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lundi 19 mai 2008 à 09:16
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LA DEVISE

La devise est une sentence de peu de mots; espèce de proverbe qui, par allusion, fait connaître la noblesse ou les actions mémorables d'une famille. C'est encore un emblème consistant dans la représentation de corps naturels ou artificiels, ou en quelques mots qui l'appliquent dans un sens figuré à la louange d'une personne. Le mot devise comprend les chiffres, les rébus, les sentences et les proverbes.

L'usage des devises et des symboles remonte à la plus haute antiquité, et l'on pourrait facilement y voir la véritable origine des armoiries. La tragédie d'Eschyle ayant pour titre: Les Sept Preux devant Thèbes, et celle d'Euripide intitulée: Les Phéniciens, témoignent de cette antiquité. Dans la description que ces deux poètes font des principaux capitaines que Polynice avait engagés dans sa querelle, et qui le suivirent au siège de Thèbes, ils leur donnent comme à lui des boucliers chargés de figures symboliques. Le premier que nomme Eschyle est Tydée qui portait sur son bouclier l'image de la mort, ou, selon Euripide, la dépouille d'un lion. Capanée est le second; Eschyle lui donne un Prométhée, la torche à la main, avec ces mots: Je réduirai la ville en cendres.

Dans Euripide, c'est un géant qui porte sur ses épaules et secoue la masse de la terre. Polynice porte sur son bouclier la déesse Justice qui le conduit, et ces mots: Je te rétablirai.

Les orateurs et les poètes de l'antiquité ont presque autant de devises qu'ils ont de métaphores, à prendre la devise dans son essence. Les lettres S.P.Q.R., qui sont encore aujourd'hui la devise de la ville de Rome, sont les initiales des mots Senatus populus que romanus. Le fameux Judas Asmonéen, si zélé pour la défense de la loi de Dieu et pour la liberté de la Judée, mit sur ses enseignes et sur ses étendards les lettres initiales d'une sentence hébraïque, prise au chapitre XV, V. 2. de l'Exode: Qui est semblable à toi, ô Seigneur, parmi les dieux. Or, comme les lettres initiales de ces mots forment en hébreu MACCABI, les chefs ou rois des juifs de la race asmonéenne furent nommés Macchabées.

Il ne faut que lire l'histoire et les vieux romans pour y remarquer les devises chiffrées et brodées sur les habits, avec diverses figures d'oiseaux et d'animaux dont on a fait depuis des armoiries. Ces devises ne faisaient point partie du blason, et Boswel se trompe quant il attribue à des armoiries semblables la cause de la querelle entre Jean Chandos et Jean de Clermont. Ces deux chevaliers portaient des armoiries bien distinctes, et la cause de leur querelle fut une devise qu'ils portaient tous deux en honneur de la même dame.

Froissart raconte ainsi cette querelle: "Aucuns chevaliers, tant français qu'anglais chevauchèrent en costoyant les batailles pour adviser chacun le convenant de ses ennemis, dont il advint que monseigneur Jean Chandos avait, ce jour, chevauché et costoyé à la bataille du roi de France sur aisle. En telle manière avait chevauché monsieur Jean de Clermont, l'un des maréchaux de France, en imaginant l'état des Anglais. Et a donc si comme ces deux chevaliers retournaient chacun devers son costé, ils s'entre-rencontrèrent, si portaient chacun d'eux une même devise d'une bleue dame ouvrée d'une bordure ray de soleil; et toujours dessous leurs haux vêtements en quelque état qu'ils fussent, si dit monseigneur de Clermont: Chandos, depuis quand avez-vous emprins à porter ma devise? Mais, vous, la mienne, répondit Chandos; car autant bien est-elle mienne comme vôtre? Je le vous nie, dit monseigneur de Clermont, et si la souffrance ne fut entre les vôtres et les nôtres, je vous montrasse tantôt que vous n'avez nulle cause de la porter. Ha! dit monseigneur Jean Chandos, vous me trouverez demain tout appareillé de défendre et de prouver par fait d'armes qu'aussi bien est-elle mienne comme vôtre. Monseigneur Jean de Clermont dit: Chandos, se sont bien les paroles de vos Anglais, qui ne savent adviser rien de nouvel; mais quand qu'ils voyent leur est bel.

"A tout passèrent outre, ne n'y eut adonc plus fait ni plus dit, et chacun s'en retourna devers ses gens."

Il y a des devises de diverses sortes, ainsi, par exemple:

En allusion au nom des maisons;

Vaudray: J'ai valu, vaux et vaudray.
Granson: A petite cloche, grand son.
En rapport aux pièces des armoiries:
Montchenu (qui porte une bande dans ses armes); La droite voie.

D'autres étaient prises par les chevaliers pour n'être comprises que des personnes qu'ils aimaient.
Philippe-le-Bon: Autre n'aurai.

Jacques de Brimeu: Plus que toutes.

C'étaient encore des proverbes ou des sentences:

Solara: Tel fiert qui ne tue pas.
Baronat: Vertu à l'honneur guide.

Mais les devises les plus honorables sont celles qui se composent de mots historiques; parce qu'elles rappellent toujours un grand évènement.

Gusman de Medina: Le roi l'emporte sur le sang. Don Alonzo Perez de Gusman, étant en 1293 gouverneur de Tarifa, fut assiégé par les Mores et sommé de rendre la place, sous peine de voir mourir son fils, qui était prisonnier de l'ennemi. Gusman leur jeta un poignard en s'écriant: Le roi l'emporte sur le sang!

Ce sont encore très souvent des légendes comme celle de César Borgia: Aut Caesar, aut nihil.

François Ier, et avant lui Charles, comte d'Angoulême, son père, portait une salamandre en devise, avec ces mots: Nutrisco et extinguo, pour signifier qu'il protégerait les bons et exterminait les méchants. Cette devise fut gravée et sculptée dans plusieurs palais. On la voit encore à Fontainebleau sur une tapisserie avec ce distique:

Ursus atrox, aquila levis, et tortilis anguis
Cesserunt flammae jam salamandra tuae.

Ce qui signifiait que François Ier avait vaincu par sa valeur, les Suisses représentés par l'ours, les Impériaux par l'aigle, et les Milanais par le serpent.

Les princes donnaient autrefois des devises aux seigneurs de la cour, lorsqu'ils les recevaient en qualité d'hommes liges, c'est-à-dire lorsqu'ils les attachaient à leur service. Upton dit qu'en Angleterre, lorsque le roi créait un noble en lui accordant un fief militaire, il lui donnait en temps même la devise.

La devise se place ordinairement dans un listel au bas de l'écusson, le listel de couleur et les lettres de métal, pris l'un et l'autre des émaux de l'écu. Dans l'exemple cité plus haut de la salamandre, adoptée comme devise par François Ier, la salamandre serait appelée le corps de la devise, et le distique l'âme de la devise.

La devise héréditaire, qui se confond avec le cri et que l'on place toujours au-dessus des armoiries, dont elle fait pour ainsi dire partie, n'est ordinairement composée que de mots exprimant aussi d'une manière allégorique et brève une pensée, un sentiment, un dessein, une qualité. Un très grand nombre d'anciennes maisons ont des devises héréditaires, dont plusieurs sont tirées des noms de famille tels que:

Achay: Jamais las d'acher.
Arsces: Le tronc est vert et les feuilles sont arses.
La maison de Bourbon a pour devise: Espérance.

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vendredi 06 juin 2008 à 09:25
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a coeur vaillant rien d impossible



Auteur : Jacques Coeur (vers 1395 - 25 nov 1456)


Date : vers 1443


Contexte historique :

Telle était la devise de Jacques Coeur, homme d'affaire devenu grand argentier du Roi de France Charles VII.

Fils d'un marchand de Bourges, Jacques Coeur se lance dans le commerce maritime avec la Turquie, l'Inde et la Chine. Ayant amassé une grande fortune et rendu de nombreux services à la Cour de France, il est nommé Maître des monnaies en 1436 puis Argentier du Roi en 1439. Anobli, nommé au Conseil du Roi et protégé par la maîtresse de ce dernier Agnès Sorel, Jacques Coeur finance largement les dernières campagnes de la guerre de Cent Ans, entre dans Rouen libéré aux côtés du Roi, et remplit des missions diplomatiques, notamment auprès du pape.

Très ambitieux, il construit dans sa ville natale l'Hotel qui porte son nom et sur le fronton, duquel est gravée sa devise "A cuers vaillans, riens impossible".

Mais son ascencion fait peur à certains hauts personnages de la Cour, dont beaucoup lui sont par ailleurs débiteurs. Une cabale l'accuse alors d'avoir tenté d'empoisonner Agnès Sorel et d'avoir commis des malversations. Jugé et condamné le 29 mai 1453, il est emprisonné et ses biens lui sont confisqués. Il parvient à s'évader trois ans plus tard et se réfugie auprès du pape Calixte III. Il meurt en mission à Chio en 1456, avant d'être enfin réhabilité sous Louis XI.



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