mardi 18 mars 2008 à 19:21
Ca continue de chauffer au Kosovo ...
http://www.20minutes.fr/article/220052/Mon...l-implosion.phpLe Kosovo est-il au bord de l’implosion?
Alors que le Kosovo connaît les violences les plus graves depuis la proclamation de son indépendance, 20minutes.fr fait le point sur la situation.
>> Notre dossier sur le Kosovo
Que s’est-il passé?
Lundi, une opération de police est lancée pour déloger des Serbes qui occupent deux tribunaux de l'ONU depuis vendredi. La KFOR, force de l’Otan déployée au Kosovo depuis 1999, les déloge et arrête 53 personnes. Des employés des tribunaux, selon Jean-Arnaud Dérens, rédacteur en chef du «Courrier des Balkans». Des violences éclatent entre Serbes et officiers de la KFOR, blessant 20 soldats français. Au cœur du problème, l’indépendance proclamée le 17 février dernier par le Kosovo, que la Serbie ne reconnaît pas.
«Les tribunaux sont sous contrôle de la Minuk (mission de l’ONU ndlr) depuis 1999, date à laquelle ces employés serbes perdent leur emploi, explique Jean-Arnaud Dérens. Mais la mission de l’ONU est acceptée par la Serbie. Alors que les tribunaux doivent passer dans le giron de l’Etat du Kosovo, les Serbes ne sont plus d’accord et veulent que les cours de justice soient placées sous l'autorité de l'Etat serbe.» Le Premier ministre du Kosovo Hashim Thaçi a accusé lundi Belgrade d'«inspirer la violence». D'une manière générale, depuis l'indépendance du Kosovo, la tension est très forte dans le nord du Kosovo, où les Serbes, soutenus par Belgrade, ne reconnaissent pas les autorités kosovares.
La communauté serbe, minoritaire, est-elle en danger?
A priori, non. «Pour l'instant, il n'y a pas eu ni exode de la minorité serbe ni épuration de cette communauté ni guerre civile entre Serbes et Albanais, selon Jean-Yves Camus, spécialiste des séparatismes européens. Les actions violentes sont restreintes aux coups contre les forces internationales présentes sur place».
Mais le pays est divisé: quelque 40.000 Serbes vivent dans le nord du Kosovo sur un total de 120.000 restés dans l'ancienne province serbe après le conflit de 1998-1999 entre les forces serbes et les séparatistes albanais du Kosovo. Deux millions de personnes vivent au Kosovo. A Mitrovica, la ville aussi est divisée: le nord est majoritairement serbe et le sud albanais. «La population serbe a été chassée de toutes les villes et s’est retranchée dans des villages enclavés, affirme Jean-Arnaud Dérens. Chaque communauté s’évite, les Albanais travaillent entre eux et les Serbes aussi.» De même, les rondes policières sont menées par des Serbes dans les zones serbes et par des Albanais dans le reste du pays. «Dans les faits, l’autorité de Pristina ne s’exerce que sur 80% du territoire, note Jean-Arnaud Dérens. Nous sommes entrés dans une logique de partition beaucoup plus rapidement que prévu.» Soit un mois après la déclaration d’indépendance du Kosovo. «L'hypothèse de la partition et de la création d'un micro-Etat sur le modèle de la République serbe de Bosnie (Republika Srpska) est de plus en plus crédible, affirme Jean-Yves Camus. Avec le risque de se retrouver avec une carte des Balkans en peau de léopard.»
Où en est la mission européenne?
Annoncée par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, la mission européenne dite «Eulex Kosovo» est dirigée par le Français Yves de Kermabon. Présentée comme devant prendre le relais de l’ONU , elle ne s’est toujours pas déployée au Kosovo. «La Minuk doit transférer les pouvoirs qu’elle détenait depuis 1999 aux autorités kosovares. La mission européenne interviendra ensuite pour aider les autorités se doter d’une police, d’une justice et de douanes pour construire un Etat autonome, explique-t-on au quai d’Orsay. Eulex Kosovo aura un rôle de conseil.» Une mission extérieure, votée à l’unanimité des pays membres de l’Union, malgré des divergences: les 27 peinent à se mettre d’accord sur la question kosovare, certains pays ayant reconnu l’indépendance et d’autres non.
Surtout, la Minuk, installée par la résolution 1244 de l’ONU, n’a pas d’échéance de fin de mission. Et le transfert des compétences internationales n’a pas été préparé entre la Minuk et la mission européenne. Aujourd’hui, seule la KFOR et la Minuk ont un mandat clair, celui prévu par «la 1244» et accepté, malgré quelques heurts, par les Serbes et les Albanais. Le Kosovo, qui n’a pas d’armée, dépend encore de ces deux corps pour assurer la sécurité sur son territoire. Une chose est sûre: la KFOR, déployée depuis près de dix ans, ne partira pas tant que les tensions, récurrentes depuis l'indépendance, ne se seront pas apaisées.
Dimitar Dilkoff AFP ¦ Un véhicule de l'ONU dans les rues de Mitrovica, dans le nord du Kosovo, le 17 mars 2008
Sandrine Cochard