jeudi 17 août 2006 à 17:12
Il n'y a pas d'humour possible avec la Shoah"
par Manek Weintraub,
membre du bureau exécutif
du Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF)
Quelle est votre première réaction par rapport à l'exposition de caricatures sur l'Holocauste qui s'est ouverte en Iran ?
- Le Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF) condamne totalement cette initiative qui nous apparaît comme un chef-d'œuvre de mauvais goût et une sorte de record de vulgarité. On n'a pas à faire de caricatures sur l'Holocauste.
Cette exposition est quelque chose d'incroyable, surtout venant d'un pays musulman qui s'est ému lors de l'affaire des caricatures de Mahomet. Moi même, en tant que rescapé de la Shoah, je n'aurais jamais pensé il y a 60 ans qu'un pays comme l'Iran, qui se réclame d'une longue et grande civilisation, puisse organiser une telle exposition. Déjà, le fait d'avoir lancé un tel concours en février pour sélectionner les caricatures, puis d'organiser l'exposition, est tout à fait inacceptable. Ensuite, le fait qu'elle puisse se tenir est absolument scandaleux. De plus, le fait que ce soit un gouvernement qui organise cela…Où allons nous ? Face à cela, le CRIF est médusé.
Sept français (Dab, Chard, A.M., Ain, R. B., Bernard B.
et Kamardine) ont ou auraient des œuvres exposées à Téhéran, que cela vous inspire t-il ?
- Je déplore qu'il y ait des compatriotes qui présentent leur production dans ce type d'exposition. Elle constitue une sorte de débouché pour les négationnistes de l'hexagone. Cela est profondément condamnable et condamné par le CRIF.
Le plus frappant dans cette histoire est le fait de s'acharner sur les morts en niant l'extermination des six millions de juifs. Il n'y a pas d'humour possible avec la Shoah. Lorsqu'il y en a, c'est l'horreur. C'est une maladie mentale d'essayer de faire des caricatures portant sur un massacre industriel comme celui-là. Est-ce que cela viendrait à l'esprit de quelqu'un de faire une exposition de caricatures sur la bataille de Verdun ?
Il faut avoir un sens de l'événement qu'est la Shoah et en mesurer la portée historique. D'autant plus qu'aujourd'hui encore, il reste des survivants de l'Holocauste. Pour eux, cette exposition morbide est une véritable insulte. On y fait plus que nier l'histoire, on y ridiculise la Shoah.
Je me souviens de la fin du XXeme siècle et l'espoir suscité par le passage au XXIeme siècle… J'espérais que les choses iraient mieux sur cette Terre, mais apparemment non.
Pour vous, peut-on faire un parallèle entre l'affaire des caricatures de Mahomet et cette exposition de caricatures sur l'Holocauste ? En quoi le parallèle est-il illégitime ?
- Non, on ne peut pas faire de parallèle entre les deux affaires car les motivations y sont très différentes. Si l'affaire des caricatures du prophète Mahomet avait revêtu un caractère aussi scandaleux que l'affaire des caricatures sur la Shoah, on pourrait faire le parallèle, mais dans l'affaire des caricatures de Mahomet, il ne s'agissait pas de s'attaquer aux racines de l'Islam. Il s'agissait seulement d'évoquer le caractère conquérant de l'Islam, comme l'a d'ailleurs été la religion chrétienne lors des Croisades. Cela a été interprété par nos amis musulmans comme quelque chose d'insultant, ce qui est tout à fait compréhensible.
Dans le cas de cette exposition de caricatures sur l'Holocauste, ce n'est pas la même démarche.
Cette initiative vient du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui a déclaré le 25 octobre 2005, lors d'une conférence intitulée "Le monde sans le sionisme", qu'Israël "devait être rayé de la carte". Cette exposition fait donc partie d'une stratégie globale, d'un plan de bataille du président iranien contre l'Etat hébreu. C'est pourquoi les caricatures de Mahomet n'ont rien à voir avec celles sur la Shoah car le journal danois qui les avaient publiées n'avait aucun plan de bataille ni aucune volonté belliciste contre les musulmans.