mercredi 21 février 2007 à 09:32
ElBaradei voit le négociateur iranien avant un rapport à l'ONU: positions figéesAFP.
Le chef de l'AIEA Mohamed ElBaradei a reçu mardi le principal négociateur iranien sur le nucléaire, Ali Larijani, à la veille du délai fixé par le Conseil de sécurité à l'Iran pour qu'il cesse d'enrichir l'uranium -- une demande que l'Iran rejette.
Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique va désormais constater, dans un rapport qu'il remettra peut-être mercredi, en tout cas d'ici vendredi, que l'Iran augmente au contraire l'enrichissement d'uranium, ce qui risque d'entrainer une aggravation des sanctions décidées le 23 décembre.
La question ne doit pas être "résolue par la force ni la pression mais par la négociation", a déclaré M. Larijani mardi soir à la presse, en accusant certains pays "de vouloir priver l'Iran de son droit à la technologie nucléaire pacifique".
Selon lui, "la suspension (de l'enrichissement) est une décision politique, et non pas technique" et "un dialogue constructif" s'impose.
M. ElBaradei a proposé une "pause" avec une suspension de l'enrichissement, comme celle des sanctions.
Le Conseil de sécurité a décidé de mesures limitées contre les programmes nucléaire et balistique de l'Iran après son refus de toute suspension des activités à Natanz (centre).
Or, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad en est resté mardi à son refus, en réclamant que les pays occidentaux cessent en contrepartie d'enrichir de l'uranium.
La Maison Blanche a choisi la dérision: "Vous croyez vraiment que c'est une offre sérieuse ?", a demandé le porte-parole de la Maison Blanche, Tony Snow.
Le chef de l'AIEA estime dans une interview au Financial Times que l'Iran aura d'ici à six mois à un an acquis le savoir-faire pour enrichir de l'uranium à une échelle industrielle, avec 3.000 centrifugeuses fonctionnant "en cascade".
Mais l'Iran est encore "très loin d'avoir la capacité de fabriquer une bombe", a-t-il souligné.
Les Occidentaux, notamment, soupçonnent Téhéran de vouloir avancer vers l'arme nucléaire en produisant à terme de l'uranium hautement enrichi, mais l'Iran souligne qu'il sera faiblement enrichi (jusqu'à 5% environ) pour ne produire que de l'électricité à usage civil.
Le négociateur iranien a proposé ces derniers jours de faire tourner à vide les centrifugeuses, sans matières nucléaires, mais les Américains refusent car cela donne une expertise supplémentaire aux Iraniens, a déclaré une source diplomatique.
M. ElBaradei a évoqué dans son interview les inspections par l'AIEA des installations iraniennes déclarées en vertu des accords de garanties découlant du Traité de non-prolifération (TNP).
Et "il faut bien se souvenir, selon lui, que tant que ces 3.000 (machines) seront placées sous les garanties du TNP, elles ne pourront aller au-delà de 5%".
S'appuyant sur les estimations des services de renseignements américains et britanniques, il a jugé que l'Iran ne serait en mesure de produire une arme nucléaire que d'ici cinq à dix ans.
"Vous ne pouvez pas bombarder le savoir-faire", a-t-il ajouté en mettant en garde contre toute intervention militaire américaine ou israélienne et même contre un durcissement des sanctions. Il a prôné au contraire un dialogue accru.
Le Pentagone a qualifié mardi de "ridicules" des informations de la BBC affirmant que l'armée américaine a des plans détaillés de frappe aérienne contre l'Iran.
Les Etats-Unis ont des "inquiétudes réelles" concernant le programme nucléaire iranien et les ingérences de Téhéran en Irak, "mais nous réglons ces questions sur un plan diplomatique", a dit un porte-parole Bryan Whitman. .
La Russie, pourtant proche de l'Iran, a indiqué mardi qu'elle pourrait retarder l'envoi du combustible nucléaire à la centrale iranienne de Bouchehr (sud) en raison de problèmes de paiement côté iranien.
Les Russes, qui construisent cette centrale, ont agité lundi le spectre d'un retard dans la réalisation du projet, en arguant de problèmes de paiement côté iranien.