vendredi 18 août 2006 à 19:03
"Une déclaration de guerre
aux Etats de droit"
par Philippe Val,
directeur de la rédaction
de Charlie Hebdo
Que pensez-vous de l'exposition de caricatures sur l'Holocauste qui s'est ouverte mardi 15 août en Iran ?
- C'est une déclaration de guerre aux Etats de droit, qui, au sortir de la seconde guerre mondiale, se sont fondés sur quelques principes parmi lesquels l'égalité entre les hommes et les femmes et la criminalisation de l'antisémitisme. Il ne faut pas croire qu'il s'agisse de pures provocations. Cette exposition est programmatique, comme le sont les déclarations du Président iranien sur la destruction de l'Etat d'Israël.
Ces signes s'adressent à deux destinataires: aux pays occidentaux et à tous les pays musulmans du monde. Aux premiers, pour que la peur qu'ils suscitent produisent des lois liberticides afin d'affaiblir leur identité démocratique. Aux seconds sur lesquels l'Iran nucléaire veut faire une OPA.
Accessoirement, il faut remarquer la neutralité bienveillante de toutes les dictatures du monde : russe, chinoise, cubaine, vénézuelienne, etc... Ce qui montre que la solidarité entre totalitaires marche mieux que la solidarité démocratique...
Sept français auraient des œuvres exposées, quelle est votre réaction ?
- Les Français, ou les ressortissants de n'importe quel Etat de droit, qui ont participé à cette exposition sont partis rejoindre la cohorte de ceux, qui, dans les années 1930, allaient de Paris ou de Londres à Berlin, à l'invitation de Goebbels, pour avoir l'honneur de serrer la main d'h*****. Cette haine se paye toujours de la mort des autres.
Publieriez-vous certaines de ces caricatures si, comme lors de la polémique sur les dessins de Mahomet, certaines venaient à être attaquées ? Sinon, quelle est la différence entre des dessins caricaturant la foi, et d'autres, comme ici la Shoah, un fait historique ?
- Sans un appareil critique qui démonterait implacablement en quoi cette exposition relève de la haine raciale, sans une démarche rigoureuse, l'exercice de la publication serait vain. La publication des caricatures danoises, d'ailleurs accompagnée de commentaires fournis, était d'une toute autre nature. Il s'agissait d'une critique de la religion, qui relève d'un droit nécessaire à l'actualisation permanente de la démocratie. Les caricatures sur l'Holocauste nient un fait historique et, en relativisant un crime contre l'humanité, en promet un autre.
Chercher à mettre la satire d'une religion et la négation de la Shoah sur le même plan ne revient qu'à manifester un antisémitisme pathologique.