Sunday 04 November 2007 à 12:33
Dick Annegarn
ATTILA JOSZEF
Qu'est-ce que je sais de ce poète-là
Sauf qu'il avait le verbe bref
Et qu'il s'appelait Attila, Attila Joszef
En ancienne Transylvanie
Un pauvre jour il naquit
Son père était déjà parti, l'amour était bref
Pauvre magyar, t'aurais voulu valider ton histoire
Tu n'aurais pas mieux fait
Ses deux petites soeurs et sa mère
Vivaient dans le même deux pièces
Avec d'autres locataires peu avares de leurs fesses
Ils l'ont changé de famille
Qui l'ont changé de prénom
Ami en terre ennemi, enfant sans ballon
Pauvre magyar, t'aurais voulu valider ton histoire
Tu n'aurais pas mieux fait
Il a grandi puis vieilli
Lisant tout ce qui se lit
Vivant du peu de répit que lui laisse sa chance
On lui refuse son diplôme
Pour une fausse indécence
Et sans détour il nous prône le délit d'innocence
Pauvre magyar, t'aurais voulu valider ton histoire
Tu n'aurais pas mieux fait
Il a quitté le Parti,
Qui ne l'a pas accepté
Il a pris part et parti pour l'Éternité
Il a quitté la maison
Pour faire un tour pour toujours
Il a quitté le perron aller sans retour
Pauvre magyar, t'aurais voulu valider ton histoire
Tu n'aurais pas mieux fait
et je ne résiste pas au bonheur de partager quelques vers du "dit" Attila Jozsef... tirés de "Ma Patrie" Ma patrie
(Extraits)
VI
Devant le pauvre un riche est tout tremblant d'effroi,
Un pauvre est tout tremblant de peur devant le riche,
Car notre vie, c'est la crainte qui la dirige,
L'astuce également, mais l'espoir n'y est pas.
Aux paysans jamais il n'accorde de droits
Celui qui se nourrit du bon pain de leurs miches,
Et quant au journalier, maigre comme les friches,
Plutôt que de revendiquer, il se tient coi.
Un pauvre baluchon sur son dos se balance,
Lorsque l'enfant du peuple émerge et qu'il s'élance
Hors du sentier foulé pendant mille ans, dit-on.
Il cherche en quel bureau il peut faire l'affaire
Comme planton, lui qui devrait de son bâton
Frapper la tombe où sont les restes de son père.
VII
Hongroise malgré tout, mais exilée chez elle,
Mon âme forme et clame un suprême dessein :
Que ma douce Patrie m'accueille dans son sein
Et que je puisse enfin être son fils fidèle.
Qu'un ours pataud traîne à la chaîne qui le pèle,
Je n'accepterai pas que ce sort soit le mien.
Je suis poète. Enjoins au procureur au moins
De ne pas m'arracher ma plume dans son zèle.
Tu as donné des paysans à l'océan.
Donne le sens humain aux hommes maintenant,
Donne au peuple magyar le génie de sa terre.
Qu'il ne soit pas la colonie des Allemands,
Ce pays. Que mes vers soient d'une beauté claire.
O ma patrie, fais qu'ils soient plus heureux, mes chants !
(1937.)
Adaptation de Guillevic