mardi 15 juillet 2008 à 12:27
Désolée par avance pour le pavé. :/ J'ai essayé de le rendre lisible et clair autant que possible.
Je suis née le 3 Avril 1990 à Nice, tôt le matin après en avoir fait bavé toute la nuit à ma mère. Quelques difficultés à mon arrivée au Monde ont bien failli me coûter la vie. (incident que j'ai d'ailleurs souvent maudit d'avoir échoué, mais c'est une autre histoire)
Jusqu'à l'âge de 3-4 ans, j'ai vécu avec ma mère et mon père dans l'arrière pays niçois, non loin de chez mes grands-parents. Mon père n'avait jamais été une référence et avait souvent attirée ma mère dans de mauvais coups tels que l'alcool et la drogue. Et c'est un matin que tout a basculé, que ma vie toute entière a prit un tournant assez violent. Ce matin-là donc, ma mère était partie travailler à l'aube, et mon père devait me conduire chez mes grands-parents avant de partir travailler lui aussi. Il m'a alors levée et préparée (...)
Lorsqu'il m'a laissé chez mes grands-parents, je me suis mise à pleurer, sans raison apparente. Ma grand-mère s'est bien sûr demandé ce qu'il m'arrivait et s'est mise à me questionner. Quelques minutes après, avec mes mots d'enfant de 3 ans et quelques, je lui ai alors expliqué ce qui venait de se passer avec celui qu'on appelait mon "père". Cette nouvelle la retourna, forcément. Un mot: l'inceste. Bien qu'il n'y ait rien eu de capital, il s'était tout de même passé quelque chose de louche, quelque chose qui ne devrait arriver à aucun enfant, à personne (je ne vais pas entrer dans les détails, inutile). Mes grands-parents en ont ensuite averti ma mère, et m'ont gardé chez eux dès le soir-même.
S'en est ensuite suivie une procédure de justice à l'encontre de mon père. Malheureusement, n'ayant aucune preuve de ces faits que j'avais raconté, la procédure n'a pas mené bien loin. Le juge en a conclut à une garde surveillée pour mon père, et à une pension qu'il nous devrait pour pouvoir continuer à me voir malgré tout. Peu de temps après ce verdict, il a disparu. Sans laisser la moindre adresse, ni le moindre numéro. Je ne l'ai plus jamais revu.
Cet épisode a conduit ma mère à une grave dépression nerveuse. Durant approximativement 4 ans, elle a été d'hopitaux en hopitaux, s'est vue administré tout un tas de traitements différents, etc. Rien ne semblait pouvoir l'aider à en sortir. Et moi pendant ce temps, je suis restée avec mes grands-parents et l'un de leur fils qui était autiste et que j'avais toujours considéré comme mon propre frère (un être intérieurement magnifique, et encore c'est peu dire). Ils ont alors tout fait pour me faire vivre la plus belle des enfances. Et je peux dire qu'ils ont parfaitement réussi...
Pendant ces années-là, ma mère a vécu à Carros en altérnance avec les hopitaux, une citée plutôt mal fréquentée... Cette période de ma vie reste un peu floue dans ma mémoire, je ne parviens pas très bien à la situer dans le temps. Ce dont je me souviens sont les choses marquantes, les bastons de rues, les embrouilles avec les voisins, les coups que ma mère a reçus, l'appartement devenu un dépotoir...
Mais l'évènement que je n'oublierais certainement jamais est le suivant: un jour, ma mère, ayant pris alcool et médicaments, divaguait totalement... disait, comme à chaque fois qu'elle était dans cet état, qu'elle ne valait rien et qu'elle voulait mourir. Des gens tout aussi mal en point étaient également là, sans doute des "amis" à elle de l'époque. Et moi, je la suivais du regard, épiant tous ses faits et gestes... à vrai dire, je la surveillais. J'avais aux alentours de 6 ans, et je surveillais ma mère. Puis elle s'est approchée du balcon (nous habitions au 6ème étage), et elle est montée sur le rebord... je me suis tout de suite approchée, et l'ai attirée vers moi en tirant de toutes mes petites forces sur sa ceinture. Une ceinture en cuir, marron. Jamais je ne pourrais oublier cette vision de ma mère à deux doigts de tomber du balcon.
Lorsque j'ai eu 8 ans, à peu près (j'ai toujours du mal à situer), ma mère a fait la rencontre d'un homme avec qui elle s'est mariée (elle était à l'époque encore en dépression). C'est alors qu'ils ont voulu m'emmener avec eux, chez eux. Je n'étais pas d'accord car habituée à mes grands-parents, bien sûr. Mais il en a été ainsi. Et je ne me suis jamais réellement faite à ma nouvelle situation. D'autant plus que je n'appréciais pas l'homme en question, le mari de ma mère. Au bout de quelques temps, ils ont fait un enfant: ma petite soeur, Léa. J'en ai été heureuse car je n'étais plus aussi seule à partir du jour de sa venue au Monde. J'avais toujours rêvé d'une petite soeur ou d'un petit frère. C'est à peu près à cette période que mon beau-père a commencé à vraiment dévoiler sa véritable personnalité. A l'époque où ma mère était tombée enceinte, il s'était déjà montré plus d'une fois assez haineux. Mais là, il en était venu aux mains. Parfois également avec moi, mais bien moins violemment qu'avec ma mère. Il savait bien que mes grands-parents n'étaient pas loin et que s'il me faisait du mal, ils seraient là, prêts au pire à son égard. Toujours est-il qu'il était donc en réalité un homme violent. Durant tout la période où nous avons vécu tous les quatre, je passais le plus clair de mon temps dans le village où nous habitions, avec des fréquentations pas toujours très bonnes. C'est d'ailleurs là-bas et avec ces gens de la rue que j'ai fumé ma première cigarette, par exemple. Je rentrais toujours plus tard chaque jour et restais dormir chez une copine dès que je le pouvais. J'avais 11 ans lorsque ma mère a enfin trouvé le courage de partir, de mettre fin à cette vie qui n'était plus une vie, à cette violence. Elle a démarré une procédure de divorce, et nous sommes tous allés chez mes grands-parents qui étaient encore et toujours là pour nous, fort heureusement. Je garderais toujours en mémoire ces images de violence qu'une petite fille de mon âge à l'époque ne comprenait pas vraiment.
Un évènement est venu s'ajouter à la pile, peu après. Didier, mon oncle autiste, mon frère de coeur, est décédé. Crise cardiaque. Ma grand-mère est alors tombée à son tour en dépression... je n'aurais jamais pensé que ça puisse lui arriver à elle, cette femme si forte. Elle aimait son fils plus que tout, autant que ses deux autres enfants, mais différement. Car il était différent. Ce jour-là, je ne ressentais plus rien, plus aucune émotion, pas une larme. Le néant. Je n'ai jamais réussi à comprendre ma réaction. C'est aussi ce jour-là que j'ai vu, pour la seule fois de ma vie, mon grand-père pleurer à chaudes larmes. Ma mère, très proche de son frère, a également vu son état psychologique se dégrader un peu plus encore...
Une fois le divorce prononcé, nous avons quitté l'arrière pays niçois pour la Corse. D'une part pour nous éloigner de mon beau-père, et d'autre part pour quitter ce lieu rempli de souvenirs, bons comme mauvais qui nous rongeaient. Nous habitions deux maisons, l'une (ma mère, ma soeur et moi) à côté de l'autre (mes grands-parents). C'est ce dont j'avais toujours rêvé. Les avoir tous à portée de main, prêts de moi, n'être séparée ni des uns ni des autres. Quelques années se sont écoulées ainsi. Ma mère n'était pas encore réellement sortie de sa dépression nerveuse, celle-ci persistait encore et toujours. D'une part à cause de mon père, de l'autre à cause de son ex-mari qui continuait de la menacer du pire, et ce même à distance. Elle passait certaines périodes de crises d'angoisse en crises d'angoisse, les noyant dans des verres d'alcool. Elle devenait alcoolique, submergée par tous ces problèmes qui n'en finissaient pas, toutes ces sales histoires qu'elle avait vécu. Il y avait également ce manque d'affection de son père qui l'avait toujours beaucoup fait souffrir. Celui-ci se retrouvait à travers elle ne l'avait jamais supportée. Ces années-là ont se sont donc déroulées, parsemées de hauts et de bas. Quand à moi et à ma soeur, nous allions à l'école, et je prenais soin d'elle autant que je le pouvais, tout comme de ma mère.
En Aout 2005, après 5 ans en Corse, nous avons déménagé dans un autre coin de l'ile. Mes grands-parents, après avoir vendu notre maison de famille du continent, avaient fait contruire deux petites maisons l'une à côté de l'autre. Pour nous tous, encore une fois. Mais cela n'a duré qu'un peu plus d'un an. Ma mère a ensuite déménagé, avec ma soeur et moi, dans un HLM à cinq minutes de là. Ce déménagement était du à son alcoolisme et à toutes les conneries qu'il l'entrainait à faire. Mes grands-parents ne savaient plus quoi faire pour l'aider à sortir de cet engrenage et ne supportait plus tout ça. Le mieux était donc de mettre un peu de distance, entre elle et eux principalement. J'ai alors passé quelques mois dans ce nouvel appartement, dans cette nouvelle vie à trois, seules. Mais pendant trop d'années j'avais supporté la maladie de ma mère, pendant trop d'années je m'étais occupée d'elle et m'était moi-même mise de côté. Il était temps que tout ça s'arrête, et mes grands-parents ne voulant plus me voir souffrir m'ont reprit avec eux. J'ai alors retrouvé ce que l'on peut appeler une vie saine. Bien sûr, j'ai longuement hésité à faire ce choix, mais il était bel et bien le meilleur. Il m'est souvent arrivé de culpabiliser d'avoir abandonné non seulement ma mère, mais surtout ma petite soeur de 7 ans. Parce que je savais très bien qu'elle devrait alors vivre ce que j'avais vécu, ce que je lui avais épargné en étant là et en la préservant autant que possible. Puis cette culpabilité a diminué. Et il y a eu des hauts et des bas pour ma part, comme toujours. Elle ne s'est jamais vraiment sortie de sa dépression ni de son alcoolisme... Il y avait seulement des périodes meilleures que d'autres.
L'année 2007 a été un fiasco. Ma mère a continué de boire et de plonger au plus profond d'une dépression effroyable. Les problèmes d'argent, la mort de son frère, le rejet de son père, l'impression d'avoir râté sa vie... autant d'éléments qui lui enfoncaient la tête sous l'eau. Je ne vais pas raconter d'autres "anecdotes", je suis sûre qu'on peut les imaginer assez facilement... bref, cette année-là n'a pas été très rose. Je vivais donc à ce moment-là avec mes grands-parents, à 5 minutes à peine de voiture de là. J'avais continuellement peur pour ma soeur qui était parfois livrée à elle-même ou laissé à quelqu'un, comme ça. J'allais là-bas aussi souvent que possible... avec la peur au ventre, toujours, de découvrir un drame. Il m'était devenu vraiment difficile de voir encore ma mère ainsi, plus bas que la poussière si je puis dire. A un certain moment, n'ayant plus la force morale de la soutenir ou même de la voir, j'ai inconsciemment décidé de ne plus faire attention à elle... et d'apaiser au maximum ma petite soeur chérie. Elle pour qui je m'en veux énormément pour le fait qu'elle ait vu et vécu ce que je ne voulais pour rien au monde qu'elle voie et vive... J'ai en quelque sorte tourné la page sur ma propre mère, tiré un trait au crayon gris. Je ne lui en ai jamais voulu, mais je n'avais tout simplement plus la force de regarder.
Ma mère est ensuite partie vivre avec Léa chez son ami du moment (vers Marseille) puis elle est partie en cure (j'ai encore un problème au niveau du temps, pardon), du côté de Marseille toujours, rien n'était plus possible (gros accident de voiture du côté des gorges du Verdon,entre autres), il fallait bien faire quelque chose. N'importe quoi, mais agir. Elle refera encore une cure, par la suite. Entre temps, ma petite soeur a été confiée à son père... Je savais qu'on en baverais quand viendrait le jour de la récupérer. Là, j'en ai voulu à ma mère et lui en veut encore aujourd'hui: nous sommes actuellement en procés avec la père de Léa pour la récupérer... Ma mère est rétablie pour l'instant (on ne peut jamais dire d'un alcoolique qu'il est "guéri"), elle parle différemment des autres fois où elle a prétendu vouloir se reprendre, elle s'occupe bien de son appart, fait ses papiers au mieux, projette de retenter le concours d'aide-soignante, etc...