mercredi 18 juin 2008 à 19:10
Guinée : À cauchemar, cauchemar et demi !
" C'est par des milliers de souterrains différents qu'arrivent des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants. Tous de blanc vêtus, ils donnent l'impression de rallier un lieu de pèlerinage.
Aussitôt [ que tous se sont retrouvés] dans l'enceinte du plateau de confluence et que d'énormes pilons métalliques ont démoli les issues souterraines, un mugissement échappé du ciel ou de la terre – sans doute des deux en même temps – annonce l'heure des comptes.
Des jeunes soldats, adossés contre les murailles d'acier, exécutent d'instinct le seul ordre qu'ils attendaient, le doigt sur la détente. Les salves partent et fauchent tout autour les têtes des «pèlerins» debout aux premiers rangs.
- Pè ... è ... è ... re! hésite quelqu'un entre deux rafales.
- Mère! crie un autre.
- Oncle! hurle un troisième.
Les a-t-on entendus? En tout cas, seuls semblent se répondre les échos discordants des plaintes et des salves dans un dialogue de sourds percutant. Et à mesure que les silhouettes s'effondrent, cibles trop faciles face aux tireurs d'élite, les rangs fondent de leur côté comme beurre de karité au soleil (...)
Les bourreaux n'en continuent pas moins de tirer, plus atteints dans leur amour-propre par les rares impacts brillants des balles ayant fait mouche sur les barrières alentour que par les torrents d'hémoglobine s'écoulant des nombreuses poitrines défoncées.
Les « condamnés à mort », [eux non plus], ne cessent pas de tomber dans un désordre bruyant de grappes de mangues mûres secouées par le vent. De toute façon, les ordres ont été formels.
- À l'audition du tocsin, vous n'aurez qu'à fusiller! Vous n'arrêterez qu'au début des premières mesures de la marche funèbre! ...
Mais voilà que l'hymne mortuaire tarde à se faire entendre malgré la rapide exécution de tous « les prisonniers »...
Alors, les canons des fusils font face à ceux des pistolets mitrailleurs. Les uns dans la direction des autres, les tireurs visent. Inutile de dire qu'à chaque rafale, plusieurs d'entre eux sont liquidés des deux côtés. De cent qu'ils étaient dans chaque camp, ils décroissent vite à quarante dans une parité parfaite. Ici et là, soixante soldats baignent dans une mer de sang, abattus par ceux qui, il y a juste quelques instants, étaient encore leurs frères d'armes. Ce sont bientôt soixante-dix puis quatre-vingt-dix-neuf. Debout, il n'en reste plus qu'un seul! Et, pourtant, le signal commandant la fin de l'exécution de la volonté mystérieuse se fait toujours attendre, longtemps, au grand effroi du dernier des bourreaux (...)
Une trappe s'ouvre. Le bourreau se retrouve sans savoir comment au fond d'une des cellules d'où il vient de convoyer une partie des «pèlerins» suppliciés. Au plafond s'allume un clignotant. La Voix, plus injonctive que jamais, suggère à l'homme lige de suivre le couloir le plus à droite. Il s'exécute sur-le-champ et, c'est une longue déflagration qui récompense ses nombreux et loyaux services (...) "
Ce qui précède est un cauchemar ! Il a été extrait de « Orphelins de la Révolution » - Menaibuc – Paris, 2004 (pages 12 à 15).
Mais l'actualité guinéenne est la suivante :
Encore des mutineries de soldats en cette fin du mois de mai 2008. Précédentes insurrections pour réclamations d'arriérés de soldes: les 2 et 3 février 1996 et le 2 mai 2007. Avec leurs exactions coutumières, innommables, contre les civils accablés par les machinations des politicards et exténués par les pénuries de toutes sortes !
Depuis la fin de la semaine dernière (14 et 15 juin 2008), des militaires et des paramilitaires, parmi ceux qui ont obtenu des promesses de paiement des sommes qui leur sont dues, retourneraient leurs armes contre les policiers, les gendarmes et les douaniers, mutinés à leur tour pour réclamer leurs… salaires !
Y aurait-il en Guinée un seul Général, un seul Colonel, un seul Capitaine, un seul Lieutenant, un seul Soldat, non pas pour prendre le pouvoir (ils l'ont depuis le 3 avril 1984) mais pour empêcher que le cauchemar ci-dessus raconté ne devienne la réalité ?
Sages africains, Institutions panafricaines et internationales : Union Africaine, Union Européenne, Nations Unies, n'attendez plus pour venir en aide à ce peuple – pacifique – en danger depuis trop longtemps et, à la longue, si proche du… chaos !