samedi 06 octobre 2007 à 23:19
Loi sur l'immigration
Paris tente de calmer une nouvelle polémique
Le gouvernement français tente de calmer une nouvelle levée de boucliers contre une mesure qui pourrait exclure les immigrés sans-papiers des hébergements d'urgence, après le tollé suscité par les tests ADN contenus dans son dernier projet de loi sur l'immigration.
"Le droit pour toute personne d'être accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence n'est pas remis en cause", ont affirmé dans un communiqué commun vendredi soir le Haut commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch et les ministres de l'Immigration et du Logement Brice Hortefeux et Christine Boutin.
Peu avant cette mise au point, Martin Hirsch avait jugé "inacceptable" et "discriminatoire" cet amendement voté par le Parlement dans le cadre du nouveau projet de loi, le quatrième en quatre ans, voulu par le président Nicolas Sarkozy pour limiter l'immigration en France.
Il avait relayé la colère d'associations humanitaires comme Emmaüs France, dont Martin Hirsch était président, qui ont solennellement demandé en début de semaine aux parlementaires de supprimer cette disposition.
"On ne peut imaginer que, dans le pays des droits de l'Homme, les personnes qui sont à la rue et en situation irrégulière ne puissent trouver un abri", avaient-elles plaidé.
Signe de la volonté d'apaisement du gouvernement, Martin Hirsch a assuré, sur la radio RTL, qu'il "n'y a rien de définitif", soulignant qu'une commission mixte paritaire (Sénat-Assemblée) aurait lieu dans huit jours. "Entre-temps nous proposerons ce qui convient aux associations et facilite leur travail", a dit le Haut commissaire, l'une des personnalités de gauche du gouvernement "d'ouverture" voulu par M. Sarkozy.
L'opposition de gauche bataille depuis trois semaines au parlement contre ce texte, le premier de la présidence de Nicolas Sarkozy.
Avant même la discussion du texte à l'Assemblée ou le parti de droite UMP détient la majorité absolue (314 des 577 sièges), la polémique a enflé autour d'un amendement qui introduit la possibilité de tests ADN sur les candidats au regroupement familial.
Plusieurs personnalités de droite se sont également prononcées contre l'amendement. Dernier en date, l'ancien Premier ministre Edouard Balladur a appelé samedi au retrait du texte, estimant que "quand on commet une erreur on la répare".
L'ancien Premier ministre de droite Dominique de Villepin, qui ne cache pas son hostilité à Nicolas Sarkozy, a lui signé une pétition contre le texte.
Le prestigieux quotidien français Le Monde a jugé vendredi que la loi traduisait une certaine "haine des autres" et présente le "visage le plus inquiétant de la France".
A l'étranger, le texte a également suscité un concert de protestations, relayées mardi par le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Alpha Oumar Konaré. Il a jugé "inacceptable" pour l'Afrique l'instauration de tests ADN.
Fort de sa popularité et du soutien d'une majorité de Français, Nicolas Sarkozy, qui avait déjà durci la législation alors qu'il était ministre de l'Intérieur, a promis une immigration "maîtrisée" et "choisie" et le gouvernement s'est fixé un objectif de 25.000 expulsions d'immigrés en situation irrégulière par an.
Face à l'ampleur de la contestation, le Premier ministre François Fillon a défendu samedi le projet de loi qui "instaure une politique d'intégration véritable, fondée sur le respect d'une identité nationale dont nous n'avons pas à rougir". Il a qualifié, devant les instances de l'UMP, l'amendement sur les tests ADN de "détail" grossi par les polémiques. Paris argue que ces tests sont déjà utilisés dans 11 pays européens.
La Commission européenne a estimé jeudi que le droit européen sur le regroupement familial n'interdisait pas le recours aux tests ADN pour prouver l'existence de liens familiaux.