Wednesday 19 May 2004 à 16:57
| QUOTE (shrekou @ 19 May 2004 à 14:09) |
"prise de pouvoir par la bourgeoisie sur l'aristocratie?" tu developpes s'il te plait.. |
Mais avec plaisir !
Depuis des siècles, l'aristocratie était la classe dominante, assistée par le clergé. C'était la conséquence inévitable d'une société divisée entre ceux qui travaillent, ceux qui prient pour les autres et ceux qui combattent, en principe pour défendre tout le monde. Cette séparation était-elle évitable lorsqu'elle a été mise en place ? Je ne crois pas : dans les périodes troublées du début du moyen-âge, le risque était réel pour les paysans de voir leurs récoltes pillées par des bandits ou des envahisseurs, il était donc nécessaire de les défendre. Cette défense aurait-elle pu être accomplie par l'ensemble de la population au lieu d'une minorité ? Sans doutes (et il y a certainement des exemples), mais la séparation entre travailleurs et guerriers professionnels était probablement la plus efficace, du fait des compétences nécessitant un entrainement, étant donné qu'une petite fraction seulement du temps de la communauté pouvait être consacré à autre chose que la production de nourriture. De plus, seule une minorité d'individus, préalablement enrichis, pouvait posséder un cheval et des armes. Dès lors, ceux qui possédaient les armes se sont retrouvés en situation de force et en situation de classe dominante.
Seulement, à l'époque de la Révolution, les choses avaient changé : la société était beaucoup plus organisée, chaque village de paysans n'avait plus besoin d'organiser sa défense. Les techniques agricoles s'étaient considérablement améliorées, dégageant du temps et des hommes pour d'autres types d'activité. L'aristocratie n'était plus qu'une classe parasitaire. Et surtout, une nouvelle classe avait fait son apparition : la bourgeoisie, qui avait découvert une manière originale de s'enrichir. Au lieu de se contenter des revenus de la terre, elle obtenait un profit sous la forme d'une plus-value, c'est à dire qu'elle faisait un investissement pour obtenir ensuite une somme d'argent supérieure. Cette plus-value pouvait depuis l'Antiquité s'obtenir par l'usure et par le commerce, mais en Europe occidentale, la bourgeoisie avait inventéune nouvelle manière de se procurer la plus-value, non plus seulement en déplaçant des richesses, mais en les fabriquant : le capitalisme industriel. Deux facteurs ont permis cette transformation radicale de la société :
- l'accumulation de capital par la bourgeoisie grâce au commerce des épices avec les Indes et l'Amérique
- l'affaiblissement du pouvoir royal, du fait des guerres et de son combat contre l'aristocratie, combat pour lequel il va s'appuyer sur la bourgeoisie
Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, la bourgeoisie grimpa en importance, et finit par se donner pour but de renverser les entraves que lui imposait encore la féodalité. En 1789, elle se sentait prête à prendre le pouvoir, d'autant plus que l'état était au bord de la faillite (et les dépenses de la cour n'y étaient pas pour rien).