Wednesday 13 June 2007 à 10:00
Combat laïque
Christine Boutin et la Halde unis contre la laïcitéPar Pierre Cassen
Mardi 12 juin 2007
Christine Boutin est aujourd’hui ministre du Logement. Logique, puisqu’elle a longtemps menacé Nicolas Sarkozy de se présenter contre lui aux présidentielles, avant de renoncer à ce projet. Dès la nomination de la députée de Rambouillet au gouvernement, des organisations laïques et féministes comme l’Ufal avaient exprimé leur indignation, expliquant que la nomination de la conseillère diplomatique du Vatican, nostalgique de l’ordre moral, était une insulte pour les féministes et les laïques de ce pays. La suite des événements montre que ces protestations étaient légitimes.
Après avoir nommé un intégriste catholique, Jean-Paul Bolufer, comme directeur de cabinet, Christine Boutin vient de nommer un prêtre catholique, Jean-Marie Petitclerc, dans son ministère, comme chargé de mission auprès de son cabinet, avec l’argument de « l’expérience des quartiers » qu’on lui prête. Ce prêtre a auparavant officié au conseil général des Yvelines, où siège Christine Boutin.
Avec de tels arguments, on imagine facilement les imams, pasteurs, prêtres ou rabbins, en fonction de certaines réalités locales, demander à devenir des interlocuteurs officiels des municipalités, conseils généraux ou régionaux, voire, au nom de l’égalité des religions, d’être à leur tour chargés de mission dans d’autres ministères.
Respublica avait informé ses lecteurs de l’action de laïques, à Limoges, qui avaient saisi le tribunal administratif, contre la Chambre de Commerce et de l’Industrie, qui avait décidé de prendre quatre consultants, issus de quatre religions différentes, pour que les chefs d’entreprise s’adaptent aux spécificités de chaque Eglise.
La nomination d’un prêtre dans un ministère, proposée par Christine Boutin et non récusée par le président de la République et son Premier ministre, est une entorse grave aux principes laïques de séparation du religieux et du politique.
Masquée derrière son poste de ministre du logement, Christine Boutin est le fer de lance, au sein du gouvernement Fillon, de toutes les Eglises qui revendiquent un rôle politique incompatible avec les principes laïques de notre pays.
Dans la même période, on apprend que la Halde continue de dévoyer gravement la mission qui lui a été confiée de lutter contre les discriminations, en voulant absolument légitimer le voile islamique dans des lieux hautement symboliques de la République, comme les préfectures, lors de l’obtention de la nationalité française, ou les écoles, lors des sorties scolaires.
Elle prétend, d’autre part, se substituer aux autorités judiciaires, alors qu’elle n’est qu’un organe de consultation, et, dans les principes républicains, n’a aucune légitimité pour cela.
La Halde et Christine Boutin ont, chacun leur registre, une partition complémentaire qui ne peut que convenir au nouveau président de la République. Nicolas Sarkozy voulait toiletter la loi de 1905, et il a affirmé y renoncer, quelques semaines avant le premier tour des présidentielles. Mais il a utilisé de tout temps la religion musulmane, qu’il victimise et instrumentalise, pour remettre en cause des principes laïques fondamentaux. Aujourd’hui, c’est la bataille autour de la légitimité du voile dans des lieux hautement symboliques, demain, ce sera, dans l’esprit de la commission Machelon, au nom de l’égalité des religions, l’autorisation pour les élus locaux de financer la construction de mosquées, de temples évangéliques ou autres nouveaux lieux de cultes, sans risquer de se retrouver au tribunal administratif.
Ce n’est pas Christine Boutin, qui était invitée l’an passée par les intégristes de l’UOIF au Bourget, qui protestera contre une telle décision.
Toutes les Eglises ont compris que grâce à l’action conjuguée de la gauche communautariste, qui relaie l’offensive islamiste contre la République, et de Christine Boutin au gouvernement, il y avait du grain à moudre sous un gouvernement Sarkozy. Aux laïques de ce pays de montrer une vigilance et une mobilisation suffisante pour construire un rapport de forces qui mette en échec une offensive qu’on sent venir de loin.
Resrepublica