mardi 04 mars 2008 à 17:39
Vivre au sein de la masse est une chose beaucoup plus facile pour les hommes, que de vivre par eux-mêmes, parce que la masse et le nombre apparaissent comme quelque chose de particulièrement confortable, qui répond au besoin de nature passive des hommes, de ne pas être responsables. Mais être soi-même pour un homme ne demande pas à être gouverné par les autres, à se laisser envahir par une quantité incroyable de valeurs et croyances hypocrites étrangères à lui-même. Les hommes devraient bien plutôt apprendre à vivre essentiellement avec leur sentir et non pas seulement avec leur raison.
Un simple « flirt » avec leur inconscient pourrait permettre à certaines personnes suffisamment sincères de constater quelque chose de passablement effroyable, qui est que passé un certain âge, de fait elles se sont arrêtées de vivre. Un enfant a encore le souci de penser et exister par lui-même, mais avec la culture, il finit par perdre peu à peu les pieds, petit à petit mais souvent définitivement. Si cet enfant devenu adulte parvenait à se couper de la culture, ou à réduire fortement son influence sur sa personnalité, il se rendrait compte qu’il n’a presque pas vécu.
Parce que dans la société, la personne définitivement aplatie par la culture devient sourde aux informations que sa nature, son sentir, lui envoie sur elle-même. Dans leur enfance, les hommes sont encore à ce stade souvent forcés par des circonstances particulières de leur vie à découvrir, avoir le goût de ce qu’ils sont. Mais avec la culture, les hommes finissent par écarter ces informations absolument précieuses, pour, non plus exister par eux-mêmes, mais simplement fonctionner mécaniquement parmi les autres. Ce réflexe devenu habituel au fil de l’âge, rejoint très inconsciemment le souci du confort, de la masse et du nombre, où il y a la facilité de trouver tout et n'importe quoi, sauf de soi-même.
Les rares personnes qui, passé un certain âge, par une prise de conscience de cette véritable saloperie, retrouvent le souci et le goût de penser et exister à nouveau par eux-mêmes, s’apercevront donc d’abord qu’elles sont comme tout le monde. Ceci est un inconvénient de la culture, qui est que nous apprenons tous la même chose, ce qui fait que nous sommes censés devenir comme tout le monde. Telle est la dictature de la société : une dictature de la pensée unique qui combat l’unique.