mardi 15 juillet 2008 à 06:34
Belgique : le premier ministre a remis sa démission au roi qui réserve sa réponse
Le roi des Belges, Albert II, a indiqué, tôt mardi matin 15 juillet, qu'il réservait sa réponse concernant l'offre de démission que lui a présentée le premier ministre Yves Leterme, après avoir échoué à trouver un accord sur une réforme des institutions du pays.
"Le roi a reçu monsieur Yves Leterme" qui "a présenté la démission du gouvernement. Le roi tient sa décision en suspens", souligne un communiqué laconique du souverain publié dans la nuit. Ce délai signifie soit qu'Albert II espère encore convaincre l'actuel chef du gouvernement chrétien-démocrate de rester en poste, soit, plus vraisemblablement, qu'il n'a pas encore identifié de solution de remplacement et entend poursuivre ses consultations.
"LES VISIONS ENTRE LES COMMUNAUTÉS SONT INCONCILIABLES"
Le chef du gouvernement démissionnaire a, pour sa part, justifié sa décision de jeter l'éponge en estimant qu'"il s'avère que les visions opposées entre les communautés concernant le nécessaire nouvel équilibre à créer dans notre construction étatique sont aujourd'hui inconciliables". Il a ajouté que "malgré tous les efforts et toute la persévérance (...) le timing prévu dans l'accord de gouvernement n'est pas respecté".
A la tête d'une coalition de cinq partis, M. Leterme, chef de file des démocrates-chrétiens, était arrivé au pouvoir en mars après neuf mois d'une crise sur fond de division linguistique qui avait mené le pays au bord de l'éclatement. Les partis flamands avaient alors fixé la date-butoir du 15 juillet pour parvenir à un compromis avec les francophones sur leurs revendications d'autonomie renforcée pour la Flandre, en matière de fiscalité, de sécurité sociale et de politique d'emploi. Or, aucun progrès n'a été réalisé depuis cette date.
"Cela démontre que le modèle de concertation au niveau exclusivement fédéral a atteint ses limites", a estimé M. Leterme, soulignant ainsi son souhait de voir une plus grande implication des représentants des régions néerlandophone de Flandre et francophone de Wallonie dans les discussions. "Une réforme de l'Etat reste un élément essentiel d'un accord de gouvernement", a-t-il ajouté.
Le Monde .
Belgique: le gouvernement démissionne
Et voilà: Yves Leterme, le Premier ministre belge (photo: Thierry Monasse), a présenté à 23h30 la démission de son gouvernement au roi. Il tire ainsi la conséquence de l'impossibilité de parvenir à une réforme de l'Etat que réclame la Flandre et que refusent la Wallonie et Bruxelles. Plus d'un an après les élections législatives du 10 juin 2007, la crise s'aggrave donc. La Belgique y survivra-t-elle? La question est plus que jamais d'actualité.
Libération .
POLITIQUE / Après une journée de fortes tensions en Flandre…
Leterme a présenté sa démission au Roi
DAVID COPPI ET VERONIQUE LAMQUIN
mardi 15 juillet 2008, 01:53
Yves Leterme s’est rendu au Palais pour présenter sa démission au Roi. Herman Van Rompuy, Jo Vandeurzen et Didier Reynders s’y sont également présentés. Le Premier se heurte au cartel CD&V/N-VA, qui malmène ses propositions sur de nouvelles négociations Nord-Sud.
Le porte-parole d’Yves Leterme a signalé dans la nuit de lundi à mardi vers 1 heure 15 qu’Yves Leterme était toujours au Château de Laeken. Le président de la Chambre, Herman Van Rompuy (CD&V), qui avait aussi été appelé a déjà quitté le Château de Laeken alors que Jo Vandeurzen (CD&V) y est toujours et que Didier Reynders (MR) y est attendu. On suppose que ces deux derniers sont appelés en consultation en tant que ministres des Réformes institutionnelles.
Lundi soir, après 22 heures, à la
veille de sa « déclaration » au parlement fédéral, prévue ce mardi à 15 heures, on apprenait que le Premier ministre se rendait chez le Roi pour lui remettre sa démission. Une mauvaise pièce comme la scène politique nous y a habitués depuis les élections législatives du 10 juin 2007, qui ont généré une instabilité presque sans fin.
Le sort d’Yves Leterme était lié à une note de quinze pages dont quatorze consacrées au socio-économique (nous en avons rendu compte largement hier), et… une sur le communautaire, celle que nous reproduisons ci-contre (grâce à un « vent favorable »), qui fut transmise par le Premier ministre aux négociateurs peu après minuit lundi matin, avant de se quitter, à sa résidence du Lambermont, à Bruxelles.
L’accord sur le socio-économique, conclu samedi, avait conforté le Premier ministre, resserrant la majorité autour de lui… Croyait-on. Cela restait insuffisant.
Toute la journée, hier, le suspense a tourné autour du sort qu’allaient connaître ses propositions dans le domaine institutionnel, qui consistaient essentiellement à prolonger les négociations Nord-Sud en impliquant à l’avenir les Régions et les Communautés. Une formule, entre l’encommissionnement et la relance du dialogue, dont les Francophones s’accommodaient aisément. Mais qui laissait les partis flamands sur leur faim, celle d’une réforme de l’Etat d’envergure, avec, en sus, la scission de BHV.
Ces propositions d’Yves Leterme ? D’abord acter le fait que deux mois de négociations (depuis le 1er paquet) n’avaient pas permis de dégager le moindre début d’accord. Ni sur BHV. Ni sur les transferts de compétences. Ni même sur la révision de la loi de financement. Ensuite, s’engager sur un nouveau calendrier. Rendez-vous à la rentrée. Pour entamer de vraies discussions. Enfin, dégager une nouvelle formule de négociations, pour éloigner du gouvernement fédéral les tensions communautaires mais, surtout, associer les Régions, en particulier Kris Peeters, très critique, ces derniers temps, sur la situation au fédéral, et qui n’épargnait pas le Premier ministre.
Une nouvelle formule de négociation
Concrètement, Yves Leterme proposait de constituer un nouveau groupe de pilotage, dit « bureau », composé de six personnes, placé sous la présidence de Kris Peeters et Didier Reynders. Le tandem devait être flanqué de quatre vice-présidents : les ministres-présidents wallon (Rudy Demotte, PS) et bruxellois (Charles Picqué, PS) ainsi que l’autre ministre des Réformes institutionnelles (Jo Vandeurzen, CD&V) et Guy Vanhengel (ministre bruxellois VLD). Le groupe étant constitué, au total, de vingt-deux personnes (présidents et vice-présidents compris), selon la parité linguistique.
C’est peu dire que cette proposition fut reçue différemment au Nord et au Sud.
Elle obtenait l’adhésion des francophones – qui se sont toutefois battus, plusieurs heures, lundi, pour faire admettre à la table Charles Picqué. En revanche, le Nord a plongé en plein psychodrame. Sur un élément symbolique d’abord : vu de Flandre, le dialogue de communauté à communauté se tient à deux (sans Picqué donc…) mais aussi sans la tutelle du fédéral, donc sans Reynders. Pourtant, en début de soirée, recevant Demotte et Picqué pour les convier à participer à la démarche, Leterme avait tranché : pour lui, c’était Peeters et Reynders. Quelques minutes plus tard, Kris Peeters redisait, au micro de la VRT, son « étonnement » de voir un fédéral hissé comme cela dans un dialogue entre entités fédérées…
Crise de conscience politique au nord
Mais, plus fondamentalement, la formule imaginée par Yves Leterme a provoqué lundi une brutale crise de conscience politique au nord : dire « oui » à ses propositions et lui permettre de poursuivre ? Dire « non » et risquer de faire tomber le gouvernement fédéral ?
La question a agité la Flandre tous azimuts : le gouvernement régional, le SP.A, le CD&V bien sûr, la N-VA évidemment, qui avait convoqué ses troupes lundi après 20 heures, en Bureau politique, pour dire tout le mal du monde de l’option de Leterme…
Le Premier ministre n’aura pas résisté à ce chaos dans le camp flamand, et tout particulièrement dans sa propre formation politique. On pense notamment aux dissensions avec Kris Peeters, son successeur à la ministre-présidence au nord, qui, à plusieurs reprises ces dernières semaines, avait réclamé un accord sur BHV et sur la réforme de l’Etat pour le 15 juillet, menaçant d’une crise majeure, déstabilisant ainsi le locataire du « seize », son compère CD&V. Qui se sera « accroché » tant et plus…
Tard dans l’après-midi, en effet, son porte-parole nous affirmait hier que le calendrier initial était maintenu : conseil des ministres ce mardi matin, déclaration au parlement à 15 heures… Entre-temps, une nouvelle réunion de l’Heptapus (Leterme + les présidents de la majorité + les représentants des verts), prévue à 20 heures, avait été annulée… Alors qu’une autre, en comité restreint, se tenait, à l’écart, entre chrétiens-démocrates flamands, orageuse, à l’issue de laquelle Yves Leterme décidait de se rendre chez le Roi. Peut-être pour forcer le destin…
En attendant, l’appel des partis francophones au sens des responsabilités aura claqué dans le vide. Didier Reynders a fait savoir hier soir qu’une réunion entre francophones se tiendra ce mardi après-midi, déplorant au passage que l’accord socio-économique de samedi, applaudi par tous, puisse faire les frais de la crise.
Le cartel Cd&V/N-VA est en ébullition. La Flandre se radicalise. Et le paysage politique fédéral tout entier, le pays, encaissent, et en souffrent.
Le Soir
Yves Leterme présente sa démission
Martin Buxant
Mis en ligne le 14/07/2008
Le Premier ministre Yves Leterme a remis la démission de son gouvernement après une réunion interne du CD&V. La tentation de garder le cartel intact a été la plus forte. Toutes les analyses ce mardi dans La Libre Belgique
Tremblement de terre (rue de la Loi). Lundi, tard dans la soirée, tandis qu’Yves Leterme semblait avoir été en mesure, plus tôt dans la journée, de convaincre son parti, le CD&V, de soutenir une proposition d’accord communautaire, le Premier ministre a pris le chemin du Palais royal afin de présenter la démission de son gouvernement.
Sur le coup des 21h, après avoir tenu une réunion du “G8” houleuse, Yves Leterme a donc décidé de saborder son gouvernement. Le “G8” est une instance dirigeante informelle du CD&V reprenant, outre le Premier ministre, Jo Vandeurzen, Marianne Thyssen et Kris Peeters, les représentants du CD&V au gouvernement fédéral : Pieter De Crem, Inge Vervotte, Etienne Schouppe et Carl Devlies. Lors de cette réunion du “G8”, “un constat d’échec s’est rapidement imposé”, souligne un participant à cette réunion nocturne. Concrètement, la pression exercée par la base du parti, notamment les parlementaires, ainsi que par la N-VA, qui menaçait de briser le cartel, ont poussé Yves Leterme à se rendre chez le Roi pour présenter sa démission.
Compte rendu des dernières 48 heures. - Il est 20h, lundi, quand le CD&V décide d’annuler purement et simplement l’Assemblée générale au cours de laquelle quelque 230 membres du parti devaient se prononcer sur le non-accord communautaire. La salle, un bâtiment de l’ACW dans les environs de Malines (sorry, Mechelen) était pourtant bien réservée. Dans l’après-midi, les fractions du CD&V/N-VA au Sénat et à la Chambre se sont réunies. Là, les élus du cartel ont monté le ton, ont menacé de quitter le gouvernement fédéral. “On nous met Didier Reynders dans les pattes (comme chef de délégation francophone, NdlR), se désole un participant aux réunions, alors que nous voulions Rudy Demotte. On n’est pas optimiste !”. Ces parlementaires, remontés à bloc, n’ont aucune envie de voir “le nouveau dialogue communautaire” que leur promet Leterme pour septembre “parasité par Olivier Maingain”, martèle un élu du CD&V. Ils poussent donc “M. 800 000 voix” à quitter le gouvernement.
- Saumon fumé, puis assiette de poisson et légumes variés : on déjeune sainement aux établissements Leterme. Lundi, sur le coup des 13h, les traits des négociateurs sont tirés, le Premier ministre essaye tant bien que mal de fagoter une déclaration de sortie de crise communautaire. “Comme chaque fois, relève cyniquement un négociateur francophone, on rejoue les Eperons d’or. Les Flamands montrent qu’on leur arrache le coeur dès qu’on leur résiste un peu”. “Il est temps de partir en vacances”, avait glissé l’Ecolo Marcel Cheron à son arrivée à la résidence du Premier ministre, au Lambermont… - Yves Leterme, lui, tente de se distancier des positions tenues par la présidente du CD&V Marianne Thyssen et par un Jo Vandeurzen de moins en moins combatif. Plus que tout, le Premier est prodigieusement agacé par son collègue de parti, Kris Peeters, qui lui a mis le couteau sur la gorge en conditionnant l’argent flamand à l’obtention d’une grande réforme de l’Etat le 15 juillet.
- Soleil de plomb sur le Lambermont (13h40), la berline noire du Premier franchit le portique, Leterme fonce voir le Roi pour la première fois de la journée. Milquet, Di Rupo et Reynders quittent à leur tour le Lambermont. Un pied dans son SUV, l’autre sur le trottoir, le libéral flamand Bart Somers annonce qu’“aucun accord communautaire ne sera atteint le 15 juillet”. “On cherche une solution, explique-t-il, on veut essayer d’éviter que ce pays tombe dans le chaos”.
- Lundi matin, la N-VA est réunie au Parlement flamand. Deux hypothèses sont sur la table des nationalistes. Soit Leterme choisit “la fuite en avant”, en mettant “la réforme de l’Etat au frigo des Régions”, et “c’est la fin du cartel” entre le CD&V et la N-VA, décrit un cadre du parti. Soit le CD&V rejette l’accord, et c’est la crise gouvernementale. Dans un cas comme dans l’autre, l’avenir de Leterme est sombre, constatent les dirigeants de la N-VA. L’un d’eux dit : “dans un cas comme dans l’autre, c’est du suicide politique pour Leterme. Nous sommes prêts à changer de camp”. Et, donc, à rallier les bancs de l’opposition. Moins de dix heures plus tard, le CD&V se ralliait à la position de la N-VA. Et Leterme choisissait de sauver son cartel.
- Dimanche soir, Lambermont. Les négociateurs de l’Heptatus sont réunis autour de Leterme. Les représentants du CD&V ont fait leurs devoirs consciencieusement : Vandeurzen et Thysen déballent une à une les exigences du cartel. Dont celle-ci : que Rudy Demotte copréside la négociation institutionnelle à partir de septembre avec Kris Peeters. “On aurait alors dessiné un schéma confédéral, note-t-on au cartel. Avec une Région qui discute directement avec une autre”. Les francophones calent net. “On peut encore composer notre délégation comme on l’entend !”, fulmine l’un d’entre eux. Là, Joëlle Milquet annonce devant des négociateurs flamands médusés que Didier Reynders emmènera la délégation francophone… Les Flamands avalent les carbonnades et le gratin dauphinois qu’on leur a servi en guise de dîner de travers.
-Yves Leterme, dit-on, était resté relativement “zen” tout au long de ces derniers jours de négociations. Trop, peut-être, que pour voir venir l’assaut ? Le dernier rendez-vous de la journée, celui en compagnie de ses compagnons de parti, lui aura été fatal. Gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge...
La Libre Belgique .