Monday 04 September 2006 à 11:00
Je lis actuellement le bouquin de Luc Ferry qui s'intitule "apprendre à vivre" qui est une introduction générale à la philosophie dans son ensemble et qui franchement est pas mal fait (en tout cas, permet de clarifier les idées pour un néophyte comme moi).
Dans ce livre, il expose différentes philosophie en articulant chacune d'elle autour de 3 axes. Je te présente cette articulation pour que tu comprennes en quoi, selon moi, on ne peut jetter à la poubelle la totalité de la philosophie d'Heidegger.
Ces axes sont les suivants :
1- la théoria
2- la morale / l'éthique (qui sont ici synonymes)
3- la théorie du salut
Pour Luc Ferry, le "salut" est le rôle ultime de la philosophie. Ici le salut, c'est le fait d'être sauve de la peur de la mort.
Dans chaque grand système philosophique, on trouve une "théoria", c'est à dire une explication du monde [exemple : les stoïciens considèrent le monde comme un ordre établi beau et ordonné]; cette théoria conduit à une éthique, c'est à dire une manière de se comporter [les stoïciens considèrent qu'il faut imiter la nature pour y trouver sa place]; théoria et éthique permettent de définir une doctrine du salut [pour les stoïcien, le salut tient au fait que la mort n'est qu'une passage d'une forme à une autre et que la substance de ces formes appartiendra toujours au tout de l'univers, beau et immuable].
On peut finalement lire l'ensemble des philosophies antiques et occidentales à la lumière de ce tryptique et on s'apperçoit alors de l'évolution des philosophies. Dans la philosophie d'Heidegger, une partie de l'éthique est tout à fait condamnable, nous sommes d'accord. Cela ne lui enlève pas le fait que sa théoria était à l'époque révolutionnaire : alors que depuis les lumières les philosophes s'ingéniaient à déterminer la nature des choses (et plus particulièrement de l'homme), Heidegger propose que le point de départ n'est pas la nature mais l'existence; en fait c'est une vrai révolution.
Maintenant que l'on a bien dit cela, je vais paraphraser un article du point (L'affaire Heidegger, 29/06/06) en disant finalement qu'il existe 3 postures face à Heidegger :
- la première c'est de nier tout en bloc ou en tout cas de passer sous silence son engagement n**i; tout comme toi je ne trouve pas cela tenable
- la seconde c'est, inversement, faire face à son engagement et rejetter totalement ses idées; c'est ce que tu sembles vouloir faire et pour être franc je ne crois pas que cette posture soit réellement tenable
- la dernière, à laquelle j'adhère, est intermédiaire et consiste à prendre la philosophie d'Heidegger avec des pincettes, sachant les "dérives" du personnage, mais tout en considérant l'importance qu'elle a eu dans l'histoire de la philosophie et en l'incluant donc, avec ses erreurs, dans l'immense somme de concepts explorés par les philosophes au cours des temps
Bon, après si la question est de savoir si Heidegger doit être considéré comme le plus grand philosophe de tous les temps ou un philosophe de bas étage, franchement je m'en fous un peu ...