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mardi 18 mars 2008 à 11:28
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La Renaissance où s’affrontent magies savante et populaire

Nouveaux courants de pensée

Certains humanistes portent une responsabilité indirecte dans le déclenchement de la Chasse. La Renaissance, en chamboulant les structures de pensée médiévale rationnelle, installe une période désordonnée de magisme et d’intolérance.

La pensée a besoin de se libérer de la scolastique. Quelques humanistes réinventent le platonisme, citons Pic de la Mirandole, Trithième et Paracelse. Cette révolution néoplatonicienne est moins une redécouverte de Platon qu’une réinvention basée sur les détails les plus ésotériques. Ils construisent une magie savante. Pour eux le monde est peuplé de démons qui sont les intermédiaires entre le mage et l’invisible. Il créent une philosophie de la vie et de l’amour. Ils sont en conflit ouvert avec les aristotéliciens et l’Église.

L’Église est exaspérée par ces philosophies nouvelles. Certains ecclésiastiques pensent que ces savants veulent revenir au paganisme. Appuyant l’idée de prédestination, l’astrologie qu’ils utilisent irrite l’Église. Peu à peu, certaines formes d’astrologie sont tolérées, car elles précisent que les astres influencent mais ne régissent pas la vie des hommes. L’existence de ces démons intermédiaires entre les mages et l’invisible fait croire à l’Église qu’elle est dépossédée de son rôle.

Cette magie savante enrichit la sorcellerie de premier type et les nouvelles pratiques sont ensuite compilées et diffusées au travers de « grimoires ». L’Église s’inquiète de voir la magie essaimée dans la population. Notons cependant que les mages servent de paratonnerre ; pendant que l’Église les réprime, elle laisse les sorcières italiennes tranquilles.

L’influence de la Réforme sur la répression

La Réforme et la Contre-Réforme laissent de moins en moins de place à la tolérance. Malgré cette volonté de libertés spirituelles et sexuelles, les freins moraux se font de plus en plus nombreux. La Renaissance encourage les sorcières et les réprime ensuite. La Réforme et le durcissement des lois à l’égard des mages-sorciers et des petits maléficieurs font éclore la Grande Chasse. La Réforme appelle notamment à un retour aux textes bibliques et rejette les bulles pontificales comme le Canon Episcopi. La Bible, même si elle n’évoque pas ces questions très longuement, est beaucoup plus dure que le canon. Dorénavant, les protestants condamnent magiciens et sorciers sans pitié. De plus, la Bible exhorte les chrétiens à user de la force pour convertir ou ramener dans le droit chemin les égarés.

Martin Luther, instigateur de la Réforme, ne consacre pas une part importante de son œuvre aux sorcières, mais réaffirme la nécessité de les tuer. Il craint Satan qu’il voit presque partout. Il dit même l’avoir combattu. Diffusant largement la peur du Diable dans ses ouvrages, il attise encore la haine et la suspicion. Les premiers réformateurs installent un climat de sévérité qui est préjudiciable à tous les persécutés (sorcières, malades, homosexuels, prostituées…). Ils veulent restaurer l’ordre perverti.

Les catholiques partagent avec les protestants cette volonté de rétablir l’ordre. Le Concile de Trente témoigne d’une nouvelle disposition mentale des élites. Le Clergé est rappelé à l’ordre et la doctrine catholique est réaffirmée. Le mysticisme catholique n’a jamais été plus marqué qu’entre 1620 et 1630 pendant le pic de la Grande Chasse. Le Concile entend vraiment combattre la magie et la sorcellerie, du moins dans ses formes non catholiques. Cette volonté est toujours réaffirmée dans les conciles suivants. En 1584, le Concile de Bourges affirme que les magiciens doivent être tués et leurs clients exécutes. La Compagnie de Jésus prend le contrôle de l'Inquisition. Le caractère élitiste de la compagnie se traduit par une efficacité accrue des méthodes inquisitoriales.

L’emprise des laïcs sur les procès de sorcellerie.

De la juridiction religieuse à une juridiction laïque

Précisons qu’avant Latran IV, la justice était rendue par un juge unique qui ne disposait d’aucun moyen d’enquête et devait être saisi par un plaignant. Au cas où la vérité ne se ferait pas jour, l’accusé devait se soumettre à une ordalie (épreuve pour vérifier qu’il a la faveur de Dieu). Latran IV remplace cette procédure par la procédure inquisitoriale basée sur l’enquête et la preuve inspirée par les codes romains.

Cette nouvelle procédure se base sur le témoignage, l’aveu ou la preuve. La preuve est impossible a apporter dans les procès de sorcellerie et les gens redoutent de témoigner effrayés par les pouvoirs des accusés. Ainsi, le manque de témoin encourage à prendre en considération la rumeur et la suspicion. De plus, les aveux deviennent indispensables et ils sont le plus souvent arrachés par la torture.

De plus en plus, les procédures s’unifient et sont fixées par des pouvoirs centraux. Les tribunaux ecclésiastiques prennent le pas sur les tribunaux civils en ce qui concerne les maléfices. Puis, progressivement, vers les XVe et XVIe siècles, les tribunaux civils reprennent le dessus. Les tribunaux religieux ne pouvant pas, le plus souvent, punir sévèrement, délèguent une partie du jugement aux tribunaux civils. À partir de là, le pouvoir civil va se renforcer avec une évolution centralisatrice du droit — citons le Carolina, code pénal du Saint-Empire germanique.

L’apogée de la Grande Chasse aux sorcières autour de 1600

Cette évolution du droit ainsi que la certitude que la sorcellerie participe à un complot diabolique criminel envers l’Église et la société déclenche une énorme vague de répression. Ces procès sont considérés comme modernes par la date (autour de 1600) et par les procédures utilisées. Le système judiciaire se rationalise et les procès se multiplient. Des juristes et démonologues en tout genre publient des compilations de plus en plus étoffées des pratiques sataniques. Un certain climat social et le zèle des magistrats conduisent à des séries d'exécution pouvant dépasser le millier.

Les enquêtes sont menées sur des personnes de mauvaise réputation et isolées. Finalement, les accusés sont torturés, avouent, puis sont poussés à dénoncer d’autres personnes qu’ils auraient croisés au Sabbat. La Chasse s’alimente d’elle-même ainsi longtemps.

Au paroxysme de ce phénomène dans certaines régions d’Allemagne, le massacre prend de telles proportions que les accusés se voient attribuer un numéro et perdent ainsi leur identité. Les exécutions sont groupées.

Le déroulement des procédures

Les démonologues sont les théoriciens des procédures, mais ils ne s’accordent pas toujours entre eux et avec la pratique. Je m’attacherais à décrire ici uniquement la pratique dans un souci de concision.

Une fois la sorcière désignée par l’enquête (déclenchée généralement par la rumeur), il convient de l’arrêter. Son arrestation doit se faire avec prudence et en récitant des prières. Lors de son incarcération, elle est entièrement rasée et ses ongles coupés. Ses habits de prisonnière et sa nourriture sont aspergés d’eau bénite et trempé dans le sel. Si elle ne mange pas, on sera sûr de sa culpabilité. En prison, le régime est sévère, la boisson et la nourriture sont rares. Les interrogatoires se passent d’abord sans violence physique. On pose aux accusés des questions pièges. Les juges poussent les accusés à avouer pour obtenir « une libération » (la mort). Devant l’accusation de maléfice, les chrétiens de cette époque entretiennent une culpabilité sourde et reconnaissent avoir fait de mauvais vœux et voulu du mal à autrui. Cependant, lorsque les accusateurs parlent de Diable, de Sabbat et de complot contre Dieu, les accusés ne comprennent plus et cherchent à se défendre. Interviennent alors les témoignages. Les témoins libres viennent témoigner de maléfices, d’intempéries, de bestiaux malades, mais ne parlent pas du Diable. Or les témoins reconnus coupables ou en jugement pour sorcellerie parlent de pacte avec le Diable et disent avoir croisé les accusés au Sabbat. Ces accusations sont rendues crédibles par le portrait-robot et la peur du Diable. Si l’accusé nie toujours, on cherchera les preuves de sa culpabilité par exemple, son poids qui serait trop léger pour sa corpulence (pesée ou épreuve du bain), son incapacité de réciter une prière complètement ou un signe particulier sur sa peau ou un endroit où il serait insensible. La torture vient ensuite. C’est un facteur essentiel de la Chasse, car là où elle est utilisée, les exécutions sont bien plus nombreuses. Les bourreaux utilisent le plus souvent des étaux pour serrer les membres de l’accusé. L’accusé avoue, puis on lui soutire les noms d’autres sorciers avant de l’exécuter et de commencer la procédure sur les gens qu’il a nommé.

Sociologie de la sorcellerie et étude géographique



Si à cause de l’absence de dénominateurs communs, il est difficile de dégager un profil précis et constant de la sorcière, il est possible de le décrire approximativement. En général, les accusés sont des femmes, de vieilles femmes, surtout des veuves. Cependant, là où l’idée de complot satanique pénètre difficilement, les hommes sont nombreux au banc des accusés, car traditionnellement ce sont eux les chamans et les magiciens.

Nous avons vu que les accusations mûrissent longtemps avant un procès et les suspects vieillissent. Cependant, les sorcières doivent aussi pouvoir séduire et pervertir. Il faut donc qu’elles aient certains appas. C’est pourquoi de jeunes femmes célibataires sont accusées. Sans mari, une femme peut s’abandonner au Mal dont on la croit déjà proche. Pire encore, les veuves peuvent être victime de leur libido puisqu’elles connaissent les plaisirs de la chair. Il ne faut pas pour autant oublier que des personnes de tous âges (10 à 100 ans) sont condamnées. Pour ce qui est de leur classe sociale, leur profession, ou leur comportement, on ne note pas de traits particuliers. Les accusés exercent toutes les professions. Ils sont rarement prospères, si on excepte les affaires de dénonciations ou les procès essentiellement politiques, mais ne vivent pas dans la précarité. Les guérisseurs, médecins et sages-femmes, côtoyant très souvent la maladie et la mort et manipulant des produits étranges, sont souvent accusés. Du côté de leur comportement, malgré ce que Freud déclare sur la psychologie des sorcières, il n’apparaît de pathologies d’ordre psychologique que dans certains cas de possession et non à l’occasion de procès de sorcellerie. Soumis à un examen minutieux, leur aspect comme leur comportement est toujours remis en question, mais ils ne semblent en rien différer de ceux des autres membres de la communauté. La population étant essentiellement rurale à cette époque, les accusés viennent le plus souvent des campagnes, mais cela s’explique aussi parce que le maléfice (faire mourir le bétail, faire grêler…) est une forme de sorcellerie qui y est plus utilisée. Avec la diabolisation de la sorcellerie sont apparus les sorcières citadines accusées de « semer la peste ».

Ce portrait sociologique mérite d’être nuancé par l’analyse de particularités régionales.

La géographie du phénomène

La sorcellerie de premier type concerne presque tous les pays d’Europe. Les pays christianisés en dernier connaissent encore un paganisme vivace. Le recours au portrait-robot intervient à ce moment. Les premiers suspects qui semblent y correspondre sont jugés en Suisse, puis en Savoie, ensuite en France. Du bassin lémanique, le portrait remonte le cours du Rhin. L’idée du complot diabolique a beaucoup de succès en Allemagne. Remontant toujours, il rencontre par contre une forte résistance dans les pays scandinaves qui restent fidèles à la sorcellerie de premier type. Parallèlement à cette progression, il essaime également le reste de l’Europe, s’étend sur toute l’Europe continentale, l’actuelle Angleterre, l’Écosse et la Nouvelle-Angleterre.

Chaque région connaît ses particularités. Par exemple, la sorcellerie anglaise est une sorcellerie à part. L’idée du sabbat ou du pacte avec le Diable n’est que rarement invoquée dans les procès.

Sans entrer dans les détails, on peut retenir que l’Europe continentale est aussi assez hermétique au diabolisme et que les pays d’Europe du Sud se montrent modérés dans leur répression de la sorcellerie.

Concernant l’intensité de la Chasse, il est singulier de constater que les pays qui connaissent les chasses les plus longues et violentes ont un climat continental avec de grands écarts de température entre été et hiver et sont aussi plus sensibles au portrait-robot de la sorcière diabolique.

La fin des bûchers

La montée des doutes et des résistances

L’Église, même si elle n’est pas innocente, joue un rôle modérateur. La doctrine défendue par le Haut-Clergé reste dans la ligne du Canon Episcopi affirmant que les sorcières font des rêves coupables. Certains clercs restent toujours fidèles à cette ligne, d’autres dérivent dans les fantasmagories du « Malleus ». Pourtant, des voix raisonnables se font entendre dès la seconde moitié du XVIe siècle, prenant en compte le rôle des problèmes de voisinage ou celles des médecins considérant les sorcières comme des malades. Mais ces voix sont rapidement submergées par celles des juristes et des démonologues qui permettent à la chasse de durer. Des procès de plus en plus scandaleux finissent par rallier la majorité de l’élite intellectuelle aux sceptiques. L’imagerie diabolique et la peur irraisonnée imposées déjà avec peine au peuple finissent par se dissiper. Les mentalités changent profondément pour permettre l’intervention des pouvoirs centraux. Finalement, les pouvoirs publics centralisés réussissent à imposer la fin des poursuites lorsque la population se rend compte qu’il y a eu trop de passion et de sang. Ainsi la France, très centralisée, les abolit rapidement alors que l’Allemagne, où les tensions entre catholiques et protestants restent vives, ne le fait que tardivement.

Les possessions scandaleuses et la réponse des pouvoirs publics

À l’instar de la sorcellerie, la possession est un phénomène qui traverse les époques. Une recrudescence des possessions annonce la fin des poursuites pour sorcellerie. À la suite de cas devenus très célèbres et documentés par les démonologues, un grand nombre de jeunes filles influencées par la nouvelle conception de l’Enfer et le climat de haine religieuse qui règne entre catholiques et protestants, se disent possédées et dénoncent les responsables qui sont traduits en justice. Certains cas sont impressionnants, des jeunes filles se contorsionnent, jurent, etc. Le nombre de démons censé les habiter s’accroît à chaque cas et devient extravagant. Devenues des centres d’intérêt, tous prêtent attention à leurs accusations. Le cas le plus célèbre (Salem, 1692) où les filles du pasteur Parris se disent possédées et accusent la gouvernante ramenée des Caraïbes d’être responsable. Mais comme à Salem, les possédées dénoncent d’autres personnes qu’elles savent être des sorcières. Ces dénonciations multiples finissent par remonter trop haut dans l’échelle sociale (famille du gouverneur du Massachusetts, pour Salem) et les pouvoirs publics font stopper les poursuites.


Conséquences de la Chasse aux sorcières

Si on considère que la société avait besoin à ce moment de boucs émissaires pour exorciser toute la pression occasionnée par les mauvaises récoltes, la réforme, la contre-réforme, la guerre de Trente Ans, le fossé qui se creusait entre le peuple et ses élites, alors on peut penser que la Grande Chasse a rempli son office. Le siècle des Lumières éclôt dans une certaine mesure en réaction à la Chasse et les élites intellectuelles se réconcilient avec la population pour qu’éclate ensuite la Révolution française. Comme nous l’avons vu, le droit a évolué parallèlement à la Chasse. Le pouvoir central s’est renforcé pour unifier les codes et les règlements. L’histoire des idées retiendra sans doute les transformations de l’image du Diable, les changements opérés sur l’image de la sorcière, même si elle n’est plus diabolique aujourd’hui, mais aussi ceux qu’a subis l’image de la femme. Même s’il est délicat de mettre en évidence des relations de causes à effets directs, la Grande Chasse aux sorcières qui a éclaté dans toute sa puissance au seuil des Temps modernes s’insère indiscutablement dans l’évolution de notre société.

Conclusion

Nous connaissons les circonstances qui entourent la Grande Chasse qui s’insère dans son époque même si elle semble anachronique. Grâce à cette vue d’ensemble donnée par Robert Mandrou entre autres, les cas particuliers semblent moins mystérieux. Pourtant, un élément reste flou : le facteur déclenchant. La société et les élites ont pris la menace au sérieux et la Chasse s’est engagée. Mais nous n’en connaîtrons peut-être jamais les raisons profondes ; est-ce l'émergence de pouvoirs centraux, le mouvement civilisateur, le rejet des traditions rurales, les livres, l’attitude des élites ? Une chose est sûre, on ne peut mettre en évidence une cause unique. Robert Muchembled parle à ce propos d’une « irritante énigme ».


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vendredi 21 mars 2008 à 11:11
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L affaire Urbain Grandier


Urbain Grandier (1590-1634)), bien qu’abbé à Loudun, est un libertin. Bel homme, il est accusé d’envoûtement par des nonnes hystériques d’un couvent d’ursulines. Les nonnes ont sans doute été manipulées par les ennemis de Grandier, des capucins. Cet ordre fournit à Richelieu un réseau d’espions, et Richelieu en veut à Grandier, qui a critiqué sa politique dans ses écrits. Grandier est arrêté et jugé.

Pour voir si le curé n’a pas sur le corps des marques sataniques révélant le pacte qu’il a nécessairement conclu avec le démon, ses accusateurs envoient un chirurgien pour le raser, l’épiler et le piquer jusqu’aux os. Pour le faire avouer, on lui donne la question. La torture est si violente, « qu’il en eût les jambes rompues et que la moelle des os en sortit à la vue de tout le monde. Il perdit plusieurs fois connaissance, qui ne lui fut rendue qu’à force de coups redoublés ». On le mène au supplice précédé de prêtres revêtus d’aubes et d’étoles qui l’exorcisent et lui jettent violemment de l’eau bénite au visage quand il veut parler au peuple.

On l’attache à un cercle de fer, et il doit être étranglé avant que le feu soit mis au bûcher ; mais les capucins qui l’accompagnent nouent la corde de manière que le bourreau ne puisse le serrer. Ainsi, il sera brûlé vif, sur une chaise de fer, sans que ses souffrances soient abrégées. L’impatience des capucins est si grande à le voir souffrir que, « sans attendre l’ordre du bourreau, ils saisissent des torches de paille et mettent le feu » (18 août 1634).



Source : Les Anecdotes de l’Histoire de France – Pierre Ripert – maxi poche histoire







Voir également d’autres articles traitant du même sujet :



- L’affaire de possession et de sorcellerie à Louviers (27) : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-458448.html

- La sorcellerie en Basse Normandie : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-401558.html

- Etude sur le mot « sorcière » : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-397183.html

- La France ensorcelée : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-391154.html

- Une sorcière à Maransart ? : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-332207.html

- Les sorcières, une affaire civile : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-331082.html



Voir également dans la rubrique « les malheurs des temps » :

- Les peurs d’antan et les peurs d’aujourd’hui – introduction : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324024.html

- Les peurs d’antan et les peurs d’aujourd’hui –chapitre 1 : Les peurs d’antan : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-323988.html

- Les peurs d’antan et les peurs d’aujourd’hui –chapitre 2 : Les peurs d’aujourd’hui : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324007.html

- La peur de la nuit : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-215188.html



Ce message a été modifié par sandie72 - dimanche 23 mars 2008 à 10:44.
dimanche 23 mars 2008 à 10:46
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Les Sorcières de Salem


Actuellement ville de Danvers dans le Massachusetts aux Etats-Unis, le village de Salem connu en 1692 ce qui sera l'un des plus grand cas de possession démoniaque (ou d'hystérie collective ?) de l'histoire.

Les habitants de Salem, comme la majorité des colonies puritaines, se considéraient en continuel combat contre le Démon.
Le pasteur Samuel Parris, anciennement négociant aux Indes Occidentales avait ramené avec lui Tituba, qui connaissait l'obeah, culte magique des Antilles.
Tituba pouvait prédire l'avenir aux jeunes filles de Salem qui s'empressaient de la consulter pour passer leurs longs après-midi d'hiver.
A cette époque toute pratique de divination était interdite, considérée comme relevant de la diablerie.
Les jeunes filles de Salem connaissant la sanction qui leur serait appliquée prirent peur et certaines d'entre elles furent en proie à des "transes", à commencer par Elisabeth Parris et Abigail Williams la nièce du pasteur Parris.
Tout le village était inquiet du sort des deux pauvres jeunes filles. Le pasteur demanda de l'aide à Beverly, une ville toute proche ; suite à sa demande une douzaine de pasteurs vinrent prier au chevet des petites, mais à chaque invocation du nom du seigneur elles étaient prisent de convulsion violentes telles, qu'elles obligèrent les pasteurs à cesser cette action.
Parris inquiet se mit a observer Tituba. Un jour, il la vit sortir quelque chose des cendres de la cheminée et le donner au chien. Il la saisit violemment et la questionna sur ce quelque chose : c'était un "gâteau des sorcières" fait pour guérir les jeunes filles. Il frappa Tituba afin qu'elle avoue que c'était à cause d'elle que ses enfants était prises de convulsions. Il finit par aller questionner sa fille Elisabeth concernant les pratiques de sorcellerie au village, elle avoua. Abigail questionnée à son tour déclara que certaines personnes du village avaient contracté un pacte avec le Malin. Ce qui entraîna la folie meurtrière au village.

En effet, Abigail dénonça Sarah Good, pauvre vagabonde assez vieille, paresseuse, qui couchait dans les haies et n'allait jamais à l'église ; une autre femme Sarah Osborne fût dénoncée.

Le 29 février 1692 des mandats d'arrêts furent émis contre Tituba, Sarah Good et Sarah Osborne.
Deux magistrats arrivèrent de la ville le lendemain. Lorsque Good comparût elle nia avoir connaissance des sortilèges et autre magie. Une des filles se mit alors à se tortiller et les autres suivirent son exemple. Toutes crièrent que le spectre de Sarah Good les mordait et les pinçait ; une femme Martha Cory se leva et éclata de rire en voyant les filles jouer une telle comédie. Lorsque le calme revint la cour fit entrer Sarah Osborne qui elle aussi réfuta les accusations portées contre elle. Le spectacle des jeunes obsédées recommença. Elles furent emprisonnées ; Osborne décéda deux mois plus tard.
Ce fut au tour de Tituba. Lorsqu'elle pénétra dans la salle, toutes les filles hurlèrent de plus belle. Il fut posé la question à Tituba : "Avez-vous jamais vu le Diable ?". Tituba sachant que si elle avouait tout serait terminé pour elle, et pour les autres, dit : "Le Diable m'a visitée et m'a dit de le servir". Pendant trois jours durant Tituba conta à la cour les sabbats auquel elle participait et dit que d'autres personnes se trouvaient en compagnie du diable ; ce qui inquiéta encore plus la communauté de Salem qui s'empressa de trouver d'autres sorcières !

La première fut Martha Cory, dénoncée par Ann Putnam, qui accusa aussi Rebecca Nurse considérée comme une Sainte personne.
A partir de maintenant chaque personne dénoncée par les filles était arrêtée puis jugée.


En juin plus de cent personnes avaient été accusées par les filles. Les prisons étaient pleines et il fallait procéder à quelque jugement ; Bridget Bishop fut jugée et conduite sur la crête de Gallows Hill pour y être pendue. Puis Rebecca nurse et quarante autres femmes dont Sarah Good. Cependant, devant Rebecca les juges hésitèrent à la condamner car elle était respectée de tous. William Stoughton entra en fureur, magistrat pourtant froid et sans pitié, et demanda au jury de reconsidérer l'affaire. Le deuxième verdict conduit Rebecca Nurse au gibet le 19 juillet.
Après cela de nombreuses accusées avouèrent par peur de périrent.
La troisième session du tribunal eut lieu en août avec six accusés. Dans la charrette se trouvait Georges Burroughs, Georges Jacobs, John et Elisabeth Proctor. Les deux premiers furent pendus. Enceinte, Elisabeth vit son exécution retardée, ce qui lui sauva la vie.

La cour siégea encore en septembre et prononça quinze condamnations, dont celles de Tituba et de Martha Cory ainsi que son mari âgé de quatre-vingts ans. Trois jours plus tard ils étaient pendus. La population commençait à douter de la véracité des faits des jeunes filles : elles dénoncèrent même des juges, ce qui était totalement impossible car protégés par Dieu lui même !

Le gouverneur finit par désavouer Stoughton et fit cesser toute activité de son tribunal. Un nouveau tribunal fut nommé et gracia nombre de personnes innocentes ; 14 janvier 1693 le gouverneur Phips amnistia les derniers accusés.

Les filles de Salem au total menèrent plus de deux cents personnes devant la justice et en firent exécuter trente autres.

Une des filles déclara plus tard :"Nous avons fait ça pour nous divertir et nous nous sommes bien amusées !".

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mercredi 26 mars 2008 à 12:12
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La Marquise de Brinvilliers

Marie Madeleine Dreux d'Aubray, marquise de Brinvilliers, née le 2 juillet 1630, rendue célèbre par l'Affaire des poisons, fut jugée le 16 juillet 1676 et exécutée le lendemain pour empoisonnement.

Fille d'Antoine Dreux d'Aubray , lieutenant civil du Châtelet de Paris à l'époque de la Fronde (il apparaît à ce titre dans les Mémoires du cardinal de Retz), sa réputation sulfureuse lui prête des relations incestueuses avec ses frères dès l'âge de 7 ans.

Elle se marie en 1651 à Antoine Gobelin, marquis de Brinvilliers, mestre de camp, joueur ; des témoignages contemporains nous la présentent à l’époque comme un joli brin de femme avec un air d’innocence désarmant. Elle succombe aux charmes de Godin de Sainte-Croix, un officier de cavalerie passionné par l'alchimie, qui lui est présenté par son mari. Ce dernier n’a guère le temps de s’occuper de cet adultère car il doit fuir la France, poursuivi par ses créanciers ; mais Dreux d'Aubray, irrité de la conduite de sa fille, fait emprisonner en 1663 le séducteur à La Bastille ; c’est là que Sainte-Croix noue une relation avec un compagnon de cellule, l'empoisonneur italien Exili, qui faisait métier de composer des poisons, et avait déjà commis de nombreux empoisonnements. À sa sortie, il retrouve sa maîtresse et lui enseigne l'art qu’il vient d’apprendre, et dans lequel elle se perfectionne en empoisonnant des pauvres qui viennent lui demander la charité ou des malades qu’elle visite à l’hôpital. Devenue experte elle réussit à empoisonner successivement son père (en 1666), ses frères et sa sœur (en 1670) afin de faire disparaître les obstacles à sa liaison et de s'assurer l'héritage familial. L’autopsie suggère la cause de la mort mais les coupables ne sont pas inquiétés.

Après des tentatives présumées d'empoisonnement de son mari et de son amant Sainte-Croix, ce dernier prend peur et enferme des preuves de la culpabilité de sa maîtresse dans une cassette «à n'ouvrir qu'en cas de mort antérieure à celle de la Marquise». Et malheureusement pour elle, il meurt en 1672. L'imagerie populaire attribue sa mort aux suites d'une expérience d'alchimie au cours de laquelle il a respiré des gaz empoisonnés, mais il n'en est rien. La cassette trouvée et ouverte, la Marquise est recherchée et s'enfuit successivement à Londres, puis aux Pays-Bas et en Flandre. Son complice La Chaussée, au contraire, est arrêté et torturé ; il passe une confession complète et périt sur la roue. Elle-même n’est condamnée que par contumace en 1673, elle est retrouvée dans un couvent à Liège et ramenée en France en 1676 par la ruse d'un exempt de police déguisé en prêtre. Sa tentative de suicide échoue et, après un long procès (29 avril - 16 juillet 1676) au cours duquel elle se refuse à tout aveu malgré la question qu'elle subit et les preuves de ses crimes découvertes parmi ses papiers, elle est condamnée à la décapitation, son corps devant être brûlé et ses cendres dispersées.

Ce n'est qu'après son procès, dans l'attente de son exécution, qu'elle accepte enfin de se confier à son confesseur, l'abbé Pirot. Elle est exécutée le 17 juillet 1676, et montre à cette occasion une piété qui impressionne la foule après avoir confondu son confesseur.

Son procès, sa condamnation et son exécution sont rapportées dans la correspondance de Madame de Sévigné ainsi que dans le roman d'Alexandre Dumas dont elle est éponyme.

Après la mort de la marquise de Brinvilliers, plusieurs autres procès retentissants, qui iront jusqu'à impliquer Madame de Montespan, favorite de Louis XIV, formeront l'Affaire des poisons.

(wiki)
pour en savoir plus...

jeudi 27 mars 2008 à 17:15
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L’affaire des poisons

À la suite de la mort brutale d’Henriette d’Angleterre en 1670, certains bruits attribuent sa mort au poison. Louis XIV commande secrètement une enquête à son lieutenant de police, La Reynie.

En 1672, à la mort de l’officier de cavalerie, Godin de Sainte-Croix, on découvre dans ses papiers des pièces accusant la marquise de Brinvilliers, fille du lieutenant civil du Châtelet et maîtresse de Sainte-Croix. Une cassette saisie par la police renferme les preuves écrites de sa main des ses amours avec la marquise. On trouve aussi des courriers indiquant clairement que les deux amants ont mis fin aux jours du père et des deux frères de la marquise de Brinvilliers à l’aide d’un poison efficace.

Seul le marquis de Brinvilliers qui soupçonne sa femme et qui prend beaucoup de précautions échappe à la mort. Toujours chez Godin de Sainte-Croix on découvre plusieurs fioles contenant une décoction à base d’arsenic. Cette préparation deviendra célèbre sous le nom de "poudre de succession".

Fort de ces pièces à conviction, le lieutenant de police La Reynie décide de l’arrestation de la marquise de Brinvilliers. Est-elle difficile à trouver, la police n’est-elle pas zélée, ce n’est que le 25 mars 1675 que la marquise est arrêtée dans un couvent de Liège alors occupé par l’armée française.

Le scandale est énorme, la marquise de Brinvilliers née Marie-Madeleine d’Aubrey est la fille d’un conseiller d’Etat. Mais l’enquête de La Reynie progresse et la liste des empoisonneurs s’allonge. Plusieurs hauts personnages sont cités : la comtesse de Soissons et la duchesse de Bouillon nièces de Mazarin ; le maréchal de Luxembourg ; les comtesses de Polignac, du Roure et de Gramont ; Mmes de Vivonne et de La Mothe ; Mlles des Oeillets et Cato ; la maréchale de La Ferté ; Jean Racine.

Malgré toutes les preuves accablantes, la marquise de Brinvilliers n’avoue pas lors de son procès. Ce n’est que quelques jours avant son exécution qu’elle fera amende honorable sur le parvis de Notre-Dame. Elle est décapitée et brûlée en 1676.

À partir de ces aveux, la Reynie, remonte les filières et reconstitue un véritable réseau du crime. Des milliers de gens usent des filtres et maléfices, pratiquent l’avortement et les messes noires, utilisent la " poudre de succession ". En 1679, devant l’ampleur de l’instruction, une chambre ardente est instituée et ne sera dissoute qu’en 1682 ; on la nomme " cour des poisons ".

La principale accusée de cette chambre est Catherine Deshayes, épouse Monvoisin et surnommée La Voisin. Cette femme est spécialisée dans la sorcellerie. Elle fournit les préparations destinées à se débarrasser de personnes "encombrantes". Mais ce n’est pas tout, elle peut lancer des sortilèges d’amour ou de haine, s’adonner à des messes noires et autres rituels de ce genre. Madame de Montespan elle-même fait pratiquer certains rites sur son corps pour garder les sentiments du roi et lutter contre sa rivale madame de Fontange.



Portrait de la Voisin


Pour terminer avec le portrait de La Voisin, il faut savoir que cette femme pratique aussi les avortements, chose absolument interdite à cette époque. En 1680, elle est condamnée à mort et est brûlée vive en place de Grève.

Cette exécution ne suffit pas à arrêter l’affaire. Louis XIV lui-même laisse agir la police contre une noblesse trop gênante. Mais les attaques contre madame de Montespan se font trop précises, la Cour pourrait être éclaboussée. En 1682, le roi ordonne aux magistrats de cesser les poursuites engagées et d’étouffer l’affaire. La chambre spéciale cesse donc de se réunir. La Chambre ardente prononça contre des comparses secondaires trente-six condamnations à mort, plusieurs aux galères. Les grands personnages furent épargnés. Sans qu’ils aient été jugés les accusateurs de Mme de Montespan sont enfermés dans des forteresses royales.


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Ce message a été modifié par sandie72 - jeudi 27 mars 2008 à 17:16.
dimanche 30 mars 2008 à 10:43
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Le Sabbat.

Hommage à Satan


On appelait sabbat les assemblées que les sorciers tenaient la nuit sous la presidence du Diable, pour celebrer les rites les plus mysterieux de leur art infernal, rendre hommage à leur maître, et se livrer entre eux à tous les emportements de leurs passions. La croyance au sabbat, universelle dans l'Europe du moyen âge, remonte au Ve siècle environ, et on la retrouve formellement condamné au IXe, dans le célèbre capitulaire sur les sortiléges et les sorciers, de sortilegiis et sortiariis. Ce capitulaire est principalement dirigé contre les femmes qui, abusées par des illusions, croyaient traverser les airs avec la déesse Diane, devenue le démon Dianum, mais à cette date les détails manquent ; il faut attendre jusqu'au XIVe siècle pour en trouver de circonstaciés et de précis.

Les assemblées de sabbat étaient de deux sortes, générales et particulières. Le grand Sabbat, réunissait tous les sorciers d'une même nation, le petit sabbat, tous ceux d'une même ville ou d'un même canton. Le premier se célébrait quatre fois l'année, au renouvellement de chaque saison, le second, deux fois chaque semaine, dans la nuit du lundi et du vendredi. Les réunions se tenaient dans les lieux solitaires, au sommet des montagnes, au fond des bois, sur le bord des routes aux endroits mêmes où des meurtres avaient été commis.

La réunion générale de l'Italie avait lieu sur le Vesuve, qu'on regardait comme un soupirail de l'Enfer, et celle de l'Allemagne sur le Bloksberg. Les assassins, les envieux, les hérétiques, les filles perdues sur le retour de l'âge, en un mot tous les vassaux de l'empire infernal, formaient le personnel ordinaire de ces fêtes, où Satan tenait cour plénière et lit de justice.

Il fallait pour y être admis, faire comme dans les métiers, l'apprentissage et le chef d'oeuvre, ou comme dans les ordres monastiques, le noviciat. On presentait donc une requête au démon, qui faisait passer à l'aspirant un examen sévère, et s'assurait longuement de sa capacité pour le mal. Lorsque l'examen était satisfaisant, le diable écrivait sur un registre le nom du récipendiaire, il le faisait signer ensuite, et après l'avoir fait renoncer au baptême et à l'Eglise, il lui imprimait sur le corps la marque de l'ongle du petit doigt, en signe d'investiture. Ces formalités remplies,le sorcier prononçait ses voeux, obtenait le droit d'assistance, et pouvait participer à tous les plaisirs et à toutes les pratiques.

Quand le diable enrôlait une sorcière, il avait soin, pour ne point l'effrayer, de lui apparaître sous la forme d'un beau jeune homme avec un jolie nom comme Joli Bois, Verdelet, vert Joli etc ... Le diable pour faire venir ses fidéles, faisait paraître dans les airs un signe dont eux seuls connaissaient le sens, ou il envoyait une chauve souris, un papillon de nuit, et quelquefois un mouton, les prevenir à domicile. Quelques uns se rendaient à l'endroit désigné montés sur un manche à balai, parodie vulgaire du dard merveilleux qu'Apollon hyperboréen avait donné à Abaris, et sur lequel celui ci traversait les airs. Le chasseur de sorcières De Lancre nous apprend que, quand on partait emporté par cette singulière monture, il fallait, pour ne point tomber de la région des nuages, répéter à plusieurs reprises, EMEN ETAN, c'est à dire en argot satanique, ICI et LA. D'autres se frottaient avec des onguents magiques, ou le venin lancé par un crapaud effrayé, et par le seul effet de ces drogues, ils se trouvaient transportés au lieu de la réunion.

Tous les sorciers etaient tenus d'assister aux assemblées générales, et ils ne pouvaient se justifier d'y avoir manqué qu'en présentant un certificat en bonne forme, qui donnait à leur absence un motif plausible. Le diable, dans ses assemblées, se faisait rendre compte de leurs actions, des maléfices qu'ils avaient pratiqués ; il les recevait d'une façon d'autant plus bienveillante, qu'ils avaient fait plus de mal. Dans les assemblées ordinaires, le cérémonial variait à l'infini, suivan les temps ou les lieux, mais sauf les nuances de certains détails, le fond restait le même à peu près partout.

Dans ces drames fantastiques l'unité de temps et de lieu est toujours sévèrement observée. Une lampe sans huile répand sur l'assitance une lueur tremblante et sombre. Satan préside, assis sur un trône, et toujours sous une forme hideuse ; c'est un crapaud couvert de laine ou de plumes, un corbeau monstrueux avec un bec d'oie, un bouc fétide, un homme blanc et transparent de maigreur, dont l'haleine donne le frisson, un chat noir avec des yeux verts et des griffes de lion. En Suéde, le diable se montre au sabbat avec un habit gris, des bas rouges, une barbe rousse, un chapeau à hate forme et des jarretiéres d'une longueur démesurée. Chaque sorcier, en arrivant, dépose auprès du diable, son herbe de sabbat, c'est à dire une plante quelconque, dont il s'est muni en partant, fougère, gui, ciguë. Satan prend une poignée de ces herbes, fait une aspersion de son urine à toute l'assemblée, et alors la séance est ouverte ...

La séance une fois ouverte, chacun prend son rôle : comme de raison le plus important appartient au diable ; et ce rôle peut se ranger sous quatre chefs principaux :

Satan reçoit les hommages de ces sujets.
Il compose, pour les leur distribuer, des poudres et des onguents magiques.
Fait les conférences et des exhortations.
Il se livre à l'égard des cérémonies du catholicisme aux profanations les plus sacrilèges.
Ensuite, Satan placait toutes les herbes apportées par les initiés dans une immense chaudière, avec des crapauds, des couleuvres, de la limaille de cloche et des enfants coupés en morceaux.
Il ecumait la graisse de cet affreux bouillon, et après avoir prononcé sur cette graisse des paroles sacramentelles, il en faisait des onctions aux assistants, et leur en distribuait ensuite de petits pots ; c'était là, pour les maléfices, l'ingrédient le plus infaillible, et cette drogue conservait dans son action quelque chose de la pervesité et de la puissance de celui qui l'avait préparée.

Les sorciers après avoir reçu l'onguent, mangeaient les débris des chairs qui avaient servi à sa composition, et ils se rangeaient ensuite autour du trône, pour écouter les exhortations de leur maître. Satan recommandait à ses vassaux de faire tout ce que réprouvait l'Eglise, et leur ordonnait le meurtre, l'inceste, l'adultère et pour gages de leur soumission, il leur demandait d'affreux blasphèmes.

Ces réjouissances consistaient principalement en danses et en festins. Le menu de ces festins était des plus variés. Tantôt la table etait chargée de mets splendides, préparés avec une delicatesse extrême, tantôt on y mangeait du pain noir et de la chair d'enfants ; mais cette chair et les mets les plus recherchés eux mêmes étaient toujours d'une extreme fadeur, attendu que l'on n'y employait jamais le sel, parce que l'Eglise s'en servait dans la bénédiction de l'eau et dans le baptême ; de plus, les sorciers avaient beau manger et boire, ils ne parvenaient jamais à calmer leur soif ou leur faim.

Après le repas, on dansait ; chaque homme devait amener une femme, et quand, par hasard, il manquait quelques personnes pour completer les quadrilles, Satan y suppléait par des incubes et des succubes. La toilette de rigueur etait la nudité complete, danseurs et danseuses portaient à la main des torches de poix noire ; un vieux Turc ouvrait la danse avec une jeune religieuse qui avait forfait à ses voeux ; alors, au milieu d'une ronde effrénée, tous les assistants se livraient aux actes de la plus hideuse dépravation. La danse terminée, et au moment où le chant du coq annonçait les premières lueurs du jour, chacun retournait chez soi, comme il était venu, sur un balai ou sur le dos du diable.


inquisitor

mardi 01 avril 2008 à 18:10
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Chasse aux sorcières


En Europe, à partir du XIIe siècle, l’Église catholique a initié une chasse aux pratiques magiques (sorcellerie). Cette campagne et les persécutions qui s'ensuivirent, essentiellement tournées vers les femmes, se poursuivront avec des hauts et des bas jusqu’à la fin du XVIIIe siècle (avec un pic entre 1580 et 1630), faisant au total à travers les siècles un nombre considérable de victimes (On estime le nombre de procès à 100 000 et le nombre d'éxécutions à 50 000. La dernière sorcière à être condamnée fut Anna Göldin, en 1782 en Suisse)[1].

Si, à cette époque, ce sont bien de prétendues pratiques magiques qui étaient visées, l'expression "chasse aux sorcières", dans son acception contemporaine, a adopté un sens plus large. Elle est utilisée aujourd’hui pour désigner le dénigrement et la persécution systématique de personnes au sein d’une société sous des prétextes fragiles, faux ou exagérés : par exemple, la "chasse aux sorcières" des sympathisants communistes pendant le maccarthisme aux États-Unis. L’expression est également très utilisée par des groupes s’estimant victime de diabolisation : elle fait souvent partie des discours s’inscrivant dans le processus de victimisation.




Historique

Origines historiques


L’Église catholique entend exercer un contrôle absolu non seulement sur les contenus théologiques, mais également sur les modes de vie. L’Inquisition est organisée au début du XIIIe siècle par Grégoire IX pour lutter contre les hérétiques, suite au concile de Latran IV. Ses premières victimes sont les Cathares et les Vaudois, qui ont des perceptions différentes de la foi chrétienne.

Parfois, la contestation relève d’un désir de liberté. En réaction aux fièvres millénaristes fleurissent des sectes dans la mouvance du Libre-Esprit, comme les bégards et les lollards qui réclament une plus grande liberté des corps et des consciences. On trouve dans ces sectes un grand nombre de femmes. Elles expriment leur désaccord avec l’Église, en réclamant une libéralisation du statut de la femme. Les béguines, surtout présentes en Europe du nord, cristallisent ce courant de subversion des mœurs. Elles vivent au sein de communautés autonomes, mais ne sont pas ordonnées. Elles sont autonomes en vivant d’aumônes, mais aussi de leurs salaires pour leurs soins médicaux ou leurs travaux textiles. Surtout, elles prônent une plus grande liberté sexuelle et récusent l’autorité des hommes. Marguerite Porete, une béguine, pousse la provocation jusqu’à publier à la fin du XIIIe siècle un traité de théologie, le Miroir des âmes simples anéanties. Poursuivie par l’Inquisition, elle est condamnée pour hérésie et est brûlée en 1310.

Réaction de l’Église

Vers 1326, le pape Jean XXII rédige la bulle Super Illius Specula, qui définit la sorcellerie comme une hérésie. En 1484, le pape Innocent VIII lance le signal de la chasse aux sorcières en rédigeant une bulle papale[2] qui organise la lutte contre la sorcellerie et élargit la mission de l’Inquisition aux « praticiens infernaux ». La persécution est véritablement lancée à grande échelle après la publication en 1486 du Malleus Maleficarum, par Heinrich Kramer et Jacques Sprenger, deux dominicains[3]. Il s’agit d’une enquête commanditée par l’Inquisition qui décrit les sorcières, leurs pratiques, et les méthodes à suivre pour les reconnaître. Le Malleus Maleficarum, ou Marteau des sorcières en français, est un véritable succès : en 30 ans, il est réédité plus de vingt fois. Bien que rapidement rejeté par l’Inquisition, le manuel rédigé par les deux Dominicains servit de référence à la justice séculière qui condamnait les sorciers.

Les persécutions



Suite à la publication de cet ouvrage commence un mouvement d’arrestations systématiques dans toute l’Europe. Principalement en Allemagne, en Suisse et en France, mais également en Espagne et en Italie. Cette première vague dure environ jusqu’en 1520. Puis une nouvelle vague apparaît de 1560 à 1650. Les tribunaux des régions catholique comme ceux abritant la Réforme envoient les sorcières au bûcher. Historiens et chercheurs estiment aujourd’hui le nombre de victimes entre 50 000 et 100 000. Un chiffre élevé en proportion de la population européenne de l’époque.

L’usage systématique de la torture (sauf en Angleterre) permet d’obtenir des aveux aussi détaillés que fallacieux. Les accusés connaissent généralement bien le scénario du sabbat diabolique, popularisé par les livrets de colportage et les contes de la veillée, et beaucoup vont au-devant des demandes des juges, soit par peur, soit par mythomanie ou pour assouvir des haines personnelles.

Les victimes des procès en sorcellerie sont à 80 % des femmes, et appartiennent en majorité aux classes populaires. Les gens riches sont néanmoins en danger, leurs biens sont une tentation pour leurs accusateurs. Les condamnations pouvaient parfois être étendues à leurs enfants, surtout s’il s’agissait de filles. Les juifs, homosexuels, marginaux et « errants », pauvres hères et vagabonds, « gens du voyage » font aussi partie des victimes. Des animaux ont même été brulés pour sorcellerie. Les prêtres eux-mêmes n'étaient pas à l'abri, comme le rappelle Von Spee. Certains polémistes ont avancé le chiffre de 9 millions de morts [1], bien que cette estimation soit probablement exagérée.

En France, la persécution s’arrête pratiquement après 1680. Le Parlement de Paris, beaucoup moins « démonomane » que les justices de province, finit par nier toute réalité aux pactes sataniques et aux maléfices, ce qui ôte leur fondement aux poursuites. Seuls sont réprimés les empoisonnements et crimes sexuels pratiqués par certains groupes que nous dirions satanistes. C’est le cas par exemple de Catherine Deshayes la Voisin et de ses adeptes. Les grandes persécutions se terminent vers la fin du XVIIe siècle. Les dernières victimes sont brûlées ou décapitées, Anna Göldin dans la Suisse protestante en 1782, et deux autres dans la Pologne catholique en 1793.

Les procès

Les procès sont des simulacres de procès, où l'avocat est généralement absent. Ceux qui défendent les sorcières sont appelés "Avocat du diable" et se mettent en danger eux-même. En 1613, en Allemagne, le superintendant de Henneberg déclarait: " Les autorités ne doivent pas permettre aux avocats de s'occuper des affaires de sorcières et de leur sauver la vie pour provoquer encore plus de dommages et de maux. Car tout le mal que de telles fiancées du diable font, les régents et les honorables avocats devront un jour en répondre devant Dieu et la chaire du Christ". Les juges pratiquent une certaine douceur dans le questionnement, pour mettre l'accusée en confiance, mais les questions théologiques, comme celles qui furent pratiquées pour le procès de Jeanne d'Arc, perdent les pauvres paysannes sans culture que ces femmes étaient le plus souvent. Les plus cultivées, comme Adrienne d'Heur en 1646, quand on lui demande si elle croit aux sorciers sait que si elle répond non, on l'accusera de ne pas croire au diable et donc de s'opposer au dogme de l'Église et si elle répond oui, on lui demandera d'où elle tient cette certitude suspecte: connaîtrait-elle donc personnellement des sorciers ? Adrienne sent le piège et répondra qu'elle croit aux sorciers parce que la Bible en parle. Les méthodes sont celles utilisées à toute époque quand l'accusé est jugé coupable avant même que commence le procès. Un moment clé de l'interrogatoire est l'apparition des témoins qui sont souvent des proches de la sorcière. L'instant d'avant, elle ne savait pas qui avait déposé contre elle et tout à coup l'accusée s'effondre quand elle réalise quelles personnes se sont liguées contre elle.Le livre de Friedrich Spee "Cautio Criminalis", écrit à l'époque de la persécution la plus violente en terre germanique, décrit parfaitement le mécanisme implacable qui fait que la sorcière ou le sorcier ne peuvent que mourir, s'ils n'avouent pas, ils sont accusés de taciturnité diabolique, et sont condamnés, si ils avouent sous la souffrance, ils sont également brulés.

Ce que la société reproche aux sorcières et sorciers

Médecine traditionnelle

Les femmes accusées de sorcellerie sont souvent sages-femmes ou guérisseuses, dépositaires d’un savoir et d’une pharmacopée ancestrales. La population, essentiellement rurale, n’avait guère d’autre recours pour se soigner. Les rites qui les accompagnent, ainsi que ce qui est nommé "superstition" font l'objet d'un rejet général de la part de l'élite ecclésiastique qui tente de les combattre. Ces méthodes définies comme magiques se heurtent au rationalisme de la Renaissance. Des incantations en langue connue ou inconnue sont souvent associées aux soins et l'église contraint les fidèles à remplacer ces gestes et incantations par des prières aux saints guérisseurs, et par des signes de croix. Les sages-femmes, sont accusées de pratiquer des avortements.

L’émancipation

L’accusation de sorcellerie est également utilisée pour condamner une certaine émancipation féminine vis-à-vis des contraintes de la société d'ancien régime. Ainsi, lors de son procès pour hérésie, on reproche à Jeanne d'Arc de porter des habits d’homme - ce qui était alors un délit passible de la peine capitale, d’avoir quitté ses parents sans qu’ils lui aient donné congé, et de monter à cheval. Aussi certaine de ces femmes travaillent, et la relative indépendance économique dont elles jouissent les font sortir des normes et du rôle imposés à la féminité. Les femmes sans appui masculin, les veuves en particulier, étaient plus facilement condamnées, d'autant que si elles étaient riches, leur bien était partagé entre l'accusateur et le juge. Également, le bourreau pouvait être payé à la pièce. Ces procédés sont dénoncés en particulier par le jésuite Von Spee[4] Le cas des béates est particulièrement révélateur. Des femmes indépendantes qui réunissent autour d'elles de nombreux fidèles et qui disent avoir des visions parfois même des entretiens avec le Christ ou la Vierge Marie, mettant en péril l'unité de la doctrine catholique (bien qu'à échelle réduite). Certaines d'entre-elles sont condamnées pour sorcellerie tandis que d'autres, rattachées à un confesseur qui les corrige sont canonisées.

La sexualité

On reproche également aux sorcières leur sexualité. On leur prête une sexualité débridée. D’après le Marteau des sorcières[3]Malleus Maleficarum, elles ont le « vagin insatiable ». Les sabbats qu’on leur reproche sont l’occasion d’imaginer de véritables orgies sexuelles. Mais l’Église stigmatise surtout une sexualité subversive. Selon l’Église, les sorcières apprécient particulièrement les positions "contre nature" : en particulier, elles chevauchent volontiers leurs compagnons ce qui symboliquement renverse le rapport naturel de domination. On retrouve ici dans la sorcière la figure de Lilith, que la tradition juive présente comme la première femme d’Adam. Formée par Dieu à l’égal de l’homme, Lilith aurait abandonné Adam car il refusait de se livrer au jeu de l’amour en dehors des positions traditionnelles (position du missionnaire).

Il faut aussi rapprocher ces sabbats de fêtes anciennes comme Beltain au printemps qui étaient des fêtes de la fécondité. Il a pu y avoir au Moyen Âge et à la renaissance des résurgences de ces fêtes. Il est probable à lire certains comptes rendus de prétendues relations sexuelles avec le diable dans certaines maisons, ou dans la nature, que des hommes déguisés abusaient de la naïveté de certaines femmes en se faisant passer pour le diable, avec ou sans complicités. L'autre aspect de cette focalisation sur la sexualité est l'accusation de rendre les hommes impuissants (nouer l'aiguillette)ainsi que la terre et les animaux infertiles. Institoris raconte dans Le Marteau des sorcières que les sorcières volent les sexes masculins et les cachent dans des nids. La guerre de la fertilité est attestée par les travaux de l'historien Ginzburg sur les benandantis du Frioul qui vont en rêve combattre les sorciers et démons qui volent les récoltes. Ces croyances sont immémoriales.

Le satanisme

Enfin, les sorcières sont censées avoir commerce avec le diable. On développe pour mieux les rejeter toute une légende et une iconographie autour de ces pratiques : sabbats, messes noires, sacrifices, sorts jetés… Il s’agit en réalité de stigmatiser les reliquats de religions primitives ainsi que les rites et les croyances qualifiées de « superstitieuses ». L'Église construit une religion inverse, avec une hiérarchie de démons ; l'inverse de l'agneau pascal est le bouc, l'inverse de la messe est le sabbat, etc... mais les aveux qui sont proposés aux accusés dans ce sens ne correspondent pas aux véritables craintes des populations : les gens ont peur, et accusent les sorcières de la destruction des récoltes, des maladies, de la mortalité infantile.

Sorcières et humanisme

La persécution des sorcières culmine aux XVIe et XVIIe siècles et coïncide avec la Renaissance, c'est à dire le début de l'époque moderne qui coïncide avec l’humanisme et les débuts de l’imprimerie qui le diffuse. Les sorcière étant des boucs émissaires, les chasses aux sorcières correspondent avec les périodes de guerre (guerres de religion, guerre de trente ans) et les malheurs du temps (famines, épidémies etc...). Les grands penseurs humanistes ne s’élevèrent pas contre ce mouvement, à l’exception de Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim qui fut attaqué pour soutien à la sorcellerie.

Le pasteur allemand Anton Praetorius de l’Église réformée de Jean Calvin édita en 1602 le livre De l’étude approfondie de la sorcellerie et des sorciers (Von Zauberey und Zauberern Gründlicher Bericht) contre la persécution des sorcières et contre la torture. Le jésuite Von Spee qui a accompagné de nombreuses prétendues sorcières au bûcher publia sous l'anonymat un livre pour les défendre (cautio crimialis), toute sa vie il se battit pour les défendre, et invitait les juristes et tous ceux qui contribuaient à cette chasse, d'assister à une séance de torture au cours des quelles il dit avoir vu blanchir ses cheveux en voyant tant de détresse et de souffrance qu'il ne pouvait soulager. Il les adjurait d'appliquer la constitution caroline de Charles Quint, un système de droit pénal évolué et protecteur des droits des accusés. Les pratiques locales étaient souvent peu respectueuses des textes, ce qui explique que dans certains lieux il y ait eu des flambées de violence et rien du tout 50 kilomètres plus loin.

Le grand juriste Jean Bodin publia un traité de démonologie[5]. Il est dans la ligne dure du Marteau des sorcières et s'élève violemment contre ceux qui les défendent. Ce mouvement de normalisation des esprits et des mœurs s’inscrit dans la progression de la pensée de la Renaissance.

Au contraire, son contemporain Montaigne ne voit dans la sorcellerie qu’illusions de vieilles femmes superstitieuses à qui il faudrait « quelques grains d’ellébore ». Le médecin Jean Nydault réduit également la sorcellerie à un fantasme. La psychiatrie est née au pied des bûchers, les médecins s'interrogeaient sur ce qu'était la possession, les visions, les hallucinations. Jan Wier (de paestigiis daemonium 1567) et Paulus Zachias font partie des sceptiques. Jan Wier assure : "ces pauvres possédés et ensorcelés sont victimes de leur imagination avivée par des tourments". Comme le remarque Esther Cohen[6], « Au nom de la science, la rationalité occidentale éradique les figures de l’altérité ».

Esther Cohen établit un parallèle avec les thèses des philosophes de l’école de Francfort, comme Adorno ou Walter Benjamin. Selon eux il existe un lien entre le processus de civilisation et la barbarie. Le progrès et la violence marchent de pair. Les sorcières sont un des boucs émissaires de la modernité.

Mutation du phénomène

Au XVIIe les procès en sorcellerie s’épuisent, mais le phénomène se transforme. On voit apparaître des phénomènes de possession. En 1634, l’affaire des possédées de Loudun marque une étape. Dans un couvent d’ursulines à Loudun, les sœurs affirment avoir été ensorcelées par le curé Urbain Grandier. Suite à un procès en sorcellerie demandé par Richelieu, le curé fut brûlé. Jugulée dans la société civile, l’influence de l’Église semble ne plus avoir d’autre exutoire qu’au sein de ses membres.

"La réhabilitation"

Le premier à réhabiliter les sorcières fut Jules Michelet qui leur consacra un livre en 1862[7]. Il voulut ce livre comme un « hymne à la femme, bienfaisante et victime ». pour voir apparaître le thème sous un jour positif. Les représentantes des mouvements féministes des années 70 se sont emparées et ont revendiqué l'oppression par la sorcellerie comme symbole de leur combat. On notera par exemple la revue Sorcières de Xavière Gauthier, qui étudiait les « pratiques subversives des femmes ».

Anecdote

Une loi anglaise de 1677 condamnait au bûcher les météorologues, taxés de sorcellerie. Mais la loi n’a pas toujours été appliquée à la lettre : le capitaine Stagg était le météorologue qui avait prévu une accalmie pour le débarquement de Normandie, le matin du 6 juin 1944. La loi ne fut abrogée qu’en 1959.

Analyses du phénomène de la sorcellerie et des chasses aux sorcières


Crimes et péché sont liés, un crime contre la société et les hommes est donc souvent, aussi, un crime religieux. À une accusation judiciaire peut donc très souvent être associée une accusation en sorcellerie. … Gilles de Rais…


Le cartésien Nicolas Malebranche, au XVIIe siècle, dans son célèbre ouvrage De la recherche de la vérité, proposa une analyse rationaliste de la sorcellerie. Même s’il avoue encore que de très rares cas de sorcellerie soient possibles, il pensait aussi que l’immense majorité des cas évoqués étaient de purs produits d’une imagination « contagieuse ». Il mobilise trois arguments, de trois types différents :

* théologique : Satan a été vaincu par Dieu, et relégué dans les abîmes du monde, d’où il ne peut rien sur les hommes. Les sorciers ne peuvent donc user de pouvoirs qu’il ne peut leur donner.

* rationnel : ceux qui témoignent (de bonne foi) avoir été au sabbat, ne le font que parce qu’ils confondent la veille avec les rêves qu’ils ont eus en dormant. En le racontant, ils font que d’autres en rêvent la nuit, qui confondront également la veille avec le sommeil, et ainsi de suite. De plus, une telle histoire extraordinaire captive les oreilles et donne un certain prestige à qui la raconte, et s’en prévaut - ne fût-ce même que pour celui qui raconte connaître un sorcier véritable.

*pragmatique : à supposer même qu’il existe quelques cas de sorcellerie véritable, les traquer si impitoyablement ne fait qu’en multiplier les signalements. Non seulement par les dénonciations mesquines, ni seulement non plus par le complexe d’Érostrate, qui fait que n’étant doué en aucune chose qui nous puisse acquérir la gloire, nous la cherchions dans la nuisance et la destruction, mais encore parce que ceux que leur imaginaire emporte, et qui ne distinguent la veille d’avec le sommeil, trouvent confirmation de la possibilité de la sorcellerie dans sa reconnaissance institutionnelle. Aussi Malebranche en tire-t-il la conclusion qu’il vaut mieux ne pas juger les prétendus sorciers aux parlements (tribunaux de l’époque)


La sorcellerie existe depuis les temps préhistoriques. Toutefois, on ne parlait pas encore de sorcières. «Bien que les sorcières aient commencé à faire parler d’elles au milieu du XVe siècle, c’est entre 1580 et 1630 que la chasse aux sorcières atteignit son paroxysme». À la Renaissance, la chasse aux sorcières touchait à sa fin et l’esprit scientifique était, lui, en plein essor. Pour les esprits rationnels, cette affaire de sorcières n’était que le fruit d’une société superstitieuse. Pour ceux chez qui la raison dominait, cette peur des superstitions était des plus stupides. Les philosophes du siècle des Lumières croyaient que de tels événements ne se reproduiraient plus jamais, et cela bien avant que la chasse aux sorcières soit complètement terminée.

C’est cent ans plus tard, au milieu du XIXe siècle, cette confiance dans un monde meilleur ne déclinait pas encore, mais beaucoup commençaient à douter du rationalisme et de la science.» Les Romantiques de l’époque prônaient l’imaginaire et non la philosophie de Voltaire, Newton ou Locke. Ils furent fascinés par tout ce qui à trait à la sorcellerie. Pour eux, ces femmes qui avaient été jugé folles par les philosophes des Lumières, étaient porteuses de messages, d’anciennes croyances. Elles «devenaient des visionnaires, des oracles, de glorieuses femmes fatales, victimes des forces obscures, de la pudibonderie et de l’oppression.» C’est ainsi que les Romantiques donnèrent une nouvelle image aux sorcières, celle que nous connaissons aujourd’hui. Par la suite, les mouvements d’émancipation des femmes transformèrent les sorcières en sœurs des féministes.


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dimanche 06 avril 2008 à 20:48
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L’abbé Joseph-Antoine Boullan

« …qui veut faire l’ange, fait la bête. »

C’est le 18 février 1824 dans le joli village de Saint-Porquier que l’abbé Joseph-Antoine Boullan voit le jour pour la première fois. Après de brillantes études, il obtient son diplôme de théologie. Ordonné prêtre le 23 septembre 1848, il reste vicaire de la paroisse Saint-Jean à Montauban pendant deux ans. Il fréquente alors les milieux ésotériques et mystiques où son érudition permet de lui ouvrir certaines portes. Il se rend ensuite à Rome, et décroche son doctorat en théologie, grâce à celui-ci il est accepté parmi les missionnaires du Précieux Sang. Il publie alors son premier ouvrage à Colmar en 1853, il s’agit d’une traduction de la Vie Divine de la Sainte Vierge, extraite du livre de la Cité Mystique, rédigé par Marie d’Agreda, célèbre abbesse espagnole du XVIIe siècle. En 1854, il quitte cette congrégation pour s’établir à Paris et devient le principal rédacteur d’une revue liturgique intitulée le Rosier de Marie. C’est au cours d’un séjour en mars 1856 à la Salette, lieu d’apparition mariale controversé, qu’il fait la connaissance d’Adèle Chevalier, religieuse converse belge du couvent Saint-Thomas-de-Villeneuve à Soissons. Celle-ci, connue dans les milieux ecclésiastiques comme miraculée, aurait été guérie de la cécité, ses prédictions et ses déclarations exaltées attirent de nombreux fidèles. Elle choisit rapidement l’abbé comme directeur de conscience, et c’est ensemble qu’ils décident de consacrer leur vie à l’action réparatrice, « il s’agit d’offrir à Dieu, à titre de satisfaction ou de réparation, soit des prières spéciales, soit des souffrances physiques ou morales chrétiennement acceptées, ou même sollicitées, de manière à compenser ainsi dans une certaine mesure les offenses continuellement faites à la majesté divine par les pécheurs non repentis ».

Boullan obtient des supérieurs d’Adèle de s’occuper personnellement de son amie visionnaire. Il se rend à Rome pour solliciter l’autorisation de Pie IX afin de créer un nouvel ordre, le pape n’interdit rien et n’autorise rien, c’est finalement l’évêque de Versailles qui délivre toutes les permissions pour « L’oeuvre de la réparation des âmes ». Le temple baptisé « Bethléem » s’installe à Sèvres, en 1859, Boullan y établit sa compagne comme supérieure et en fait sa maîtresse selon ses principes de mystique sexuelle. Afin de diffuser sa doctrine, il crée sa propre revue, « Les Annales du Sacerdoce », dont voici un extrait significatif : « l’humanité s’est dégradée par un double adultère, dans les personnes d’Adam, souillé aux caresses de Lilith, et d’Eve, flétrie au baiser de Samaël : ainsi la vitalité corporelle du premier couple fut infectée dans sa source même, par le ferment de la concupiscence, qui s’y mêla… La preuve en est dans la sentence de répression fulminée par l’Eternel. Ne dit-il pas à la femme : « Tu accoucheras dans la douleur ?». Le couple fait rapidement scandale, Boullan qui se considère comme un guérisseur spirituel, impose des méthodes de rétablissements qui font grand bruit, ainsi il applique des mélanges d’hosties et de matières fécales sur certaines religieuses de l’ordre qu’il considère comme possédées afin de les exorciser, il leur crache dans la bouche, et leur fait boire leur urine mélangée à celle d’Adèle. Il fait de nombreuses victimes parmi ses riches fidèles en les lésant de grosses sommes d’argent. Jules Bois dira de lui que pour combattre les envoûtements il possédait cinq armes :



Il officie suivant des rites spéciaux où Adèle Chevalier offre son corps nu à l’autel, la messe noire est proche…..Le scandale est à son comble lorsque Adèle enceinte fait disparaître l’enfant. On soupçonne Boullan d’avoir religieusement sacrifié le nouveau-né dans un rituel où magie, sexe et rites catholiques sont mêlés, mais aucune preuve n’est apportée.

Malgré ces méthodes douteuses l’abbé gardera sa foi et aura toujours le sentiment de servir l’église. En 1861, un tribunal civil les condamne à trois années d’emprisonnement sous l’inculpation d’escroquerie.

Libérés, ils mènent pendant quelques temps une vie calme. Au bout de trois ans Boullan se rend à Rome où après une stupéfiante confession générale, il avoue ses fautes et… obtient l’absolution, l’église ne voulant pas être éclaboussée par les retombées du scandale. Il récupère ainsi la plénitude de ses pouvoirs sacerdotaux et fonde une revue « Les Annales de la Sainteté », utilisée pour la diffusion de ses doctrines, les conséquences seront identiques que lors de la création de sa première parution. En 1869, il crée l’œuvre de Marie, destinée à combattre l’universelle décadence de la Foi et de la propagation de la magie noire. Cette fondation de courte durée, lui permet de fréquenter des mages noirs au sein des sociétés secrètes, des médiums et des voyants. Sur cet intervalle un décret vient de Rome qui le chasse définitivement de l’Eglise.

C’est à cette époque que Boullan essaie de contacter le célèbre prophète de Tilly, Vintras, une correspondance s’en suit et c’est à Bruxelles en août 1875 qu’ils se rencontrent pour la première fois. Suite à une nouvelle rencontre à Paris, l’abbé s’adonne au vintrassisme. A la mort de Vintras en 1875, il proclame être le successeur de celui qu’il considère comme son maître, bien qu’il ne l’ai rencontré qu’à deux reprises. Il s’installe alors à Lyon chez un de ses adeptes, l’architecte Mismes, et se choisit le pseudonyme d’Elie-Jean-Baptiste (successeur désigné par le ciel selon la doctrine). Nous trouvons maintenant au côté de Boullan, une « vintrassienne »convaincue Julie Thibault « la Femme Apostolique », elle participe à toutes les activités du groupe, aux unions spirituelles, aux unions de vie, elle guérit les malades « dans son ministère de Melchisédech Féminin ».
Vintras

Vintras

A cette époque Boullan fait la connaissance de l’écrivain J.K. Huysmans, il l’aidera dans ses recherches sur le satanisme et la magie noire qui sont les principaux thèmes de son célèbre roman « Là-Bas ».


A cette fin, ils visitent ensemble le carmel fondé par Boullan, d’où Huysmans ayant participé à certains rites Eliaques, ressort effaré. Voici un extrait de sa correspondance à un ami :

« Je file décidément, la semaine prochaine, pour Lyon. Je suis mis en avant-goût des aventures occultes par la voyante, la somnambule du prêtre qui est venue à Paris guérir une possédée et est venue chez moi. Elle est tout bonnement extraordinaire et …très inquiétante. Je commence à croire que je verrai des choses étranges à Lyon où je suis sûr d’être reçu à bras ouverts…Ces gens-là sont des êtres diaboliques à coup sûr. »

Ils se rendent à Bruges où ils rencontrent le prêtre Louis Van Haecke autrement dit le célèbre chanoine Docre de « Là-Bas », dont le satanisme n’a jamais pu être prouvé. Boullan, quant à lui, inspire le personnage de Johannés. S’ensuit une correspondance qui débouche sur une amitié sincère. Dès cette époque, les renseignements ne nous parviennent que par l’intermédiaire d’un jeune occultiste, Oswald Wirth qui insidieusement s’est infiltré au sein de l’église et se fait passer pour un adepte. Il arrive à recueillir la déposition d’une nouvelle voyante, Maria Martin, que le mage aurait délivrée d’un envoûtement. Wirth à cette période se rend régulièrement chez Stanilas de

Guaïta fondateur de l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, celui-ci s’est constitué une magnifique bibliothèque, amoncelant des éditions et des manuscrits rares, Oswald lui sert de secrétaire, au cours d’une conversation Guaïta est informé des turpitudes de Boullan., il décide alors de convoquer un tribunal « vehmique »rosicrucien qui condamne l’abbé et lui envoie une lettre de menace que Boullan reconnaît comme une sentence de mort, voici les termes de cet écrit : « Les initiés véritables ne sauraient souffrir plus longtemps que vous profaniez la Kabbale en vous disant Kabbaliste et en mêlant les ordure de votre imagination dévergondée aux hautes doctrines des maîtres de la Sagesse. »
Stanislas de la Gaïta

Désormais, une lutte occulte s’engage, et on assiste à un véritable duel de mages, Boullan aurait été envoûté par Guaïta et Papus. Boullan meurt subitement le 4 janvier 1893, Huysmans aura des doutes quant à la culpabilité de Guaïta et dans un article publié dans les colonnes du journal de « Gil Blas », Jules Bois accuse ouvertement Guaïta et Papus d’être des magiciens noirs à la base du décès de l’abbé contre qui auraient été engagées des pratiques occultes.

Ces deux derniers se sentant diffamés provoquent Bois en duel. Les deux premier antagoniste, Guaïta et Bois s’affrontent au pistolet, mais chacun manque sa cible, le second duel qui oppose Bois et Papus s’exécute à l’épée, Bois s’en tire avec une légère blessure au bras.


Quelques mois après la mort de Boullan, Huysmans voit arriver chez lui Julie Thibault, chargée de lui léguer d’importantes archives, il hébergera la visionnaire pendant quelques mois, juste le temps de consulter ses importants documents qui lui feront prendre conscience que l’abbé Boullan ressemblait plus au chanoine Docre qu’au calme Johannès. Il finira par chasser la voyante.

Bibliographie :

* BOIS Jules : Satanisme et Magie – Flammarion
* ETUDES CARMELITAINES : Satan – Editions Desclée De Brouwer – 1948
* DICTIONNAIRE DE SOCIETES SECRETES – Divers auteurs – 1971
* FRERE Jean-Claude : Les Sociétés du Mal - 1972
* STANISLAS DE GUAÏTA : Le Temple de Satan – Trédaniel – 1994
* STANISLAS DE GUAÏTA : La Clef de la Magie Noire – Trédaniel 1995
* LA TOUR SAINT-JACQUES : Numéro spécial sur Huysmans – mai-juin 1957
* MICHELET Victor-Emile : Les Compagnons de la Hiérophanie – Editions Belisane
* MONTLOIN Pierre ET BAYARD Jean-Pierre : Les Rose-Croix – 1972
* RIBADEAU DUMAS François : Les Magiciens de Dieu – Robert Laffont - 1970
(Inquisitor)



Ce message a été modifié par sandie72 - dimanche 06 avril 2008 à 20:49.
mercredi 09 avril 2008 à 10:00
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La société infernale d'Agen.

L'histoire nous est contée en tous ses détails par Me Maurice Garçon d'aprés un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, intitulée L'Affaire d'Agen aprés avoir été citée par J.K. Huysmans dans "Là-Bas". Nous apprenons ainsi qu'une dame charitable d'Agen reçut en 1835 les confidences d'une malheureuse, qui se rendit intéressante en s'accusant de sacrilèges effroyables. Cette Virginie, dont le nom patronymique reste inconnu, prétendait n'avoir jamais été baptisée ; en revanche, à l'âge de douze ans, soit en 1815, elle affirmait avoir été entrainé dans une maison de la ville, où un autel était consacré au Diable. Là, au milieu d'une assemblée composée des personnes les plus éminentes de la cité, elle avait écrit de son sang un pacte portant ces mots :

Je me consacre à Satan, en promettant de ne servir et de n'adorer que lui seul, jurant haine à Dieu.

Un vrai prêtre officiait en l'honneur de Satan et présidait à la profanation en commun d'hosties consacrées. Mais les hosties consacrées par le prêtre sataniste était moins appréciées que celles qui provenaient des églises, où Virginie allait communier jusqu'à quatre ou cinq fois par jour, en escamotant chaque fois l'hostie pour la livrer aux satanistes. Ceux ci conservaient en un coffret les hosties destinées à être souillées avec des rafinements d'infamie. Virginie confessait avoir servi le Diable durant ving cinq ans, dans des conditions d'ignominie dont elle ne faisait aucun mystère. Elle eut des velléités de révolte et aborda plus d'une fois le tribunal de la pénitence ; mais le Diable l'avait toujours empêchée de parler, jusqu'au jour où elle rencontra la pieuse madame Belloc, dont l'approche fut pour elle le salut.


Cette âme pure fut épouvantée par les révélations de Virginie, qu'elle résolut de convertir avec l'aide de l'abbé Degans, qui devait devenir, en 1837, supérieur du petit séminaire. Ce saint homme était crédule et, lorsque Virginie se montra incapable de nommer un seul membre de la société infernale, où de désigner la maison maudite, il admit l'intervention du Diable empêchant la sataniste de dénoncer ses complices. Jamais il ne lui vint à l'idée d'attribuer à une maladie de l'imagination les récits de sa pénitente, retenue sous la domination du démon. Car, en dépit de ses promesses et de l'horreur qu'elle en éprouvait, Virginie retournait malgré elle à la mystérieuse demeure où se célébrait le sabbat. Elle déplorait ses escapades involontaires, dont elle ne cachait rien à sa protectrice confuse et à l'abbé, qui rougissait de l'étalage des plus révoltantes turpitudes. Prolixe sur ce qui se passait en présence de Satan, Virginie restait obstinément muette sur le lieu de réunion des satanistes.


A force de prières, de supplications et même de menaces, on obtint de Virginie de résister à l'attraction du sabbat, si bien que le 15 février 1838 elle fut baptisée. Ici se place un incident qui n'est pas clair. Empêché au dernier moment, l'abbé Degans ne put administrer le sacrement et fut remplacé tout juste par le prêtre sataniste, qui du coup, aurait du être connu. Il n'en est rien, car ce baptême ne semble pas avoir eu de témoins. Gravement malade, Virginie était alitée ; le sataniste s'était glissé à son chevet à la manière d'un fantôme. Le baptême diabolique devait restituer au Malin son empire sur Virginie ; mais, redoublant de prières, l'abbé Degans et Mme Belloc entrèrent en lutte avec Satan. A partir de ce moment, Virginie eut des crises de possession. Le Diable la tourmentait pour la contraindre de revenir à lui. Pour ne laisser à la démoniaque aucun doute sur ses intentions, il lui dépêcha la propriétaire de la maison, siège des réunions de la Société infernale. Cette femme, que nul ne vit hors Virginie, et dont celle ci ne put prononcer le nom, promit guérison et tranquillité moyennant retour à Satan. Mais Virginie fut héroïque : elle supporta par la suite d'affreuses brûlures et des tortures variées, plutôt que de se détourner de la bonne voie.

Le mercredi saint 1838, Virginie communia. Le lendemain, le Diable laissa tomber sur son lit une hostie brisée. Elle provenait du coffret des Satanistes, et venait d'être rapportée miraculeusement. Les amis de Virginie ne doutèrent pas du miracle et implorèrent le ciel avec tant de ferveur qu'il se renouvela. Sommé au nom de Jésus Christ, Satan vint jeter à la tête de Virginie de nouvelles hosties. Elle seule voyait le Diable, mais les hosties miraculeuses étaient visibles et palpables ; il en vint successivement prés de 3000, dont 140 ensanglantées.

Le 22 mai, un petit démon de la dimension d'une carafe vint à Lucifer, qu'il escorta par la suite régulièrement, tout en restant spectateur passif des apports d'hosties. Le 9 juin, le diablotin se mit à recueillir pieusement les hosties éparpillées par le Diable et prit une attitude si respectueuse pour les présenter à Virginie, que celle ci reconnut en lui un ange. C'était en effet son ange gardien, qui, bien que piteux, entreprit de protéger efficacement la pénitente décidée à rompre avec Satan. Ce fut ce protecteur, qui, le 15 août, en présence de 50 hosties restituées, s'ecria : Mon Dieu, tout est apporté ! Du coup Virginie se sentit guèrie d'une paralysie qui la privait de l'usage de ses jambes depuis de longs mois.

Désormais, elle put aller à l'église et se montrer en public. Le Diable en profita pour l'assaillir en pleine rue ou au cours du service divin. Cela fit scandale et l'évêque intervint en chargeant deux théologiens d'examiner Virginie. Reconnue possedée, elle fut soumise à des exorcismes quotidiens, qui eurent pour théatre la chapelle des Dames de la Miséricorde. Le spectacle fut édifiant à sa manière, car le Diable blasphémait avec rage par la bouche de Virginie, qui joua son rôle superieurement jusqu'en janvier 1839. Les séances furent alors interrompues en raison de la maladie de l'un des exorcistes. Mais elle reprirent dès le 21 février.

Ce qui frappait le plus, c'est qu'elles provoquaient des apports d'hosties, alors que la société infernale n'en possédait plus et que tout le clergé d'Agen exerçait un contrôle minutieux sur les communions. Sommé de s'expliquer, le Diable insinua que d'autres satanistes opéraient à Bordeaux, cours d'Albret.

Le jour de Pâques, l'assaut suprême fut donné par le Diable, qui provoqua une crise si violente qu'on crut Virginie morte. En revenant à elle, sa joie fut grande, car elle se sentit définitivement guérie de sa paralysie et de son obsession. Désormais, en effet, le démon fut victorieusement repoussé dès qu'il approchait de Virginie. Dompté, il apportait presque quotidienement des hosties. Puis Jésus prit l'habitude de visiter la convertie pour lui faire faire des communications d'une orthodoxie de plus en plus contestable, d'autant que les mystiques d'Agen se mirent en relation, en 1840, avec un visionnaire qui s'était révélé le 6 août 1839 en Normandie. Réincarnation du prophète Elie, il se nommait Vintras et prêchait à Tilly-sur-Seulle la religion des temps nouveaux.

Cette innovation fut condamnée par l'évêque en 1841 et par grégoire XVI, le 8 novembre 1843. Les autorités ecclésiastiques d'Agen qui furent pitoyables à Virginie victime du Diable, jugèrent sévèrement son prophétisme. Une enquête fut ouverte et recueillit au minimum 175 témoignages. En 1846, l'évêque en prit texte pour taxer Virginie de mensonge. Hystérique, elle avait inventé de toutes pièces sa société diabolique, sa guérison fut simulée. Quant aux hosties, elle en avait acheté en ville sans recourir au Diable. Enfin Jesus lui communiquait des hérésies !
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Le rituel pratiqué ici, voulait que la femme qui avait commandé la messe s’allongea nue en travers de l’autel, les bras en croix, une bougie noire dans chaque main, le célébrant, l’abbé Guibourg, dans ce cas particulier habillé d’une chasuble blanche brodée de pommes de pin noires se tenait entre les genoux de la femme et déposait son calice sur le corps de celle-ci, la cérémonie alors commençait. Il était probable qu’un enfant était sacrifié à l’instant où le célébrant offrait l’hostie. Le sang était mêlé à celui du calice, et l’offrande adressée à Astaroth et Asmodée, les entrailles et le cœur de l’enfant servaient de poudre magique destinée au roi.(D’après le témoignage de la fille La Voisin).

Les rites de la Messe Noire continuèrent de sorte tout au long de notre histoire et persistèrent jusqu’à nos jours, il y eut beaucoup de magiciens célèbres dont Aleister Crowley qui perpétua cette cérémonie qui fut d’ailleurs une des cause certaine de ses ennuis avec la justice italienne lors de son séjour à Cefalu.

De nombreux écrivains la narrèrent, une des plus célèbre étant certainement la Messe Noire pratiquée par le chanoine Docre dans le célèbre roman de Huysmans « Là-Bas ». Le cinéma nous la fait souvent revivre, accompagnées de ces rituels les plus sanglants. Il subsiste à notre époque de très nombreux satanistes qui s’ils perpétuent un culte au Diable et pratiquent toujours des Messes Noires rejettent formellement le sacrifice humain ou animal.


Bibliographie :

* GARCON (Maurice), "La société infernale d'Agen", Revue Le Mercure de France, Juillet 1928


(inquisitor)




Ce message a été modifié par sandie72 - samedi 12 avril 2008 à 14:17.
samedi 12 avril 2008 à 14:19
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Aleister Crowley – The beast 666

« Frissonne sous la volupté joyeuse de la lumière,
O homme ! Homme à moi !
Viens, surgissant de la nuit de Pan,
Io Pan ! Io Pan !
A travers les mers, viens de Sicile et d'Arcadie !
Tel Bacchus, vagabondant avec ta garde de faunes,
De panthères, de nymphes et de satyres,
Sur un âne d'un blanc de lait.
A travers les mers, viens à moi, à moi,
Viens avec Appolon en robe nuptiale
(Berger et sorcière)
Viens avec Artémis, chaussée de soie,
Et lave ta cuisse blanche, ô Dieu splendide,
A la lune des bois, sur le mont de marbre,
Dans l'eau creuse et neuve de la source ambrée... »

Aleister Crowley (Hymne à Pan)

Etrange coïncidence que celle qui arriva le 12 octobre 1875. Vers minuit, à Leamington, naquit Edward Alexander Crowley, surnommé « Alick », hors il se fait qu'à 60 kilomètres de là, se situe Worcester, ville natale d'Edward Kelly, l'assistant de célèbre mage John Dee, le sort en était jeté, dira Crowley, ce signe prouve qu'il était la réincarnation d'Edward Kelly, il était de son devoir de continuer les travaux commencés par ces deux mages. Alors que souvent les enfants se souviennent de leur enfance à partir de l'âge de deux ou trois ans, Aleister, enfant précoce, se remémore les moindres instants de sa venue sur terre, dans ses confessions, il décrira son baptême : « Je me souviens de la forme de la pièce, de la disposition de ses meubles, du petit groupe de frères qui l'entouraient et de la surprise de se voir vêtu d'un long vêtement blanc, d'être soudainement plongé dans l'eau et remonté ».

Le père, un riche brasseur et la mère du jeune Alick, appartenaient à une secte protestante, intransigeante et rigoriste, les Darbystes, appelés également les Frères de Plymouth, ceux-ci croyaient à la vérité littérale absolue de la Bible en tant que message délivré par le Saint-Esprit et inculquaient une grande austérité des moeurs. C'est dans une ambiance où sa mère, une femme étouffante et étriquée, interdisait toute lecture, mis à part la Bible et où tous petits faits et gestes anodins étaient diabolisés , qu'Aleister apprit à haïr le monde, ce contexte famial décida de son destin. De la Bible, il ne retenait que les passages sanglants, le crime rituel de Phineas, mais c'est surtout l'Apocalypse qui attiraient particulièrement son attention, la grande Bête à Sept Têtes et Dix Cornes hantait ses nuits, il songeait déjà au mystère du Nombre de la Bête 666.

Il était âgé de 12 ans à la mort de son père, le voilà seul avec sa mère, cette femme acariatre, qui le comparait à «La Bête de l'Apocalypse » dès qu'il commettait la moindre petite bêtise, contre toute attente, la révolte provoquée par une éducation aussi traumatisante et de telles frustrations s'ébaucha, la Bête se réveillait, la métamorphose s'ensuivit. Très jeune il connut un exhutoire dans l'écriture de poèmes , Crowley se montra prolifique dans ce domaine, influencé par Baudelaire, Swinburne, Keats, on peut le qualifier de symboliste décadent.
« Appolon, qui pleurait le trépas d'Hyacinthe,
Ne voulait pas céder la victoire à la mort.
Il fallait que son âme, adepte de l'essor,
Trouva pour la beauté une alchimie plus sainte.
Donc de sa main céleste, il épuise, il éreinte
Les dons les plus subtils de la divine Flore.
Leurs corps brisés soupirent une exhalaison d'or
Dont il nous recueillait la goutte de -l'Absinthe !
Aux cavernes blotties, au palais pétillants,
Par un, par deux, buvez ce breuvage d'amant !
Car c'est un sortilège, un propos de dictame,
Ce vin d'opale pâle avortit la misère,
Ouvre de la beauté, l'intimine sanctuaire
Ensorcèle mon coeur, extasie mort âme ! »

Son attirance pour le monde occulte, se reflète assez rapidement dans ses lectures et ses écrits, très vite, il s'essayera à des rites magiques. Il passera une partie de son adolescence dans un sinistre pensionnat, ce n'est qu'à la mort de sa mère qu'il sera délivré de ses chaînes, riche héritier, il pouvait enfin se consacrer à ses passions. Il changea son nom en Aleister et signa son premier recueil de poèmes « Alceldama », entretemps il voyagea beaucoup, s'adonna à son sport préféré, l'alpinisme, c'est d'ailleurs au cours d'une de ses ascensions qu'il rencontra un compatriote, Julian C. Baker, bien connu dans le milieu occultiste. Dès son retour en Angleterre, Baker présenta Crowley à George Cecil Jones et le 18 novembre 1898, Crowley est initié au secrets de The Order of the Golden Dawn of the Outer (l'Ordre de l'Aube d'Or à l'Extérieur), dont l'Imperator est S.L. Mathers.


S.L. Mathers

La Golden Dawn est une société d'occultisme étudiant la plus haute magie pratique....les femmes y sont admises au même titre que les hommes...mais chacun s'engage, sous serment, à garder secret l'enseignement communiqué. Cette société étudie la Tradition Occidentale. Des connaissances pratiques sont le privilège des plus hauts initiés qui les tiennent secrètes.

« La Monade Hiéroglyphique » de John Dee et « Le Livre d'Abramelin », sont les deux sources essentielles des rituels de la Golden Dawn.
Aleister s'enflamma pour cet endroit, il se lia d'amité avec de nombreux adeptes, dont le poète William Butler Yeats, Arthur Machen, l'écrivain de génie à qui nous devons « Le Grand Dieu Pan », Bram Stoker et bien d'autres. Un initié influença particulièrement la vie et l'avenir du mage, ce fut Allan Bennett (Frère Iehi Aour), second personnage de la Golden Dawn, un homme aux yeux lumineux et au visage maigre et glabre, le parfait sosie de l'écrivain Lovecraft. Crowley et lui partagèrent un appartement pendant plusieurs mois, Bennett toxicomane notoire, initia Aleister aux stupéfiants et particulièrement à l'opium, ces drogues, facilitaient, dit-on, la relation psychique avec les entités, elles aidaient au développement de l'esprit.


Au sein de la Golden Dawn, s'imposait un homme exceptionnel, Mathers, il n'est autre que le traducteur remarquable des formules théurgiques, des recettes de magie pratique et de la magie cérémonielle contenues dans « Le Livre d'Abramelin ». La recherche de communications avec les Supérieurs Inconnus est un des buts des travaux des initiés, voici quelques extraits de lettres rédigées par Mac