Ingrid Betancourt est vivante, selon un ex-compagnon de captivité"La dernière fois que je les ai vus, c'était le 28 avril cette année", a affirmé ce policier, John Frank Pinchao Blanco, interrogé lors d'une conférence de presse à Bogota sur le sort de Betancourt et des Américains.Le policier est apparu très amaigri par 17 jours d'errance dans la jungle amazonienne près de la frontière avec le Brésil et plus de huit ans de détention aux mains des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC - guérilla marxiste).
Souffrant de dénutrition, les mains abîmées, la voix cassée, le policier a raconté en pleurant ses conditions de détention, enchaîné la nuit par le cou aux autres otages des guérilleros. Evoquant sa fuite, il a dit craindre des représailles contre ses anciens compagnons.
Dans son groupe, a-t-il dit, se trouvaient Ingrid Betancourt, les trois Américains, l'ancien sénateur Luis Eladio Perez, et sept autres policiers.
Le 28 avril "a été la dernière occasion où j'étais en compagnie des trois nord-américains, Keith, Tom, Mark. Mark a maintenant des problèmes d'hépatite", a-t-il ajouté.
Les trois Américains, Marc Gonsalves, Keith Stansell et Thomas Howes, avaient été capturés par les FARC le 13 février 2003 quand l'avion dans lequel ils effectuaient une mission antidrogue avait été abattu par les rebelles dans le Caqueta (à 350 km au sud-ouest de Bogota).
Pinchao a aussi indiqué qu'il avait rencontré, toutefois sans donner de date précise, l'adjointe d'Ingrid Betancourt, Clara Rojas, au moment où les prisonniers avaient été séparés en petits groupes. "Pendant la marche de séparation, j'ai vu Clara et je l'ai simplement saluée", a-t-il dit en confirmant qu'elle avait eu un enfant avec un guérillero des FARC. "Elle a eu un enfant qui aujourd'hui doit avoir plus ou moins trois ans. Je sais seulement qu'il s'appelle Emmanuel", a-t-il ajouté.
Clara Rojas et Ingrid Betancourt sont otages depuis le 23 février 2002. Elles ont été enlevées par les FARC pendant la campagne présidentielle à laquelle Ingrid Betancourt se présentait comme candidate des Verts colombiens.
L'ex-otage a encore raconté que les camps de prisonniers de la guérilla étaient souvent détectés par l'armée colombienne, ce qui les forçait à fuir. "En plusieurs occasions, nous avons eu des hélicoptères (militaires) au-dessus de la tête et avons chanté victoire", a-t-il encore raconté, confirmant ainsi la réalité de l'option militaire choisie par le président Alvaro Uribe pour la libération des otages.
"Mais, a-t-il ajouté, nous savions aussi ce que signifiait la libération par la force. Les guérilleros nous avaient averti qu'en cas d'impossibilité de fuite, ils devaient nous tuer". Les séquestrés "sont déjà résignés à mourir d'une balle de guérillero ou pendant la libération par la force publique", a assuré le sous-officier.
Encadré par le ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, et le directeur de la police, le général Oscar Naranjo, le policier affublé d'une chaîne autour du cou et d'un cadenas à la main, semblait perdu dans cette mise en scène organisée par la présidence.
M. Pinchao avait été enlevé le 1er novembre 1998 lors d'une attaque des FARC à Mitu, la capitale provinciale, qui avait fait des dizaines de morts et permis la prise d'autres otages. Il a retrouvé dans la nuit de mercredi à jeudi ses parents et ses trois soeurs.
La famille de la Franco-colombienne Ingrid Betancourt a fait part à l'AFP de son "espoir" et de sa "grande joie" jeudi, après le témoignage d'un ex-otage parvenu à s'échapper.
"C'est un grand espoir pour nous. C'est la première fois en cinq ans que quelqu'un dit avoir vu ma mère. C'est un témoignage très fort", a déclaré Mélanie Delloye-Betancourt, 21 ans, la fille d'Ingrid Betancourt.
"Etant donné que cela fait quatre ans qu'on n'a aucune preuve de vie de ma mère, si quelqu'un peut confirmer qu'il l'a vue depuis cette date, c'est une grande joie", a ajouté Mélanie Delloye-Betancourt, qui vit à Paris.
Mais selon Mélanie Delloye-Betancourt, "il est un peu confus après une captivité aussi longue et on ne sait pas exactement s'il a voulu dire qu'il a vu ma mère en avril de cette année ou il y a deux ans et demi".
"Il est clair que quelqu'un l'a vue et qu'elle et sa directrice de campagne (Clara Rojas, enlevée en même temps que la Française) sont vivantes et quelque part dans cette région de la forêt colombienne", a-t-elle ajouté.
La Fédération Internationale des Comités Ingrid Betancourt (FICIB) a exprimé le "grand soulagement pour leurs familles" d'apprendre qu'Ingrid Betancourt et Clara Rojas "sont bien en vie", et le Comité de soutien à Ingrid Betancourt a dit avoir appris "avec joie" la teneur des déclarations du policier évadé.
Les FARC, première guérilla de Colombie avec 17.000 hommes, réclament la libération de 500 de leurs hommes contre celle de 56 otages dont trois Américains et la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt.
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