Saturday 06 May 2006 à 20:03
La quasi-totalité des études scientifiques menées sur le linceul de Turin jusqu'en 1988, des travaux du chirurgien Barbet dans les années 1930 jusqu'à ceux des chercheurs du STURP à partir de 1978, étaient favorables à l'authenticité de la relique, ou, tout au moins, ne s'y opposaient pas : études du tissu penchant pour une origine antique et moyen-orientale,pollens et poussières caractéristiques de la Palestine, traces de sang humain du groupe AB (le plus rare), données anthropologiques, ethnologiques et archéologiques concordant avec un Juif du Moyen Orient, études médicales et anatomie des blessures montrant la conformité aux Evangiles et aux connaissances anatomiques et physiologiques du XXe siècle, caractéristique de l'image corporelle et réfutation de la thèse de la peinture, etc...
C'est alors que la datation au carbone 14 de 1988 fit l'effet d'une bombe : situant l'époque de la fabrication du tissu entre 1260 et 1390, elle relançait avec force la thèse du faux d'origine médiévale. Ce résultat est aujourd'hui sérieusement remis en question, et nombre d'éléments plausibles, peut-être combinés entre eux, permettraient d'expliquer l'écart observé ; en particulier l'efficacité douteuse des procédures de nettoyage et le choix d'échantillons de tissus plus récents que le linceul et donc non représentatif comme vient de le démontrer Raymond Rogers.
Par ailleurs, plusieurs travaux récemment effectués invalident la datation de 1988 et vont à nouveau dans le sens de l'authenticité : nouvelle étude des pollens menée par les Israéliens Danin et Baruch, qui confirme les résultats antérieurs ; lors de la restauration du linceul en 2002, découverte de couture caractéristique d'une ville antique et palestinienne, ainsi que les traces de plis pouvant correspondre aux dimensions du mandylion [tissu censé avoir voyagé par Edesse dans l'Antiquité]; mise en évidence, à l'Institut d'optique d'Orsay, d'inscriptions grecques et latines situées autour du visage et dont l'origine est très probablement antique ; conparaison des caractéristiques relevées sur les trois linges de la Passion, dont les pollens et les groupes sanguins, qui tendent à une authentification mutuelle de ces reliques.
Quoiqu'il en soit, l'origine toujours non élucidée de l'image corporelle, ses caractéristiques étonnantes et contradictoires - planéité parfaite, négativité, tridimensionnalité, absence de direction privilégiée, superficialité, structure "pixelisée" - qui font que, dans l'état actuel de la science, on ne sait pas recréer sur un tissu une image analogue, sont des éléments suffisants pour exclure la thèse du faussaire, fût-il du Moyen Age ou d'une autre époque.
[...] Même s'il ne faut rien exclure, la conjonction simultanée de tous ces facteurs [de ressemblance à Jésus par un martyrisé quelconque] peu probables a elle-même une probabilité, appelée probabilité composée, qui dvient infime... Il apparaît donc que l'hypothèse du faussaire médiéval ne tient pas ; celle d'un faussaire d'une autre époque n'est pas d'avantage crédible. Il faut donc admettre que le linceul de Turin ne peut être que l'authentique linceul d'un authentique crucifié, tout laissant à penser, excepté la datation au carbone 14, qu'il s'agit d'un crucifié de l'Antiquité. Mais qui est ce crucifié ? Un illustre inconnu ? Tous les indices dont on dispose montrent que le plus vraisemblable est que ce personnage soit effectivement Jésus de Nazareth. Bruno Barberis, directeur du Centro internazionale di sindologia de Turin a estimé, calculs à l'appui, que la probabilité pour que l'on retrouve toutes les caractéristiques de l'homme du linceul sur un autre crucifié [que Jésus] était d'une chance sur deux cents milliards...
En tout cas, bien que l'on ne possède aucune preuve absolue, le faisceau de présomptions est tel qu'il semble auourd'hui possible d'affirmer que le linceul de Turin est très probablement une relique authentique.
André Marion, Gérard Lucotte, Le linceul de Turin, Paris, Presses de la Renaissance, 2006, pp. 129-132
PS : Garulfo, la majorité des scientifiques ayant travaillé sur le suaire sont convaincus de l'authenticité du Suaire. Je ne parlais pas des "scientifiques" en général, dans lesquels tu sembles t'inclure.
Ce message a été modifié par drzz - Saturday 06 May 2006 à 20:05.