Le president a vie Turkmene est mort.
Turkménistan: le président Saparmourat Niazov est mort, sa succession s'organiseAFP.

Le président du Turkménistan Saparmourat Niazov, qui dirigeait ce pays d'Asie centrale d'une main de fer depuis 21 ans, est décédé jeudi à l'âge de 66 ans, plongeant cette ex-république soviétique dans l'incertitude, malgré la nomination d'un chef de l'Etat intérimaire.
"Le président est mort d'un arrêt cardiaque à 01H10" (20H10 GMT mercredi), a annoncé la télévision avec en fond d'écran le drapeau turkmène et un portrait du président encadré de noir.
Les funérailles auront lieu dimanche, a-t-elle ajouté, tandis qu'un deuil national de sept jours était décrété.
Le corps du chef de l'Etat sera exposé dimanche au Palais présidentiel à Achkhabad pour des adieux nationaux à partir de 04H00 GMT.
Le cortège partira ensuite pour son village natal, Kiptchak, à une quinzaine de kilomètres de la capitale, où la dépouille de Niazov reposera dans le mausolée familial aux côtés de ses parents, décédés alors qu'il était enfant.
Les premiers indices d'une bataille pour succéder à celui qui se faisait appeler Turkmenbachi (Leader de tous les Turkmènes) sont apparus quelques heures seulement après l'annonce de sa mort.
Le gouvernement et le Conseil de sécurité ont annoncé dans un communiqué commun que le vice-Premier ministre turkmène Gourbangouly Berdymoukhammedov avait été nommé président par intérim bien que, selon la Constitution, ce rôle revienne au président du Parlement Ovezgeldy Ataïev.
Selon le communiqué, le Parquet a ouvert une enquête à l'encontre de M. Ataïev, ce qui l'écarte a priori de la course à la succession. Saparmourat Niazov utilisait constamment ce procédé de poursuites judiciaires pour se débarrasser de responsables tombés en disgrâce.
La loi fondamentale turkmène prévoit qu'une élection présidentielle doit avoir lieu dans les deux mois qui suivent la nomination du président par intérim.
Le Conseil populaire du Turkménistan, une assemblée de hauts responsables du pays qui devrait organiser la succession, doit avoir "une réunion extraordinaire" mardi sur ce sujet.
Dans ce contexte M. Berdymoukhammedov, un dentiste de formation devenu ministre de la Santé en 1997 et vice-Premier ministre quatre ans plus tard, fait pour l'heure office de favori, d'autant que l'organisation des funérailles lui a été confiée, un rôle réservé au successeur dans la tradition politique soviétique.
Mais en l'absence d'un héritier désigné, la mort de Niazov laisse le pays dans le flou.
Les observateurs craignent notamment que le Turkménistan ne bascule dans l'instabilité, les immenses réserves de gaz naturel du pays pouvant attiser les convoitises des différents responsables politiques.
A Moscou, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a d'ailleurs appelé à une passation de pouvoir "dans la légalité" pour préserver la "stabilité" en Asie centrale.
L'Union européenne a par sa part appelé à une succession "en conformité avec les normes internationales".
"Je m'attends à un certain chaos et à des combats politiques", a jugé pour sa part Edouard Poletaïev, le rédacteur en chef de la revue La Paix en Asie, dont le siège est à Almaty.
Un communiqué du gouvernement et du Parlement turkmène, s'est voulu rassurant, annonçant la poursuite de "la politique intérieure et extérieure" du président Niazov et le respect de "toutes (les) obligations et accords internationaux" du Turkménistan.
Tous les drapeaux turkmènes étaient en berne jeudi dans la capitale. Toutes les télévisions et les radios ont interrompu leurs programmes et diffusaient de la musique funèbre.
M. Niazov avait été nommé à la tête du Turkménistan en 1985, quand cette république faisait encore partie de l'URSS.
Président à vie depuis 1999, il avait créé autour de lui et de certains membres de sa famille un culte délirant de la personnalité, fondement de son régime, l'un des plus répressifs et fermés au monde.
Il avait par exemple rebaptisé tous les mois de l'année, transformant notamment le mois de janvier en "Turkmenbachi". Saparmourat Niazov se posait aussi en poète et en écrivain et l'étude de son ouvrage de référence, le Roukhnama, était imposée à tous les étudiants et tous les fonctionnaires.
Mais son régime se caractérisait avant tout par la répression systématique de toute forme d'opposition.
Bête noire des défenseurs des droits de l'Homme, Turkmenbachi contrôlait toutes les arcanes du pouvoir, occupant aussi bien la présidence que les postes de chef de gouvernement et de dirigeant du seul parti politique autorisé.
Régulièrement, des rumeurs sur la santé de Saparmourat Niazov faisaient état de malaise cardiaque ou de crise de diabète. En octobre, il avait lui-même dit prendre des médicaments trois fois par jour pour une "maladie au coeur" et il avait subi en 1997 un pontage coronarien.