mardi 18 décembre 2007 à 00:25
Kadhafi contre le traité d'Ottawa
13 Décembre 2007.
En visite officielle en France, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi s'est prononcé résolument en faveur de l'utilisation des mines antipersonnel, mardi 11 décembre. Pour Handicap International, ces déclarations provocatrices sont inacceptables et constituent une injure faite aux centaines de milliers de civils innocents qui ont été victimes de ces armes.
Lors d'une réunion publique organisée le 11 décembre à l'Hôtel Ritz, à Paris, Mouammar Kadhafi a violemment attaqué le Traité d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel, qu'il a qualifié de « burlesque », et ce, le lendemain du dixième anniversaire de ce texte. Il a par ailleurs exhorté les pays signataires à s'en retirer. Ces déclarations font suite à une prise de position du même ordre, en date du 17 octobre dernier et publiée sur son site Internet (
www.algathafi.org). Selon le colonel Kadhafi, les mines sont « l'arme des pauvres, qui n'ont que cela comme moyen de défense ». « Si on nous l'interdit, a-t-il poursuivi, qu'est-ce qui nous reste : les couteaux, les haches, les marteaux ? » *
On a dénombré officiellement 5 751 nouvelles victimes de mines antipersonnel ou d'engins aux mêmes effets en 2006 : 76% étaient des civils, et parmi eux il y avait 34% d'enfants**. La réalité du nombre de victimes est sans doute bien plus élevée que ce chiffre, mais c'est en tout cas moitié moins qu'en 2002. Cette évolution est un incontestable progrès humanitaire. Elle est due à la mobilisation de la société civile contre ces armes et au traité international d'interdiction qu'elle a rendu possible.
C'est effectivement souvent dans les pays les plus pauvres que les mines ont été disséminées, ils en sont bien les principales victimes. Au-delà de l'inacceptable tribut humain, les mines antipersonnel polluent les terres pendant des décennies, empêchant toute activité économique et constituent un des principaux freins au développement des communautés affectées.
Dix ans après la signature du Traité d'Ottawa, l'utilisation avérée de mines se limite désormais à deux pays (la Russie, en Tchétchénie, et la Birmanie), le commerce officiel est inexistant et les trafics très limités. Signé par 157 Etats, ce traité s'impose comme une norme internationale qui influence les pratiques de toutes les nations du monde.
A l'heure où la visite de M. Kadhafi en France témoigne de la volonté du dirigeant de sortir la Lybie de son isolement diplomatique, ces prises de position contre un texte reconnu comme une avancée majeure du droit international humanitaire laissent tout au moins perplexe.
* Extrait de l'intervention de Mouammar Kadhafi du 11 décembre 2007 à Paris.
** Source : Rapport 2007 de l'Observatoire des mines (
www.icbl.org/lm).
http://www.handicap-international.fr/en-fr...Hash=e3d55b87c0