« Chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah ». La proposition de Nicolas Sarkozy, annoncée mercredi 13 février
lors du dîner du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) .
Voilà ce qu'a propposé sarkozy lors du diné du Crif . Les réations non pas tardaient : <h3 class="inter_art">Les partisans insistent sur l'importance du devoir de mémoire
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De son côté, le psychiatre Serge Hefez a émis "beaucoup de réserves". "Si on peut imposer une mémoire, si on peut imposer des connaissances à des enfants, je crois qu'on ne peut pas leur imposer des fantômes", a-t-il expliqué sur LCI.
Pour lui, c'est notamment le fait que l'initiative soit imposée à tous les enfants de CM2 qui pose problème. "C'est comme si tous les enfants étaient pareils, comme si tous les enfants avaient la même psychologie. Or, ça n'est pas le cas. Il y a peut-être des enfants qui vont pouvoir en tirer quelque chose et d'autres pour qui ça aura un effet plutôt négatif".
Les partisans de cette mesure insistent, eux, sur l'importance du devoir de mémoire dans la construction civique des enfants. "Savoir que le souvenir" de ces enfants juifs "sera conservé individuellement par des enfants qui le transporteront au cours de ce siècle, je crois que ça peut effectivement aider à la fois à la survie posthume de l'enfant et puis à la formation morale et civique du nouvel enfant", a ainsi jugé Serge Klarsfeld, président et fondateur de l'Association des fils et filles de déportés juifs de France.

<h3 class="inter_art">Les syndicats d'enseignants s'inquiètent des troubles psychologiques
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L'opinion est aussi tranchée chez les syndicats d'enseignants. "C'est encore une fois la confusion persistante du président entre histoire et mémoire, la même qu'il y avait avec Guy Môquet", a réagi Patrick Gonthier, secrétaire général de l'UNSA-Education, dans une allusion à la lecture de la
lettre du jeune résistant communiste fusillé, le 22 octobre dernier dans les lycées.
"L'histoire demande de la distance et de l'étude, et la mémoire est plus soumise à l'affectif et à l'émotionnel. Et il fait porter sur les enfants de dix ans une charge affective qui les dépasse beaucoup", a-t-il expliqué.
Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU a pour sa part dénoncé un "effet de communication sans aucune concertation, en oubliant le travail des collègues sur le terrain, qui sont très soucieux de cette question". "Pour un enfant de dix ans, porter la mémoire d'un autre enfant mort il y a cinquante ans, c'est très lourd et ça peut être contre-productif", a-t-il déclaré.
Selon la présidente de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (PEEP), Corinne Tapiero, il ne s'agit pas de "traumatiser" les enfants "en jouant à leur faire peur, ce n'est pas ça l'idée", mais plutôt de "faire tomber" les clichés. "Dans le cadre de l'éducation à la citoyenneté, c'est une façon d'approcher les choses", a-t-elle affirmé sur iTélé, soulignant néanmoins qu'il reste "encore quelques mois pour mettre en place cette mesure". "Elle va être réfléchie avec les spécialistes".

<h3 class="inter_art">Royal soutient l'initiative, Bayrou la critique
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AU PS, si l'eurodéputé socialiste Vincent Peillon s'est déclaré "totalement effondré", Ségolène Royal a, elle, estimé que l'initiative "va dans le bon sens", et François Hollande a estimé que "chaque fois qu'on peut faire transmettre les exigences du devoir de mémoire, il faut le faire".
Le président du Modem, François Bayrou, a critiqué la demande de Nicolas Sarkozy de confier à chaque enfant de CM2 la mémoire d'une victime de la Shoah, décidée "sans que personne y ait réfléchi".
"Je trouve que c'est une idée étrange. Je ne crois pas que l'on puisse imposer la mémoire, que l'on puisse la décréter ou légiférer dans ce domaine", a-t-il déclaré sur Radio Classique.
Voici la réaction de Régis Debray ( philosophe ) :
« Autant le devoir de mémoire est nécessaire, autant son abus est contre-productif. Je pense qu’il s’agit ici d’un abus de mémoire, puisque c’est donner à l’émotion la première place quand le but de l’école n’est pas émotionnel ni compassionnel, encore moins mortifère.
Le but de l’école est de connaître, de comprendre, donc de comparer, de se distancier. Comprendre la Shoah, pourquoi elle est née, ses conséquences, comment elle s’est déroulée, cela est une démarche rationnelle. Envahir un jeune enfant par un fantôme, un spectre de mort, me semble quelque chose – je ne dis pas que cela relève d’un viol de conscience – qui peut offusquer et qui peut produire peut-être un rejet.
Je suis inquiet de ce qu’il peut y avoir de contre-productif dans cette louable intention, d’autant que, et c’est ma deuxième crainte, il y a un risque d’escalade, d’une surenchère, d’une concurrence des mémoires. Celles-ci pourraient bientôt provoquer, dans le monde des banlieues, la revendication d’une adoption des victimes d’Israël en Palestine.
Et puis il y a les Tsiganes, il y a les Arméniens, et puis il y a surtout les Noirs… J’ai entendu ce matin à la radio un habitant des banlieues qui appelait en demandant ce qui allait être fait pour les Palestiniens victimes de bombardements. Autrement dit au lieu d’unifier, j’ai peur que cette initiative ne divise selon des clivages communautaires et confessionnels. Tout cela me semble malencontreux.
Enfin, je crois que cette focalisation sur la Shoah restreint beaucoup, me semble-t-il, la spiritualité juive, qui a 2 500 ans, et qui est extrêmement riche et variée. Il faut étudier son histoire. Mais la concentrer, l’incarner dans la Shoah ne me semble pas rendre service à la culture juive.
Quant à l’autre débat du moment, celui qui concerne la laïcité – je ne lui donne pas de qualificatif, car pour moi ce mot de « laïcité » se suffit à lui-même –, c’est un grand bien, certes, que le retour des religions se fasse. L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque va dans ce sens. En effet, la laïcité n’est pas du tout une bataille contre les religions, mais un principe de droit public qui dresse un mur entre la loi et le dogme.
Mais ce qui me gêne, c’est de voir un président de la République mettre en avant ses convictions privées dans une fonction publique. Cette façon de se mettre en scène soi-même ou d’avancer ses convictions intimes – tout à fait respectables – alors qu’on représente l’ensemble des citoyens français – qui, encore une fois, et par chance, n’ont pas à se définir en fonction de leurs convictions religieuses ou de leur absence de convictions religieuses – me semble être, non seulement une faute de goût, mais l’amorce d’un dérapage. »
Et vous , qu'en pensez vous ? n'avez vous pas peur des potentiel risque ( réaction) que cela puisse avoir ?
Un journaliste sur itélé a dit qu'aprés le devoir de mémoire , il fallait passer à l'histoire , pour comprendre comment cela a pus arriver .