lundi 14 janvier 2008 à 17:50
Pourquoi la dette publique inquiète Par Didier PILLET, lundi 29 janvier 2007 La France a laissé grossir ses déficits (déficits créés par l’État, les collectivités locales et les assurances sociales) qui atteignent aujourd’hui des sommets, ou plutôt des abîmes. Cette question inquiète les experts des finances publiques parce que les Français n’épargnent plus assez pour permettre à l’État de rembourser ce qu’il lui faut emprunter.
Ce devrait être l’un des sujets majeurs de la campagne électorale présidentielle, or il n’est en quasiment pas question… sauf sur ce blog, où nous ouvrons le débat. La dette publique de la Nation passionne moins que les coups bas, les lapsus des candidats et autre canular téléphonique. Une élection présidentielle est ainsi faite qu’elle peine à se concentrer longtemps sur les problèmes de fond, les grands enjeux. Celui de la dette publique est pourtant essentiel car il ne tardera pas à s’inviter dans les lendemains qui déchantent d’une campagne en trompe-l’œil. Il serait à l’origine d’un nouvel impôt qu’aucun des experts qui observent le phénomène n’en serait surpris.
Pourquoi les déficits publics, avec lesquels nous vivons depuis des décennies tels des vieux rhumatismes, inquiètent-ils aujourd’hui beaucoup plus qu’hier ? Réponse en trois points d’Éric Julla, directeur des études à Ressources consultants finances, seul cabinet provincial du genre, réputé et indépendant : « Premièrement, nous sommes engagés dans un schéma de convergence européen exigeant sur les critères de régulation des finances publiques. Deuxièmement, nous ne pouvons plus nous autoriser certaines facilités pour résorber la dette comme dévaluer ou faire tourner la planche à billets. Troisièmement, et c’est le plus important : depuis trois ans, le financement de la dette se tend. »
C’est un peu technique mais pour comprendre ce qui se passe, et en schématisant à gros traits, il faut savoir que la dette de la France est couverte par les agents économiques qui ont une capacité d’épargne disponible et qui, une fois réalisés leurs investissements privés, par le jeu des marchés financiers, souscrivent des bons du Trésor (des OAT). « Or, observe Éric Julla, depuis 2003 le taux d’épargne des ménages et des entreprises est en chute libre. Quand je dis épargne des ménages et des entreprises je ne parle pas du bas de laine. Le bas de laine, c’est l’épargne d’avant. Non, si je ramène cela à une famille c’est, pour 2006, les revenus de l’année moins toutes les dépenses effectuées pour la vie quotidienne, moins les frais financiers, moins les investissements éventuels. »
De 1992 à 2000, le taux d’épargne des Français était de 20 % du Produit intérieur brut. Les investissements privés consommaient 15 points, les 5 restants pouvaient être prêtés à l’État pour rembourser la dette.
« Depuis les exercices 2003, 2004, 2005, mouvement amplifié en 2006, le taux d’épargne ayant chuté et les investissements notamment liés à la bulle immobilière ayant augmenté, il ne reste plus qu’environ un point de PIB, c’est-à-dire 17 milliards d’euros, à prêter à l’État pour couvrir les déficits qui représentent 2,5 à 3 points de PIB, soit autour de 40 milliards d’euros. » Conséquence : la dette publique est désormais financée par de l’épargne étrangère, notamment par les prises de participation russes ou indiennes dans les entreprises nationales. Le danger, c’est que ces investisseurs étrangers perdent confiance et se retirent. « Nous n’avons aucun moyen de les contraindre à rester et s’ils devaient partir nous serions très mal. Quand l’épargne nationale couvre la dette il est toujours possible de contraindre les agents économiques par de l’épargne obligatoire. Ainsi, en 1982, le gouvernement avait créé un impôt remboursable. Mais comment imposer de l’épargne à des capitaux multinationaux ? »
Pour s’en sortir, il faudrait une croissance économique à contenu vertueux, une croissance de l’activité soutenue qui permette à la fois de consommer et d’épargner de manière durable. Sans épargne durable on ne rembourse pas ses dettes. « Or, nous ne sommes pas du tout dans ce contexte, observe encore Éric Julla. La croissance atone qui est la nôtre, autour de 2 %, est générée grâce à la désépargne. Elle n’est pas suffisante pour à la fois consommer et épargner de manière durable. » Certes, comme le disait récemment Michel Rocard, ancien Premier ministre de François Mitterrand, dans le Figaro, « si vivre avec une telle dette est une lourde charge, la priorité absolue de son remboursement sur toute autre dépense ne saurait être un dogme », la nation peut être amenée à choisir entre financer du logement social et favoriser l’accès à la propriété individuelle. Mais tout programme qui prétendrait soutenir les deux serait illusoire car on ne peut pas spéculer sur un haut niveau d’épargne des Français dans les trente années à venir.
Quant aux dépenses de l’État, elles ont la caractéristique d’être peu flexibles. Sur les 335 milliards budgétés en 2007, 41 milliards seront consacrés aux intérêts d’emprunts, 66 aux transferts vers les collectivités territoriales et l’Europe, 13 aux investissements, 17 aux charges à caractère général, 120 aux dépenses de personnel et 78 aux autres dépenses, parmi lesquelles les retraites des fonctionnaires. Réduire de 10 % la fonction publique, ce qui constituerait un effort considérable qui n’est sans doute pas socialement supportable, ne rapporterait pas un point de PIB, pas même le tiers de l’endettement supplémentaire de l’exercice. On ne peut guère, non plus, diminuer les transferts aux collectivités car celles-ci devraient s’endetter et l’on substituerait alors de la dette des collectivités à celle de l’État. Conclusion d’Éric Julla : « Nous sommes dans un problème de consolidation des déficits publics, tout le monde est dans le même bateau. » Voilà pourquoi, contrairement sans doute à ce qui sera dit durant la campagne électorale, la hausse des impôts est devant nous. Thierry Breton, le ministre de l’Économie n’a-t-il pas donné le signal en parlant d’un groupe de travail qui planche sur une hausse de la TVA en juillet ?
À ce stade il est donc urgent de faire surgir cette inquiétante question de la dette publique dans le débat électoral car c’est maintenant que les électeurs ont besoin de savoir à quelle sauce fiscale ils seront mangés demain et .... accessoirement, qui paiera quoi.