mercredi 02 juillet 2008 à 01:52
Si vous ne trouvez jamais rien de bien,
allez donc vivre au Zimbabwe bande de nantis ! Vous qui ne trouvez plus de vêtements ajustés à vos tailles boudinées de superconsommateurs occidentaux de produits enrichis en graisses végétales et autres mongolures superflues achetée (car l'acte d'achat est le seul pouvoir dont les gens espèrent et rêvent encore pour exister par le paraître) dans les magasins, sur la toile et partout où vous les trouvez encore à profusion et à portée de main sans vous rendre compte du privilège que vous avez !
À Harare par exemple, tous les étals sont vides de chez vide. Plus de bouffe, même de subsistance, pas de produits d'hygiène et encore moins de bouffioles, bibelots, breloques et maquillages. Pas de fringues affriolantes pour dissimuler les complexes de forme. Pas non plus de services web, de forums et de téléphonie mobile accessible pour tous, et une seul chaîne de télé progouvernementale propagandiste, seule lucarne pour ne pas s'ouvrir au monde. Les ventres sont vides et la populace n'ose même pas moufter car si elle montre le moindre signe de dissidence ou de non-allégeance au pouvoir, elle craint tout simplement pour sa vie et celle de ses proches.
Chaque produit de consommation courant s'échange contre des milliards de zim$ et tout ça grâce à sa sérénissime mégalomaniaque Robert Mugabe, le président de 84 ans "fraîchement" réélu (indéboulonné depuis1980), seul responsable de... 300000% d'inflation dans son pays, rien de moins ! Des billets avec des tas de zéro sont en circulation au Zimbabwe qui permettent à peine d'acheter une poignée de riz
et vous venez chipoter ici que vous ne trouvez rien dans les magasins européens ? 
Mais seul Dieu aurait pu priver Robert de son pouvoir (dixit lui-même), qui vient de contraindre ses citoyens à le reélire, après mise à l'écart par la violence de Morgan Tsvangirai, son unique opposant.
Ça laisse réfléchir sur vos frustrations de ne jamais-rien-trouver-de-bien-dans-les-magasins-en-Europe et vos crises de nerfs quand vous ne parvenez pas à enfiler une robe, non ? 
Illustration :
Zimbabwe : l'inflation s'accélère,
les exactions reprennent
Le Monde daté du 1er juillet 2008, par Gaston Philibert
Personne n'imaginait que les lendemains d'élection présidentielle chanteraient au Zimbabwe. Mais la faillite du pays semble s'accélérer quelques jours après la réélection, proclamée dimanche 29 juin, de Robert Mugabe au second tour d'un scrutin où il était l'unique candidat. A la population, le "camarade-président" a promis une "prise de pouvoir à 100%" sur les richesses du pays trop souvent détenues par des Blancs à ses yeux.
En attendant, les Zimbabwéens affrontent de telles difficultés d'approvisionnement que l'ancien grenier à céréales d'Afrique australe menace de basculer vers la famine et les épidémies. "Nous sommes dans une phase très délicate de notre existence", constate pudiquement un père de famille.
Les milliards de dollars zimbabwéens (zim$), introduits récemment, ne valent déjà presque plus rien. La période électorale a encore ralenti les activités économiques et l'argent ne tourne plus. A la course aux denrées, s'ajoute désormais la chasse au liquide. Devant les distributeurs automatiques de billets, les files d'attente incroyablement disciplinées sont presque aussi impressionnantes que devant les boulangeries : le plafond des retraits est fixé à 25 milliards de zim$, l'équivalent de 2 dollars américains jeudi 26 juin à la veille du scrutin, mais d'un seul ce lundi.
Le prix du rouleau de papier toilette, vendu à la sauvette, a atteint 10 milliards de zim$. Mais le précieux objet comporte environ trois fois moins de feuilles que le nombre de billets de 10 millions qu'il faut pour en faire l'acquisition. "Tirez-en vous-même la conclusion pratique", sourit un client qui a fait le calcul. Dans les supermarchés aux allures occidentales, les étiquettes sont changées chaque matin et les clients tournent entre des rayonnages aux trois quarts dégarnis. Des consommateurs facétieux ont rebaptisé "MT" (empty, soit "vide") La chaîne de magasins TM. Les rares articles disponibles le sont à cause de leur prix inabordable.
Hagards, des pousseurs de chariot presque vide découvrent des paquets de céréales à 325 milliards de dollars zimbabwéens, soit seize fois le salaire mensuel d'un employé. The Herald, le journal pro-Mugabe, claironne que de nouveaux "magasins du peuple" proposent les denrées de base à des prix taxés. Mais selon des témoignages, ils sont réservés aux porteurs de la carte du parti présidentiel (la ZANU-PF).
Un pays à bout sans électricité, souvent sans eau et sans grand-chose à mettre dans son assiette, comment les gens survivent-ils? Le marché noir, les petites cultures maraîchères et les devises envoyées par les 3 millions d'émigrés expliquent en partie ce miracle. Mais le pays est à bout. Alors que deux millions de Zimbabwéens (un habitant sur cinq) dépendent déjà de l'assistance d'une agence de l'ONU ou d'une ONG, les activités de ces dernières ont été suspendues début juin "jusqu'à nouvel ordre". Or l'effectif de personnes en situation d'"insécurité alimentaire" pourrait doubler au cours de cette année, estime un humanitaire européen. A moyen terme, la perspective est encore plus sombre si l'on considère que l'aide extérieure fournit non seulement des aliments d'urgence mais des intrants agricoles dont l'absence risque de compromettre les prochaines récoltes. Autrefois exportateur de céréales, le pays ne produit plus que 28% de ses besoins en maïs, denrée la plus populaire.
Alors que l'hiver austral vient de débuter, "il faut s'attendre à une crise humanitaire", avertit un diplomate, qui ajoute : "Elle risque de se traduire par des mouvements massifs de population et de se propager à toute la région." Déjà, dans ce pays longtemps bien classé du point de vue sanitaire, un millier de cas de choléra ont été enregistrés en quatre mois et plus de 115 morts déplorés.Face au sourd mécontentement de la population, Robert Mugabe va réactiver son arme habituelle : la politique d'"indigénisation" de l'économie qui, en remplaçant des fermiers blancs par des amis politiques peu versés dans l'agriculture, a précipité la catastrophe économique. Samedi, au lendemain du scrutin, trois véhicules ont fait irruption dans la ferme de Ben Freeth, un fermier blanc, à 100 km d'Harare. Une cinquantaine de nervis armés ont enlevé tous les adultes présents, puis les ont passés à tabac, leur infligeant de multiples fractures. Le fermier avait défrayé la chronique en obtenant du tribunal de la Communauté des Etats d'Afrique australe (SADC) un jugement suspendant son expulsion. Cette fois, sous la menace, Ben Freeth a dû signer une déclaration de renonciation à ses terres.

C'était pour me la jouer comme les membres Actu & Culture. C'est ressemblant ou pas ?
Ce message a été modifié par aureliano - mercredi 02 juillet 2008 à 02:17.