Salut à tous,
je reviens après quelques mois d'absence consécutifs à un déménagement. J'ai quitté la Bretagne pour m'installer à Lyon. C'est ainsi que lors du décès de Grégory Lemarchal, j'étais à une heure de route de Chambéry. J'y suis monté deux fois, la première dès le lendemain de sa mort, pour me procurer le journal local qui consacrait plusieurs pages et une couverture entière à cette disparition :
J'ai eu bien du mal à le trouver et j'ai bien cru que j'allais redescendre à Lyon sans en trouver. J'ai fait les marchand s de journaux de Chambéry, rien. Je me suis dit que dans la campagne environnante j'aurai plus de chance, rien, si ce n'est la surprise de passer par le plus grand des hasards devant le cimetière de Sonnaz où Greg allait être inhumé trois jours plus tard. Finalement, c'est à Aix-les-Bains que j'ai pu acheter l'avant dernier Dauphiné d'un marchant lui aussi dévalisé.
Je suis reparti pour Lyon avec mon journal ! Soulagé !
Le jour de l'enterrement, je savais que les obsèques ayant lieu à partir de 15 heures, je n'aurai pas le temps de rester jusqu'au bout car je bossais à 16h30. Je suis monté quand même. Arrivé à Chambéry vers midi, je me suis dirigé vers la toute petite place de la cathédrale qui était en plus encombrée par des travaux de rénovation. Des barrières contenaient déjà une foule nombreuse, j'ai longé par la gauche cette placette envahie et je me suis posté en cinquième rang, mais étant grand, je n'avais pas de mal à voir par dessus les têtes. Je n'espérais qu'une chose puisque je n'avais pas assez de temps pour suivre la messe retransmise au dehors, c'était au moins voir le cercueil arriver. Pour voir Greg, enfin si je peux dire ...
Autour de moi, il y avait beaucoup de jeunes fans, la mine défaite, les visages étaient graves. Il y avait aussi des personnes de tous âge et juste derrière moi, une femme quincagénaire sanglotait bruyament.
Il y a peu de temps, j'ai enterré un cousin encore jeune puisqu'il allait avoir quarante ans. Et bien les moments passés devant la cathédrale de Chambéry étaient beaucoup plus tristes. Ma peine était moindre, mais l'ambiance était infiniment plus lourde à mon avis. Le sol était recouvert de fleurs blanches que des anonymes apportaient de façon ininterrompue. Vers 13h30, alors que le soleil inondait la place, les hauts-parleurs ont fait résonner la musique des chansons de Grégory, jouées au piano. Le silence a été plus lourd encore et on sentait à ce moment précis l'émotion envahir chaque personne. Les larmes ne pouvaient plus être retenues.
On voyait arriver quelques célébrités, les flashes des photographes se mettaient aussitôt à crépiter, c'était le signal. Patrick Fiori est le premier que j'ai vu, puis après j'entendais, c'est truc, ou c'est machine, mais je n'en avais rien à foutre, je n'étais pas là pour voir des brochettes de VIP. J'attendais toujours l'arrivée de Grégory. Après une très grosse heure à piétiner, une voix derrière moi indiqua au fil d'un petit blabla sans importance, que le cercueil était déjà dans l'église !
Je n'arrivais pas à le croire. Cela ne se fait pas, on arrive avec le défunt ! Enfin d'habitude c'est comme ça. Malgré tout, je commençais à me dire que j'étais cette fois, bel et bien monté à Chambéry pour rien. Les parents de Greg sont arrivés peu de temps après, leur voiture fut garée derrière les quelques quatre ou cinq fourgons mortuaires déjà présents sur le petit bout de place réservé. Je me disais qu'il était assez improbable qu'un autre corbillard puisse trouver une place sur un espace aussi encombré. Gregory était sans doute effectivement déjà arrivé. Merde !
Une demie heure avant le début de la cérémonie, un gendarme est venu juste devant la barrière qui était devant moi et a dit aux premiers rangs : "Il reste de la place dans l'église, je vais ouvrir la barrière, mais s'il y a bousculade, j'arrête tout !!!"
Effectivement, il décrocha la frontière qui nous séparait du passage des invités, et peu à peu, mes voisins de devant se glissait entre les barrières pour se diriger vers l'entrée de la cathédrale. Mais bien entendu, la foule commença bien vite à s'agiter. Le gendarme mit donc assez rapidement sa menace à exécution. Merde ! Il me restait deux ou trois personnes avant de passer à mon tour... C'était pas de chance, mais bon.
Dix minutes plus tard, le gendarme revint et renouvela sa proposition, mais en avertissant à nouveau que toute bousculade refermerai l'ouverture miraculeuse. En un clin d'oeil, cette fois j'étais passé et j'entrais dans la cathédrale. C'était noir de monde, à gauche sans doute les amis et la famille, à droite, les professionnels, Starac et compagnie. Je ne savais pas où me diriger pour ne pas être incongru mais aussi pour être en bonne place. Je me suis assuré que le cercueil de Greg était bien là, effectivement, il était là et ça aurai été bien inutile de l'attendre dehors. Puis dans l'allée centrale, j'ai vu une longue file. Habituellement, la bénédiction se fait à l'issue de la cérémonie, mais il ne pouvait s'agir que d'une file pour bénir le corps... Bref, je me suis mis à la queue, et en quelques minutes, j'étais devant Greg ! C'était écrasant. Une montagne de fleurs blanches indiquait qu'il était sans doute dessous. Au pied, une statue d'ange sur un petit piedestal. Quand les dernières personnes devant moi se sont esquivées, je me suis retrouvé seul face à Greg. Il était là, mais ce n'était pas croyable. Comment imaginer son corps là dans cette boite ?

J'ai saisi le goupillon, et machinalement j'ai fait le traditionnel signe de croix, puis après avoir tendu, à mon voisin suivant l'objet béni, je me suis une dernière fois retourné face au cercueil et avant de partir, j'ai une nouvelle fois profité de ma grandeur pour tendre le bras par dessus les cordons et les gerbes qui constituaient une véritable vallée fleurie autour du cercueil et en étirant bien les doigts, j'ai pu toucher en guise d'hommage le coin de cette boite sous lequel se trouvaient sans doute les pieds de Greg...
Je suis reparti par l'allée centrale, bouleversé d'avoir pu bien plus être proche de Grégory que je n'aurai jamais osé l'imaginer. Je me dirigeai vers la sortie, je n'avais besoin de rien d'autre pour être en communion avec mes pensées. Sur une chaise, j'ai pris un petit dépliant imprimé à l'attention des personnes présentes, et je suis sorti. Une fois dehors, je me suis au plus vite dirigé vers un lieu éloigné de cette cathédrale, pour reprendre un peu d'air et d'esprit.
Je suis arrivé sur une avenue d'où je ne voyais plus ni foule, ni aucun autre indice que je venais de vivre un moment d'une lourdeur oppressante. Juste le clocher de l'église dépassait de quelques toits offrant un paysage de tableau. Puis le glas s'est mis à sonner, m'arrivant directement de ce clocher que j'avais devant les yeux. Un glas sourd, grave, bref un glas triste, très triste, et c'est dans cet état d'esprit que j'ai repris l'autoroute pour redescendre à Lyon.
Je n'étais pas seul à ce moment précis avec Grégory Lemarchal, une foule était autour de nous, une boite nous séparait, mais je crois que je garderai en moi jusqu'à mon dernier souffle, cette proximité et ce chagrin que j'ai vécu ce jour là.
Bientôt, j'irai à Sonnaz, revoir ce petit cimetière de campagne, perdu sur les pentes boisées d'une petite vallée, au détour d'une route sinueuse. Lors de mon permier passage, Greg n'était pas encore là, maintenant, il y est et j'attends que les visites soient moins nombreuse pour retrouver un peu de cette intimité que j'ai partagée avec lui dans cette cathédrale, même si des centaines de personnes nous entouraient...
A bientôt Greg !
PS : Les photos ne sont pas de moi...