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| La voie de l'acceptation mutuelle, par André Fontaine LE MONDE | 21.07.06 | 14h22 • Mis à jour le 21.07.06 | 14h22 Avant de saisir la main que lui tendait le chef de l'OLP avec la bénédiction de Bill Clinton au cours de la fameuse cérémonie sur la pelouse de la Maison Blanche, en septembre 1993, Ithzak Rabin avait marqué un instant d'hésitation qui n'avait échappé à personne. Rien de tel chez leurs successeurs : conviés par le roi de Jordanie à un petit déjeuner sur le site magique de Petra, le 22 juin, le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, et le président palestinien, Mahmoud Abbas, se sont donné une accolade qui paraissait la chose la plus naturelle du monde. Dieu sait pourtant si la conjoncture à laquelle il leur fallait faire face était sombre : les électeurs palestiniens venaient de porter au pouvoir le plus démocratiquement du monde un mouvement, le Hamas, classé par les Américains et l'Union européenne comme organisation terroriste, pratiquant la lutte armée contre un Etat israélien qu'il refusait catégoriquement de reconnaître. M. Abbas lui-même et son OLP étaient certes favorables à la poursuite du processus de paix, sous la houlette du sympathique et peu efficace Quartet - Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France -, mais il fallait faire une grande confiance au génie inventif des diplomates pour imaginer qu'ils trouveraient une porte de sortie à cette contradiction. Reste que le Hamas n'est pas précisément monolithique et qu'il avait bien dû se trouver tel ou tel des siens pour donner suite au désir de Mahmoud Abbas, qui avait envisagé d'organiser un référendum sur ce thème, de négocier en douce avec l'Etat hébreu. Le président égyptien Moubarak paraît convaincu que l'enlèvement du caporal israélien Shalit, accompagné de tirs de roquettes sur des objectifs en Israël, avait pour objet soit de rendre toute négociation impossible, soit d'obtenir, en échange de la libération du sous-officier, celle d'un nombre maximum de membres du Hamas détenus dans les prisons israéliennes. Tsahal a réagi avec une particulière brutalité, multipliant les incursions en territoire palestinien, n'hésitant pas à s'emparer de dix ministres du gouvernement Hamas, à détruire certains de leurs bureaux, à tuer des civils et à couper le courant à la population. Commentaire de l'Economist de Londres : les deux parties sont "prises dans un trou", chacune semblant "s'employer à creuser plus profond (...). Les Israéliens paraissent avoir jeté leur prudence au vent". Loin d'avoir amené le Hamas à demander l'aman (faire sa soumission), les actions israéliennes ont poussé le Hezbollah, le "Parti de Dieu", organisation politico-militaire chiite puissamment enracinée dans Beyrouth et au Liban sud, à enlever deux militaires israéliens et à répondre aux frappes de l'aviation de Tsahal par des tirs massifs de roquettes sur les zones frontalières et sur les grandes villes israéliennes. Les malheureux Libanais, dont beaucoup avaient cru, après le retrait, en 2005, des troupes syriennes, qu'ils allaient progressivement recouvrer leur liberté et leur prospérité, sont à nouveau plongés dans le désespoir. Tout le monde l'a dit et répété, les attaques du Hamas et du Hezbollah relevaient de la provocation pure et simple, mais la réaction de Tsahal est disproportionnée. Surtout dans la mesure où elle s'en prend au fragile Etat libanais, n'hésitant pas à bombarder ses infrastructures, et même les casernes de son armée, apparemment dans l'espoir de le voir se retourner contre le Hezbollah. Alors que ce dernier dispose de quatorze sièges au Parlement, de deux portefeuilles ministériels et que le général chrétien Aoun, dont on n'a pas oublié le long combat contre l'occupant syrien, a conclu en février avec le grand chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, un accord qui porte, entre autres, sur la nécessité de "se partager la mission de défendre leur pays". Les Israéliens n'ont pas de chance avec les Libanais. Lorsque, à l'initiative de Sharon, ils ont occupé, en 1982, la moitié du pays du Cèdre, y compris la ville de Beyrouth, ils s'étaient entendus avec les phalangistes de Béchir Gemayel, lesquels avaient promis de liquider les camps de réfugiés palestiniens de la capitale. Mais ils s'étaient empressés d'oublier cet engagement, et "cheikh Béchir", élu président, avait eu le temps, avant d'être assassiné, de refuser à Menahem Begin la signature d'un traité de paix. "Le vieux m'a traité comme un bell-boy", avait-il dit à ses collaborateurs. EVITER DES CATASTROPHES Comment expliquer que, des deux côtés, on aille si loin ? Le climat international y est pour beaucoup. Le temps n'est plus où George Bush pouvait se croire investi de la mission - et des moyens - d'établir la démocratie à l'américaine dans l'ensemble du monde islamique. On se tue chaque jour un peu plus en Irak, en Afghanistan, voire en Inde et au Pakistan, pour ne pas parler du Darfour ou de la Tchétchénie. Personne n'ose plus critiquer la Russie et la Chine. L'Europe est trop affaiblie par le non aux référendums français et néerlandais de 2005 pour prendre vraiment ses distances avec Washington. Et il est nécessaire, si l'on veut éviter des catastrophes, de définir une ligne commune envers l'Iran, qui ne fournirait pas tant d'armes au Hezbollah si ce dernier n'était pas devenu un atout important au même titre que les 60 % de chiites d'Irak dans l'action qu'il mène avec détermination pour s'assurer, avec ou sans la bombe, la position de puissance régionale. Un autre élément joue sans doute un grand rôle. A la différence de ses prédécesseurs, MM. Rabin, Barak ou Sharon, M. Olmert, le nouveau chef du gouvernement israélien, est un civil, sans autorité personnelle sur un establishment militaire, conscient de disposer d'un outil avec lequel aucune armée de la région n'est en mesure de rivaliser. Aucune raison donc, estime la pensée dominante, de faire des cadeaux aux Palestiniens. D'ailleurs, leurs frères arabes, Hezbollah mis à part, ne se précipitent guère pour leur venir en aide. A force de manquer de tout, ne finiront-ils pas par comprendre qu'ils n'ont d'autre solution que de prendre leur parti de l'existence de l'Etat hébreu, et de retrouver ainsi l'aide internationale qui leur a été pour l'essentiel coupée ? C'est oublier que, comme l'a écrit au XIVe siècle dans ses prolégomènes leur grand philosophe Ibn Khaldoun, les Arabes sont, de tous les peuples, les moins disposés à la subordination. Beaucoup d'entre eux ressentent comme une humiliation la présence sur des terres qu'ils considèrent comme leurs d'un peuple qui ne leur a pas demandé leur avis avant de s'y installer. La contrainte a échoué, de part et d'autre. Ithzak Rabin a ouvert la seule voie : celle de l'acceptation mutuelle. Il est plus que temps de tenter d'y revenir... ANDRÉ FONTAINE |
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| Faut-il payer pour chanter l’Internationale ? Pendant sept secondes, dans son long métrage Insurrection résurrection, l’acteur et réalisateur Pierre Merejkowsky a siffloté L’Internationale. Comme ça, au débotté. Une improvisation. Une fantaisie qui pourrait coûter cher à son producteur, Les Films sauvages. Jean-Christophe Soulageon, le directeur, a reçu une lettre sèche, en recommandé avec accusé de réception, de la Société pour l’administration du droit de reproduction mécanique des auteurs compositeurs et éditeurs (SDRM),qui gère les droits d’auteur sur les supports cinématographiques. "Au cours d’un contrôle dans les salles de cinéma, nos inspecteurs musicaux ont constaté que l’oeuvre L’Internationale avait été reproduite dans le film" sans autorisation. La SDRM demande donc 1 000 euros pour avoir omis de déclarer ce sifflotement, qui constitue une exploitation illégale d’une musique éditée par la société Le Chant du monde. M.Soulageon ignorait qu’un sifflotement valait chanson. Pis, il ne savait pas non plus que L’Internationale, dont la musique a été écrite par Pierre Degeyter (1848-1932) et les paroles par Eugène Pottier (1816-1887), n’était pas dans le domaine public. Membre du Parti ouvrier français, Pierre Degeyter a composé en 1888 ce qui est devenu par la suite l’hymne du mouvement ouvrier mondial. Le compositeur meurt en 1932 à Saint-Denis, "un peu dans la misère", malgré une petite pension de l’ambassade de l’URSS, précise Hervé Desarbre, le directeur du Chant du monde. Selon la loi sur la propriété intellectuelle, cette oeuvre ne tombera dans le domaine public qu’en 2014, souligne Philippe Lemoine, responsable des autorisations audiovisuelles de la SDRM. Aux soixante-dix ans de protection post-mortem de l’artiste, s’ajoutent les années de guerre. Le producteur a tenté, en vain, de négocier, en proposant 150 euros au Chant du monde. La société d’édition musicale des "grands Russes" (Chostakovitch, Prokofiev...) aurait préféré une demande préalable. L’épisode est d’autant plus rude que Les Films sauvages ne se sont guère enrichis avec le film de Pierre Merejkowsky. Sorti le 10 novembre 2004 dans une seule salle d’art et d’essai parisienne, ce long métrage a réalisé 203 entrées. Pourquoi Pierre Degeyter n’est-il pas mort riche ? Chaque fois que L’Internationale était chantée en public, il aurait dû toucher des droits. "L’Union soviétique violait la loi en ne redistribuant rien aux ayants droit", déplore M. Desarbre. A la SDRM, on va plus loin : dans les congrès ou les réunions politiques, les organisateurs devraient prévenir et verser des droits après avoir chanté cet hymne révolutionnaire. Alain Krivine (LCR) s’en amuse : "Je n’ai jamais donné un sou à la Sacem, d’ailleurs on décide toujours au dernier moment de chanter, ça s’est fait des milliers de fois." Cela peut nous paraître grotesque, mesquin, impossible,mais apparemment nous ne pouvons plus siffler l’Internationale sans banquer à la société "Le chant du monde" qui posséde les droits. Il va falloir faire attention dans nos manifs : les agents de la sacem veilleront aux droits sur nos éclats de voix. "Rien n’est à nous, tout est à eux..." En est-il de même pour La Marseillaise ? Mais je suppose que dans ce cas la droite veillera à un petit arrangement entre amis. Anne-CNT |
| QUOTE (Extraits) |
| D’un côté, les Etats arabes, en dépit de leur adaptation de surface aux formes démocratiques, ne cesseront pas d’être des “théocraties”, tout simplement à cause de l’enracinement “naturel” de leur pouvoir et de la vision qu’ils ont des non-musulmans. De l’autre, si la démocratie israélienne était fondée sur la pluralité et la diversité, elle contredirait un projet exclusif – celui du peuple juif, qui se considère comme élu, sans diversité ni pluralité. Dans ce coin du monde, une démocratie libanaise s’avérerait, sur le plan humain et culturel, une transgression aussi radicale que durable des règles qui y prévalent, et ce d’autant plus qu’elle serait plus ouverte, plus riche, plus convaincante et plus attrayante. [...] Pour le Liban, cette particularité est autant une force qu’une faiblesse. Elle est aussi à la source des influences politiques extérieures auquel le pays succombe. Que le Liban vienne à être détruit, et toute la région se verra privée de cette particularité, modèle de solution humaine, et se retrouvera victime dans son ensemble d’une régression qui la rejettera trois mille ans en arrière. Le danger que l’on court aujourd’hui, c’est un retour au temps des prophéties, des apocalypses, des guerres et du désespoir. Un retour à l’obscurantisme. |

