vendredi 28 mars 2008 à 05:14
Au Moyen-Orient, un nouvel impérialisme américain
Censée promouvoir la démocratie, la stratégie américaine de Bush dans la région a fragilisé les mouvements démocrates, renforcé les dictatures et les mouvements fondamentalistes.
Village du monde
« Quelle est
la responsabilité des États-Unis dans l'exacerbation
des tensions au Liban,
dans les territoires palestiniens, au Maghreb ? »
Avec Jim Cohen, universitaire américain, Jacques Fath, chargé
des questions internationales au PCF, Abdel Amin al Atassi, Syrien, et Hassane Zerrouky, journaliste
à l'Humanité.
En clôture des débats sur le Moyen-Orient qui ont animé le Village du monde, la discussion sur les « Dangers et périls d'une stratégie impérialiste » a mis en avant les logiques, contradictions et conséquences de la politique de George Bush dans la zone depuis cinq ans. Influencé par le cercle des néoconservateurs qui, comme l'a rappelé l'universitaire Jim Cohen, ont cherché à faire de « l'islam, défini de façon large » le nouvel ennemi des États-Unis après la chute de l'URSS, le président américain a lancé dans la foulée de la guerre en Afghanistan sa stratégie du « Grand Moyen-Orient », véritable entreprise de redéfinition de la zone dans laquelle se sont inscrits, de l'aveu même de Washington, les conflits en Irak et au Liban. Pour Jacques Fath, chargé des questions internationales au sein du PCF, Bush poursuit avec ce plan « deux grands objectifs : mener la "normalisation" de l'ensemble de la région, et surtout des pays qui n'acceptent pas le consensus proaméricain comme la Syrie et l'Iran (…) et préparer les positions de son pays dans la nouvelle configuration énergétique à l'échelle des dix, vingt ou trente prochaines années ».
Présentée comme le moyen d'imposer la démocratie et l'économie de marché dans tous les pays de la zone, la stratégie du Grand Moyen-Orient a jusqu'à présent abouti à des résultats absolument inverses. D'abord parce que, comme l'a rappelé le spécialiste de l'Humanité sur la question de l'islamisme, Hassane Zerrouky, « les États-Unis ont mené une politique de soutien aux dictatures » arabes (Égypte, Maroc) pour qu'elles relaient leur « guerre contre le terrorisme » - et ce en usant notamment de la torture. Ensuite, parce que l'exacerbation des tensions dans la région, et particulièrement le soutien sans condition à Israël, a « profité avant tout aux forces les plus conservatrices » qui ont failli s'imposer dans tous les pays de la région, a rappelé Hassane Zerrouky, de l'Algérie à l'Égypte. Au Liban, le Hamas, force fondamentaliste, est sorti renforcé du conflit de cet été alors qu'Israël avait conçu cette offensive « pour diviser les Libanais en retournant le pays » contre ce même Hezbollah, fait remarquer Jim Cohen. Ce dernier fait aussi remarquer qu'aux États-Unis, la politique extérieure de George Bush est de moins en moins populaire alors que la guerre en Irak l'avait d'abord - renforcé.
Tous ces échecs, sans oublier bien sûr le bourbier irakien, n'empêchent pas le président américain de continuer à menacer l'Iran et la Syrie. « Il ne s'agit pas de soutenir les régimes de ces pays, mais d'empêcher une nouvelle ingérence » et agression armée, précise Jacques Fath. Venu de Damas, Abdel Amin al Atassi a dit au nom des démocrates de son pays « la difficulté d'être à la fois contre la logique impérialiste [de Bush] et contre les dictatures ». Ou comment la politique américaine a fini par piéger ceux-là mêmes qu'elle prétendait venir soutenir avec sa stratégie du Grand Moyen-Orient.
Paul Falzon
Ce message a été modifié par rigel - vendredi 28 mars 2008 à 05:14.