Sunday 06 May 2007 à 05:57
LAICITEsamedi 5 mai 2007, 22h06Turquie: manifestations des laïcs avant un nouveau vote pour la présidencePar Burak AKINCIANKARA (AFP) - Des manifestations pour la laïcité se sont déroulées samedi dans plusieurs villes turques, avec en ligne de mire le parti au pouvoir issu de la mouvance islamiste, à la veille d'un nouveau tour de vote au Parlement pour désigner le chef de l'Etat.
A Manisa, petite ville de l'ouest, quelque 80.000 manifestants, selon la police, venus des villes voisines, ont dénoncé le Parti de la Justice et du Développement (AKP) et ses agissements anti-laïques, selon eux, en scandant "la Turquie est laïque et le restera".
"Nous ne voulons pas de l'imam Erdogan (ndlr: le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan) et de son protégé Abdullah Gül", le ministre des Affaires étrangères qui a échoué de peu à être élu président, le 27 avril au Parlement, expliquait une jeune femme.
En choisissant Manisa, les organisateurs du rassemblement entendaient s'en prendre au président du parlement, Bülent Arinç, député de la région et figure influente de l'AKP, considéré comme une menace au régime laïque.
Il avait provoqué une controverse en déclarant que le prochain président serait un "croyant".
Deux autres manifestations réunissant respectivement 25.000 et 7.000 personnes, selon les chaînes de télévisions, se sont déroulées au même moment à Canakkale (nord-ouest) et Marmaris (sud-ouest).
Ces manifestations s'inscrivent dans la lignée de celles d'avril à Ankara et Istanbul, qui ont réuni à chaque fois un million de personnes.
Une nouvelle manifestation est prévue le 13 mai à Izmir (ouest), troisième ville du pays.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2002, l'AKP est soupçonné de vouloir islamiser la Turquie. L'armée l'a accusé en termes très durs, dans un communiqué publié le soir même du vote au parlement, de miner la laïcité.
Le gouvernement a riposté avec virulence.
Quatre jours plus tard, la Cour constitutionnelle, arguant d'une question de quorum, a annulé le vote au parlement et la crise n'a pu être désamorcée qu'avec la convocation par l'AKP d'élections législatives anticipées le 22 juillet.
Un nouveau tour de vote est prévu dimanche au parlement mais M. Gül n'a pratiquement aucune chance d'être élu, l'opposition ayant annoncé qu'elle boycotterait à nouveau le scrutin. Or l'AKP ne détient pas les deux-tiers des sièges requis pour faire passer son candidat.
Le président de la République est censé être le garant des principes de la République laïque créée par Mustafa Kemal Atatürk.
Abdullah Gül est un ancien islamiste et son épouse porte le foulard, une hérésie pour les milieux laïques.
Conscient que son candidat a peu de chances d'être élu par les députés, l'AKP a déposé vendredi au parlement une réforme constitutionnelle prévoyant l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel, pour un mandat de cinq ans renouvelable, au lieu de l'actuel mandat unique de 7 ans.
Plusieurs dispositions du projet ont été adoptées samedi par une commission parlementaire.
Dans une interview au journal britannique Financial Times, M. Gül a dit espérer être le candidat de son parti à un scrutin au suffrage universel.
"Je suis soutenu par 70% des gens", a-t-il affirmé, se disant sûr d'être élu dès le premier tour de vote populaire.
Voir aussi autres articles sur la situation turque ;
http://fr.fc.yahoo.com/r/religion.html