samedi 26 janvier 2008 à 19:42
Antisémitisme, Antisionisme et « Anti israélisme »Intervention de Pierre Stambul au colloque du Mrap à Paris le 13 mai 2006.
Extraits :Le sionisme et l’antisémitisme. Le Sionisme a les mêmes références idéologiques que les différents nationalismes européens, ceux qui donneront naissance à l’antisémitisme moderne. Pour les sionistes, chaque peuple doit avoir un Etat et, comme les autres nationalistes, les sionistes négligent l’existence de minorités dans leur futur état. Le Sionisme repose sur un mensonge fondateur : « la terre sans peuple pour le peuple sans terre ». Il partage avec différents colonialismes cette négation du peuple autochtone. Bien que majoritairement non-croyants, les sionistes iront puiser dans une certaine tradition religieuse revisitée, le lieu où sera bâti le futur état, la future langue et l’idée que la diaspora est une parenthèse qui doit disparaître.
Les sionistes, comme les antisémites, considèrent l’antisémitisme comme quelque chose d’inéluctable, d’impossible à combattre. Comme les antisémites, ils pensent que le « mélange » est impossible, que les Juifs ne peuvent vivre qu’entre eux, dans un Etat Juif où les Non-Juifs n’existeront pas ou seront des citoyens de seconde zone. Les combats pour la laïcité, l’égalité des droits, la citoyenneté ... n’intéressent pas les sionistes. Ils transposent le messianisme juif dans la volonté de construire un « Juif nouveau » dans un pays nouveau, ce qui implique de faire table rase de toutes les identités juives de la diaspora.
Pendant longtemps, les sionistes seront très minoritaires parmi les Juifs par rapport aux autres idéologies. Toutes les élections qui ont lieu dans les ghettos de l’Empire Russe, en Pologne ou en Lituanie l’attestent. Quand les Juifs sont violemment expulsés d’Allemagne et d’Autriche en 1938, très peu partent en Palestine. À la veille de la seconde guerre mondiale, il n’y a que 3% des Juifs qui vivent en Palestine. C’est le génocide qui va permettre au projet sioniste de réussir.
Et pourtant, les sionistes n’ont pas joué un grand rôle dans la résistance juive au Nazisme et la façon dont aujourd’hui ils s’approprient la mémoire de l’antisémitisme et du génocide est sans rapport avec leur action passée. Certes, tous les gouvernements, tous les courants politiques ont été aveugles face au Nazisme : les occidentaux à Munich, le régime stalinien en signant le pacte ou le grand mufti de Jérusalem en rendant visite à Himmler en 1942. Les sionistes n’ont pas fait mieux en privilégiant la construction de leur futur état par rapport à toute autre considération. En 1933, Ben Gourion brise l’embargo contre l’Allemagne, décidé par des Juifs Américains. À cette époque, il multiplie les déclarations expliquant que les persécutions antisémites favorisent le projet d’Etat Juif. Inspirateur de Begin et Sharon, Vladimir Jabotinsky, fondateur du sionisme « révisionniste » était dans les années 30 un admirateur de Mussolini. En 1942, le groupe Stern, dirigé par le futur Premier Ministre Itzhak Shamir, a une telle conscience du génocide en cours qu’il multiplie les assassinats de soldats britanniques.
En Europe occupée, la résistance juive a été essentiellement communiste, les sionistes n’y ont joué qu’un rôle assez faible . Après la guerre, l’état d’Israël en construction apparaît comme un havre de paix après la destruction du Yiddishland et de ses habitants.
L’Occident décide de laver sa mauvaise conscience et sa responsabilité dans le génocide sur le dos du peuple palestinien qui n’avait pas la moindre responsabilité dans ce crime.

L’Etat d’Israël et l’antisémitisme. Être antisioniste aujourd’hui, ce n’est pas dire qu’il faut jeter les Juifs à la Mer ou détruire l’Etat d’Israël. C’est dire que la Naqba était illégitime, que la confiscation immédiate des terres et des biens des expulsés l’était tout autant. C’est dire qu’un Etat qui se dit Juif en s’arrogeant le droit de parler au nom des Juifs du monde entier et dans lequel les Non-Juifs qui n’ont pas été expulsés sont des sous-citoyens pose un problème grave à tous ceux qui sont les défenseurs de la laïcité, de l’égalité des droits, de l’antiracisme et de la citoyenneté. C’est dire que la colonisation après 1967 et l’arrivée au pouvoir de courants d’extrême droite ou national-religieux en Israël ne sont pas des accidents de l’histoire : au-delà du messianisme et de la volonté de créer un « homme nouveau », le projet sioniste avait dès le départ une composante colonialiste et de négation de « l’autre ».
L’instrumentalisation de l’antisémitisme et du génocide.Les sionistes ont proclamé la centralité d’Israël. Cet état prétend parler au nom des Juifs du monde entier. Ceux qui ne sont pas d’accord sont des « Juifs traîtres » ou qui ont la « haine de soi ». Les sionistes prétendent protéger les Juifs de l’antisémitisme alors qu’ils les mettent en danger : personne ne peut penser sérieusement que la politique israélienne basée sur l’arrogance, le fait accompli et l’humiliation quotidienne puisse durer éternellement. Deux siècles après le début de la sortie du ghetto, les sionistes en ont créé un nouveau, hermétique, avec un vrai mur. Alors qu’il y a toujours eu chez les Juifs pluralisme de comportements ou de traditions, il n’y aurait plus aujourd’hui qu’une voie unique : émigrer en Israël ou soutenir inconditionnellement cet état. Le musée juif d’Amsterdam donne sa définition du fait d’être Juif : pratiquer la religion juive, soutenir Israël et avoir un lien avec la Shoah. La volonté folle de faire immigrer toujours plus de Juifs en Israël explique l’importance des partis politiques « transféristes » en Israël (ceux qui veulent « achever la guerre de 48 » et expulser tous les Palestiniens). La dénonciation permanente d’un antisémitisme, réel ou supposé dans différents pays n’a pas pour but de le vaincre, elle vise simplement à provoquer une nouvelle vague d’émigration.
Jusqu’au procès Eichmann (1961), on parlait peu du génocide en Israël et l’on opposait volontiers la « résignation » présumée des déportés à l’Israélien nouveau qui défrichait son pays. Et puis Israël s’est approprié le génocide et s’est mis à parler au nom des morts ou de leurs descendants. On a ainsi vu Sharon à Auschwitz déclarer que ce qui s’est passé prouve que les Juifs ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour se défendre et justifier, au nom du génocide, la destruction méthodique de la société palestinienne.
Au milieu de la dénonciation d’authentiques antisémites, qui a été récemment accusé d’antisémitisme par le CRIF ou le centre Simon Wiesenthal ? Il y a eu des plaintes contre Daniel Mermet et contre Edgar Morin . On a accusé Chavez d’être antisémite. À chaque fois, il s’agissait de disqualifier une critique de la politique israélienne ou un ennemi de Bush. Par contre, en Europe, il y a des forces politiques plutôt antisémites proches du pouvoir. Les nostalgiques de la collaboration dans les pays Baltes, ceux de l’Etat Oustachi en Croatie ou les intégristes de Radio Maryja en Pologne ne sont jamais dénoncés car les gouvernements de ces pays sont des amis d’Israël.
Pierre Stambul Adhérent du Mrap à Marseille et Vice-président de l’Ujfp (Union Juive Française pour la Paix).
http://toulouse.indymedia.org/article.php3?id_article=5464