Thursday 27 March 2008 à 10:31
Guinée : Jean-Claude DIALLO et la mission entravée !
Symbolique du destin de millions de Guinéens ? Emblématique du sort de la Guinée ? Le décès de Jean-Claude Diallo est, en tout cas, très symptomatique de la tragédie guinéenne, ce grand théâtre d’enterrement prématuré de tous les acteurs performants !De l’ancien ministre, j’aimerais garder le souvenir de la vie et de nos contacts entre 1984 et 1986 au moment où je tentais de faire vivre "La Nouvelle École", une revue pédagogique trimestrielle. Avec d’autres compatriotes, nous avions encore la naïveté de croire en la capacité de toutes les bonnes volontés d’aider à changer sans délai le cours des choses dans notre chère Guinée !À méditer ces quelques extraits de "Orphelins de la Révolution" (pages 285-288), récit paru aux éditions Menaibuc à Paris en 2004. « Au cours de ce (…) remaniement ministériel, je suis (…) comblé par la nomination d’un "Guinéen-de-l’Extérieur" comme ministre de la Culture et de la Communication, cabinet rattaché à la Présidence de la République ! Le titulaire dudit portefeuille a déjà été chargé de l’éphémère Secrétariat d’État aux "Guinéens-de-l’Étranger" dans le précédent gouvernement. Il a donc eu à connaître à ce titre le dossier de "La Nouvelle École" et n’a pas tari d’encouragements à l’égard du projet. [Même si], à son grand désespoir, il n’a pas eu les moyens de faire aboutir ses initiatives entre autres celle qui lui tenait le plus à cœur et pour laquelle il a été jusqu’à obtenir un financement par l’ex-République Fédérale d’Allemagne, son pays d’exil. Dans les différents secteurs de la vie nationale, il a voulu garantir pendant deux ans un salaire conséquent aux Guinéens de retour au pays pour faciliter leur réintégration dans la communauté nationale. Ainsi entendait-il compenser un peu la perte de revenus subie par la plupart d’entre ceux qui ont abandonné une bonne situation à l’étranger. Les autorités guinéennes ont opposé [au programme] un refus catégorique sous le prétexte qu’elles ne peuvent pas créer de la ségrégation entre les Guinéens ! …Si le "Sous-ministre de la Diaspo" a (…) compris qu’il a été recruté juste pour être une oreille plus attentive aux problèmes de ses compatriotes rentrés d’exil ou désireux de le faire et non pas pour être d’une quelconque autre utilité, il s’est empressé d’exprimer de grandes ambitions pour la transformation du fonctionnement de l’Information et de la Culture sous le regard approbateur du Président de la République.[Jamais je ne me suis senti autant libre dans l’animation de "La Nouvelle École" !… Maintenant qu’un "ami" occupe le portefeuille ministériel le plus important pour moi, (…) je vis comme une espèce de trêve tout au moins dans l’intimidation de "La Nouvelle École"…] Et puis, je suis si souvent invité dans le bureau du ministre de la Culture et de la Communication pour des entretiens informels qu’il me semble participer un peu à l’évolution de la situation ! La toute dernière fois, je me suis même entendu faire des propositions intéressantes. - J’ai besoin de toi. J’ai grand besoin de tes services. Je vais engager une restructuration en profondeur du ministère. Le feu vert du président, je l’ai obtenu. Je pars en mission pour Paris et pour Genève. Reviens me voir dès mon retour ! Hélas, l’état de grâce dans lequel nous vivons – ma "Nouvelle École" et moi – ne dure même pas le temps de la confection du troisième numéro ! Sur "RFI", le 17 mars 1986, le ministre de la Culture et de la Communication (…) donne sa démission, quatre mois à peine après sa nomination en décembre 1985 ! …J’ai pu savoir que les fractions dures du CMRN – Comité Militaire de Redressement National – [au pouvoir en Guinée dès le 3 avril 1984 après la mort du président Sékou Touré le 26 mars 1984], [fractions] hostiles à toute participation des "Guinéens de la Diaspora" à la gestion des affaires publiques, ont recouru à toutes sortes de persécutions jusqu’aux plus irrationnelles contre le "ministre importé" et ont tissé maintes intrigues entre le président et lui. Je n’ai, cependant, jamais pensé qu’elles arriveraient dans un délai aussi rapide à bout de la ténacité de ce dernier qui avait la claire conscience de représenter un symbole pour des millions de Guinéens !Pour "La Nouvelle École", les choses ne tardent pas à changer en mal… » Cheick Oumar KANTÉ