mardi 30 août 2005 à 18:03
| QUOTE (RealSidius @ 24 Jul 2005 à 00:49) |
| N'hésite pas à poster ton texte : cela m'intéresse. |
Le voici donc. C'est un extrait du livre de Pierre Cabanes, le monde hellénistique de la mort d'Alexandre à la paix d'Apamée :
L'essor des grands royaumes hellénistiques et l'intensification des échanges, qui se traduisent par une meilleure maîtrise de l'espace conquis, donnent-ils naissance à une vision globale du monde connu, où l'exotique et le déjà-vu trouvent chacun leur place ?
Les déplacements de Grecs, de cité en cité, d'île en île, ne sont pas une nouveauté à l'époque hellénistique. Les activités économiques des populations imposent certains de ces déplacements : les pasteurs transhumants des ethnè de Grèce du Nord parcourent ainsi, chaque année, avec leurs troupeaux une centaine de kilomètres ; c'est le cas aussi des commerçants, des navigateurs qui vont vendre des marchandises au loin et en rapporter d'autres vers leur port de départ.
Le fait nouveau, à l'époque hellénistique, c'est l'extension de l'oikouménè. Beaucoup de jeunes macédoniens en effet, contemporains d'Alexandre, sont allés avec lui jusqu'aux rives de l'Indus. Nombreux sont les Grecs et les Macédoniens qui se sont installés ensuite, de gré ou de force, dans les villes nouvelles que le Conquérant a fondées. A la génération suivante, les royaumes lagide et séleucide cherchent à attirer des colons nouveaux pour contribuer à l'exploitation du pays et consolider la mainmise du souverain sur les populations indigènes.
La vie religieuse contribue aussi grandement à la mobilité des grecs du IIIème siècle, à l'occasion d'innombrables fêtes locales, féderales ou panhelléniques. Les concours stéphanites (olympiques, pythiques, isthmiques et néméens) sont rejoints au cours du IIIème siècle par de nombreux concours qui sont reconnus "égaux en honneurs avec les concours olympiques ou pythiques" : c'est le cas notamment des Ptolemaia d'Alexandrie, des Sôteria de Delphes, des concours en l'honneur d'Artémis Leukophryénè à Magnésie du Méandre, ou des Naïa de Dodone vers 192. Chacun de ces concours, qui comportent souvent des épreuves gymniques, hippiques et musicales, est aussi l'occasion de fêtes qui attirent des foules nombreuses.
Les oracles d'Apollon à Delphes, de Zeus Naïos à Dodone et tant d'autres drainent aussi des visiteurs lointains. La documentation, notamment épigraphique, fournit de très nombreux témoignages d'autres occasions de circulation : envoi de juges étrangers pour régler des conflits dans une cité, arbitres choisis au sein d'une tierce partie pour tenter d'apaiser une tension entre deux communautés. A Bouthrôtos, en Chaonie, la communauté des Prasaiboi honore un citoyen de Téos en Asie mineure exercer sa technè, il s'agit sans doute d'un entraîneur en éducation physique. Ailleurs, ce sont des médecins, privés ou publics, qui assurent un meilleur état sanitaire au profit d'une cité ou de particuliers. Ils sont généralement issus des grands centres d'études médicales, comme Cos ou Cnide.
Les jeunes gens sont également attirés par les centres réputés pour la qualité de leur enseignement : on se rend à Athènes pour s'attacher à telle ou telle école philosophique, à Alexandrie surtout pour étudier la médecine, l'astronomie, la mécanique, comme d'autres vont à Pergame ou à Syracuse. Les bibliothèques attirent d'autre part les chercheurs et les savant.
Mais le "tourisme", au sens actuel du terme, n'est pas encore courant au IIIème siècle. Les témoignages qui existent correspondent uniquement à un tourisme officiel. En outre, les belles demeures édifiées dans le Fayoum et entourées de bois et de plantes servent de résidences secondaires pour quelques privilegiés. En Grèce propre, il faut attendre le IIème siècle avant J.-C. pour voir se pratiquer cette migration saisonnière conçue pour le délassement.