Cinq prostituées tuées à Ipswich: la police anglaise dans une course contre la montreAFP.

La police anglaise était engagée mercredi dans une véritable course contre la montre, après la découverte des corps de cinq prostituées en dix jours près de la ville d'Ipswich (est), où l'effervescence de Noël a brutalement cédé la place à la peur.
La police n'avait toujours pas formellement identifié mercredi soir les deux corps découverts mardi dans la campagne au sud-est de cette ville de 140.000 habitants. Mais le commissaire en charge de l'enquête, Stewart Gull, a implicitement confirmé dans l'après-midi qu'il s'agissait de deux prostituées d'Ipswich, portées disparues depuis la semaine dernière, expliquant sur Sky News qu'il avait "vraiment espéré les retrouver vivantes".
Et il a souligné les "similitudes frappantes" entre les cinq affaires: les corps avaient tous été dénudés, ce qui complique la recherche d'indices. Le ou les meurtriers s'en sont débarrassés dans un endroit autre que celui où les jeunes femmes ont été tuées.
Le scénario macabre et son audace ont de quoi faire frémir.
Gemma Adams, 25 ans, a été retrouvée la première, le 2 décembre, dans un cours d'eau près de Hintlesham à l'ouest d'Ipswich, une ville située à 140 km de Londres. Elle avait disparu le 14 novembre.
Tania Nicol, 19 ans, qui avait elle disparu le 30 octobre, est retrouvée six jours plus tard, le 8, nue également, à quelques kilomètres de là plus au sud, dans le même cours d'eau.
Puis les découvertes, toutes dans un rayon de quelques kilomètres carrés s'accélèrent.
Le 10 décembre, Anneli Alderton, 24 ans, est découverte étranglée et nue dans un bois à Nacton, au sud-est d'Ipswich. Personne n'avait même signalé sa disparition.
Et le 12, la police découvre deux nouveaux corps à 150 mètres de distance, très probablement ceux d'Annette Nicholls, 29 ans, et Paula Clenell, 24 ans, toujours près de Nacton, à Levington.
La première n'avait pas été vue depuis le 7 décembre, mais la deuxième était encore vivante samedi.
Peu avant, elle avait même confié à un journaliste local qu'elle était inquiète, mais qu'elle allait continuer à travailler car elle avait "besoin d'argent".
Selon le Guardian, elle était mère de trois petites filles.
Mercredi, la police, muette sur les détails de son enquête, s'est félicitée de la réponse du public, dans une ville aux rues désormais quasi-désertes la nuit, où la plupart des prostituées ont quitté leur bout de trottoir.
Les enquêteurs ont reçu pendant la seule journée de mardi 2.199 appels téléphoniques, a précisé le commissaire Gull.
L'hebdomadaire populaire News of the World, propriété du magnat de la presse Rupert Murdoch, a de son côté offert une récompense de 250.000 livres (350.000 euros) pour toute information permettant l'arrestation du ou des tueurs.
La police, qui mobilise 150 personnes sur cette enquête, n'a exclu aucune hypothèse, tueur en série, ou forfaits de plusieurs meurtriers. Le commissaire Gull a parlé de "pistes intéressantes".
"Notre priorité numéro un, c'est de retrouver la ou les personnes responsables", a-t-il insisté.
Les enquêteurs, déterminés à travailler 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, ont continué mercredi leur recherche d'indices autour des deux corps trouvés la veille, qui n'ont volontairement pas été déplacés.
Un expert en criminologie, Allan Bayle, penchant pour un tueur en série, a estimé sur Sky News que celui-ci paniquait, car l'un des corps avait été abandonné très près d'une route.
Alors que Tony Blair faisait part de son "horreur" et assurait la police de son soutien, le chef de l'opposition David Cameron a dénoncé un "monstre" qui doit être "attrapé et enfermé".
Et le père d'une des jeunes femmes, Paula Clennell, est allé encore plus loin, parlant d'un "malade" qui doit être "attrapé et tué".
L'affaire a fait ressurgir le fantôme de Jack l'éventreur, qui en un peu plus de deux mois, en 1888, avait tué cinq prostituées à Londres. Il n'a jamais été identifié.
Et elle a révélé aussi un visage peu connu de la prostitution en Angleterre: celui de jeunes Anglaises apparemment ordinaires, parfois mères de famille et vivant en couple, qui, pour payer leur consommation de drogue, avaient choisi d'exercer le plus vieux métier du monde.