Friday 10 August 2007 à 07:58
09-08-2007
par Alphonse Safari Byuma
Rwanda
Contraception : les religions changent de ton(Syfia Grands Lacs/Rwanda) Au Rwanda, hier encore craintives à l'idée d'aborder publiquement la question des contraceptifs, les religions prennent désormais plus ou moins ouvertement position. Dans ce petit pays, de plus en plus peuplé, la question de la limitation des naissances est devenue un enjeu majeur de société.
Les fidèles de l'Église catholique, qui représentent près de la moitié de la population du Rwanda, ne savent plus très bien sur quel pied danser en matière de contraceptifs. "Tantôt ils sont contraires à la volonté du Créateur, tantôt ils permettent de maîtriser utilement son avenir", soulignent différents agents de l’Hôpital catholique de Kabgayi, situé au centre du pays. "Les infirmières proposent discrètement aux femmes des pilules et des préservatifs, afin de ne pas compromettre au grand jour la philosophie de l'Église", confie une infirmière de ce même hôpital.
Officiellement, l'Église catholique reste en effet opposée au condom. Elle milite plutôt en faveur des méthodes qu'elles jugent plus "naturelles" : coït interrompu, collier du cycle (absence de rapports pendant l'ovulation) et abstinence. Dans les faits, ses établissements sanitaires prescrivent pourtant des pilules et des préservatifs. "L'Église n’est pas catégorique. Nous avons un service de planning familial, et il revient à chaque femme de choisir le contraceptif qui lui convient", témoigne une infirmière du centre de santé Nyiranuma, dirigé par des religieuses dans le quartier populaire de Nyamirambo, dans la capitale.
Archevêque de Kigali, Thaddée Ntihinyurwa ne nie pas l'existence de cette pratique dans les centres de santé et les hôpitaux gérés par son Église : ″Si les religieuses prescrivent aux mères des préservatifs et des méthodes autres que celles naturelles, c'est une erreur. Et nous leur demanderons d'y renoncer."
Lever les ambiguïtés
Au Rwanda, plusieurs voix demandent plutôt à l'influente Église catholique de contribuer sans ambiguïté à la limitation des naissances en encourageant les gens à utiliser tous les moyens de contraception à leur disposition. Dans ce petit pays (26 338 km2), l'augmentation continue du nombre d'habitants (8,3 millions en 2003, 9,2 millions en 2007 et 10,5 millions attendus en 2012) est en effet problématique. Si rien n’est fait, d'ici 20 ans, chaque km2 du territoire devrait ainsi avoir à supporter 180 personnes de plus. Préoccupant, quand on sait que la densité était déjà de 321 habitants/km2 en 2002... La pression sur les terres, ressource vitale de l'économie, risque donc encore de s'accentuer. D'autant plus que l'indice synthétique de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme) n'a quasiment pas bougé ces dernières années : 6,2 enfants par femme en 1992 contre 6,1 en 2005…
"Les églises devraient aider le gouvernement à s’en sortir. Malheureusement, elles ne s'y lancent pas considérablement", remarque Baudouin Ruterana, directeur des statistiques démographiques et sociales à l'Institut national de la statistique du Rwanda. Après les travaux communautaires (umuganda), au moment où les autorités parlent avec les gens de la limitation du nombre d'enfants, les églises sont encore aux abonnés absents.
Certaines d'entre elles adoptent cependant un discours plus ouvert. "Depuis que le gouvernement nous a parlé de l’explosion démographique, nous nous sommes engagés à l'aider. Avoir beaucoup d'enfants pèse sur la vie socioéconomique et spirituelle des chrétiens", explique Thérèse, pasteur de l'Église presbytérienne au Rwanda. D'après elle, son église organise ainsi, une fois par mois, une séance d'éducation sexuelle et de planning familial destinée aux jeunes. "Nous demandons aux couples de consulter le médecin. Aucune restriction n'est émise sur tel ou tel contraceptif", précise-t-elle. Selon Lewi Muhoza, pasteur de l'Église protestante Emmaüs Christian Mission à Kigali, beaucoup d'autres églises organiseraient ce genre de séances.
Planification et sanctions
D'autres confessions vont plus loin, du moins dans les discours. "Rejeter le préservatif et faire beaucoup d’enfants est un acte criminel et suicidaire", affirme sans détour cette musulmane parlementaire. Chargé de l’enseignement de la langue arabe au Rwanda, Cheikh Sindayigaya précise que le condom est recommandé, mais seulement aux couples : "L’homme qui planifie pour son foyer est intelligent, et l'intelligence vient de Dieu."
Apparentée à l'Islam, la Foi Bah'aie est sur la même ligne de conduite. "Dieu nous demandera un jour de rendre des comptes. Les décisions maladroites, comme celle de mettre au monde beaucoup d'enfants dans une vie misérable, sans avoir pris la moindre précaution, seront sanctionnées", affirme Magy, adepte de cette religion originaire d'Iran.
Dans certaines régions, les autorités n'ont pas attendu les religieux pour prendre des mesures d'urgence. "En province du Nord (Byumba et Ruhengeri) où la polygamie bat son plein, un homme qui épouse une seconde femme est désormais passible d'une amende de 10 000 Frw (18 $). Trop pauvres, la plupart d'entre eux ne sont cependant pas en mesure de payer…", déplore un dirigeant d'une entité administrative de cette province.
Par ailleurs, un projet de loi sur la limitation des naissances est, depuis un an, à la chambre des députés. Difficile de trouver un compromis sur la question... Si bien que la loi tarde à être votée "Peut-être qu'elle contraindrait les irresponsables !", s'emporte encore ce dirigeant.
http://syfia-grands-lacs.info/index.php5?v...p;idArticle=722
Ce message a été modifié par Okomarac - Friday 10 August 2007 à 07:59.