débandade de ses parlementaires.
Dernier en date, et non des moindres, le président des députés UDF. Hier, Hervé Morin a fait savoir qu'il s'inscrirait « clairement » dans la nouvelle majorité présidentielle. Dans une interview au quotidien Paris-Normandie, le député de l'Eure a regretté que François Bayrou, qu'il avait pourtant soutenu au premier tour, ait décidé « de se positionner dans l'opposition jusqu'en 2012 ». Deux autres poids lourds de l'UDF, François Sauvadet, député de Côte-d'Or, et Maurice Leroy, député du Loir-et-Cher, avaient déjà abandonné le leader centriste, en désaccord avec son positionnement
D'autres devraient suivre. Le député-maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, affirme n'avoir « pas compris la stratégie » de l'entre-deux-tours. Le député du Lot-et-Garonne, Jean Dionis du Séjour, s'inquiète d'une éventuelle alliance avec le PS et souhaite qu'« on reste dans l'axe de la campagne du premier tour ». L'ex-ministre de l'Économie, Jean Arthuis, redoute une « scission » de l'UDF.
La quasi-totalité des députés centristes refusent un changement d'alliance, eux qui ont été élus avec des voix de droite et qui, souvent, localement, gouvernent avec l'UMP dans les conseils municipaux ou généraux. Côté Sarkozy, la règle du jeu est très stricte : les députés récalcitrants sont sûrs d'avoir un adversaire estampillé majorité présidentielle. A contrario, les ralliés du second tour qui s'inscriront sans ambiguïté dans la majorité présidentielle n'auront pas d'adversaire UMP dans leur circonscription. Avec l'espoir, pour ceux qui reviennent au bercail majoritaire, d'être enfin ministres. « Sarkozy n'est pas fou. Il a déjà annoncé que les secrétaires d'État seraient nommés après les législatives. Ça permet d'en tenir quelques-unes », observe un proche de Bayrou.
Renouveler les cadres
C'est Gilles de Robien, seul ministre UDF du gouvernement, qui s'emploie à fédérer ce « pôle centriste indépendant, cohérent et loyal » qui ne sera pas « une annexe de l'UMP » et a vocation à donner naissance à un groupe parlementaire et, dans la foulée, à un nouveau parti. « Il faut laisser le temps au temps, laisser évoluer les députés sans se renier », dit-il, ravi de renouer quelques « amitiés distendues ».
Les proches de François Bayrou s'attendent à ce que les choses « tanguent » d'ici aux législatives. Mais, au vu des résultats du premier tour, ils estiment qu'il garde des atouts dans son jeu : soutien des électeurs et des militants, à défaut de celui des députés, possibilité d'instaurer un rapport de forces en maintenant le maximum de candidats « Mouvement démocrate » au second tour.
Pour le Béarnais, il est primordial de renouveler les cadres. « Est-ce qu'on choisit de tout faire pour sauver nos sortants ? Ou est-ce qu'on choisit de construire quelque chose de nouveau au centre gauche, en s'en donnant les moyens ? » s'interroge un proche. La solution passe sans doute par des accords de désistement avec les socialistes. Les « Gracques », collectif d'anciens collaborateurs de gouvernements socialistes, ont lancé hier un appel en ce sens. « La gauche (traditionnelle) est morte. Vive la gauche (moderne) ! », proclament-ils.