jeudi 04 mai 2006 à 19:23
J'ai trouvé un article sur le reportage de Canal + dont je parlais :
"Ce documentaire revient sur les événements décrits ci dessus, mais apporte en outre d'autres éléments intéressants. Il démontre en particulier qu'il n'y a pas dans le cadre du suaire de Turin une seule vérité scientifique, que la peur de la récupération religieuse, les convictions de certains (souvenez vous), et le caractère explosif de ces recherches peuvent conduire à des interprétations scientifiques hétéroclites. Les auteurs signalent avec justesse, que s'il avait s'agit d'une momie égyptienne, la polémique n'aurait pas été si intense. Le fait qu'il puisse s'agir de l'empreinte de celui que nombre de gens dans le monde considèrent comme un Dieu vivant et ressuscité embarrasse autant les scientifiques que l'Eglise elle-même.
Cette dernière en effet a démontré un zèle empressé à annoncer que les premières datations (indiquant une origine médiévale) prouvaient que le suaire était un faux. Ce qui pourrait ressembler à un souci de modernité et de rationalité de la part des instances officielles de l'Eglise, cache mal en fait une inquiétude par rapport aux résultats : si l'empreinte est bien celle d'un homme crucifié au début de notre ère en Palestine, et si on parvenait à démontrer que c'est bien le corps de Jésus Christ, les analyses de sang démontrent qu'il s'agit d'un humain avec un chromosome X et Y, comme tout le monde, ce qui indiquerait qu'il ait eu un père de chair. Ainsi tout le mythe de la Virginité de Marie (avant et après l'Immaculée conception) s'en trouverait fortement ébranlé. Le documentaire nous dévoile également la lutte incessante et très forte entre différents courants de l'Eglise : l'affaire du suaire met en exergue les tensions entre les rationnels et les fondamentalistes, sur tout ce qui concerne le « miraculeux » (comme les apparitions de la Vierge), à tel point qu'un religieux du Vatican affirme qu'il existerait des possibilités de schisme à ce sujet.
L'enquête s'intéresse également à deux autres reliques : la Tunique d'Argenteuil, conservée dans la basilique Saint-Denis, qui serait l'un des vêtements portés par Jésus sur le chemin de croix, offerte par Irène, l'impératrice de Byzance, à Charlemagne. André Marion un ingénieur optique, a analysé celle ci et estime que les traces de sang (de groupe AB également) coïncident avec celle du suaire de Turin. Cependant une analyse faite printemps 2004 démontre un tissage de la tunique aux alentours de 700 après JC. Enfin le Sudarium d'Oviedo, conservé dans la cathédrale d'Oviedo depuis le VIII ème siècle, est un tissu censé avoir recouvert la tête du Christ à sa descente de la croix. 70 taches de sang, analysées coïncident avec les blessures du suaire de Turin, le groupe est également AB, et les pollens retrouvés dans le tissu concordent avec ceux trouvés sur le linceul de Turin. Le débat sur l''authenticité de ces 3 reliques reste donc ouvert.
Enfin, et c'est la sa pièce centrale, le documentaire, revient sur l'intention de scientifiques convaincus de cloner (!) l'individu (à savoir peut-être Jésus Christ). En 1988 Garza Valdes un microbiologiste du Texas remet au pape Jean-Paul II, un rapport de 800 pages intitulé The ADN of God (« l'ADN de Dieu »), lui évoquant la possibilité technique (la nécessité selon lui) de cloner le Christ à partir du sang sur le Saint-Suaire. Jean-Paul II n'étant pas favorable à tout cela, Valdes revient à la charge en 2005 auprès de Benoît XVI. Depuis c'est le black-out, pour le Vatican, cela pourrait être une preuve de la Résurrection , mais la peur de cloner le Christ, avec tous les problèmes philosophiques, théologiques que cela implique, font froid dans le dos des prélats.
Axel Kahn, un généticien menbre du Comité Consultatif National d'Ethique doute de la possibilité de parvenir à un clonage humain à l'heure actuelle (trop compliqué pour l'instant), il doute également de l'intégrité de l'ADN qu'on pourrait prélever sur le suaire, puisqu'il y aurait besoin d'une cellule vivante pour entreprendre un processus complet.. Gérard Lucote généticien à Paris, lui, affirme que c'est possible et posséderait même un extrait d'ADN prélévé sur une cellule vivante(!) présente sur la Tunique d'Argenteuil. Il aurait pu comparer celui ci avec l'ADN du sang du Saint Suaire, et cela concorderait. Il faut dire que depuis le premier prélèvement de 1978, il existerait un véritable trafic de fibres du suaire à travers le monde, et que nombre de groupes intégristes et sectaires essaieraient de se les arracher pour lancer une procédure (coûteuse) de clonage. L'enquête offre une interview de Raël (voir dossier sur les sectes soucoupiques) et de sa disciple la généticienne Brigitte Boisselier, fervents partisans du clonage humain, et qui affirment être parvenus, sans le prouver, à la naissance de plusieurs bébés clonés depuis 2002. Le procédé s'avère, du moins en théorie, techniquement possible.
Conclusion :
Il est assez amusant de voir que dans le cas du suaire de Turin, ce sont plus certains scientifiques qui sont les supporters de l'authenticité de la relique, même si ils sont fortement divisées sur l'interprétation des résultats. L'Eglise quant à elle, après avoir déclaré haut et fort qu'il s'agissait d'un faux, semble plus embarrassée qu'autre chose, et elle aussi divisée sur le sujet. Son absence de commentaires est assez significative. On notera l'engouement extrême que peut susciter ce fameux objet, le documentaire de Canal + affirme qu'il a rendu fou certains chercheurs, qui y ont consacré leur vie, et la tentation actuelle de certains de cloner l'ADN présent dans le sang de la relique vient renforcer cette idée. Si l'identité du personnage dont l'empreinte apparaît sur le linge, s'avère être authentiquement celle du Christ, il s'en suivrait des questions explosives philosophiquement, déontologiquement, théologiquement, sur la suite à donner à ces analyses que ce soit pour les scientifiques ou pour l'Eglise. De quoi devenir fou, en effet. Quant aux causes de l'empreinte, que ce soit une magnifique supercherie, ou un phénomène particulièrement étrange (pourquoi pas une combustion spontanée ?), le débat reste ouvert, la science parviendra peut être dans les prochaines années à apporter des réponses concrètes."
source :
ici