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samedi 17 juin 2006 à 14:29
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La musique classique et le jazz sont deux genres qui ont une histoire importante, et surtout qui comportent certaines spécificités techniques. (par rapport aux instruments, à l'interprète aussi)

La question est simple : pour apprécier la musique classique (ou le jazz) est-il nécessaire de savoir ce que l'on écoute? En clair, faut-il connaître les différences d'interprétation selon tel ou tel interprète, ou bien faut-il savoir que ce morceau a été composé en telle année, ou bien faut-il savoir ce qu'est un morceau en fa mineur, une cantate ou un adagio? Pour résumer : l'écoute à t-elle besoin de la connaissance et si oui pourquoi?

Si l'émotion à l'écoute d'un morceau peut se passer de la connaissance dudit morceau, est-il possible d'aimer la musique classique (ou le jazz) tout en n'y connaissant rien? J'ai un avis mais j'aimerai surtout avoir celui des "spécialistes".
samedi 17 juin 2006 à 17:39
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QUOTE (dark_sanctuary @ 17 Jun 2006 à 15:29)
Si l'émotion à l'écoute d'un morceau peut se passer de la connaissance dudit morceau, est-il possible d'aimer la musique classique (ou le jazz) tout en n'y connaissant rien?

Absolument. Je connais tout un tas de gens qui connaissent formidablement bien ce domaine, mais ne comprennent rien à ce qu'ils écoutent.

Ceci dit, je pense qu'on apprécie beaucoup plus au bout d'un an d'écoute, quand on a pris le temps de découvrir ce qui se fait et que l'on a élargis ses références.

A part ça, ça ne sert à rien de savoir la tonalité d'un morceau ou de connaitre l'historique du genre, à part pour les techniciens. Tout en sachant que les gens en viennent fatalement à s'informer sur ce qu'ils écoutent, par curiosité bien souvent, ou bien pour aller plus loin que la musique et découvrir une époque, un mode de vie, des images, un monde différent à travers les compositions qu'ils affectionnent.
samedi 17 juin 2006 à 20:51
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Voilà une question très intéressante sur laquelle je ne suis jamais parvenu à avoir une position définitive.

Par principe, je suis tenté de récuser le principe selon lequel la connaissance, qu'elle soit historique ou technique, serait un pré-requis au plaisir de l'écoute ou à la "bonne" écoute. Le principe de plaisir me semble primordial chez l'auditeur et celui-ci peut s'obtenir sans que l'on sache tout à fait en expliquer les causes: la musique s'adresse à l'indicible, à ce que nous avons au plus profond de nous-mêmes qui par nature ne relève pas du mot et à peine de l'idée. Par ailleurs, ce principe de la connaissance nécessaire au plaisir renforcerait l'intellectualisme bien souvent accolé à la musique classique et au jazz qui nourrissent un terrain fertile à l'élitisme et au snobisme qui sont symptomes de bêtise, d'incompréhension de la musique et finalement dénigrement de celle-ci.

Ensuite, j'ai la conviction basée sur mes rencontres et mon expérience personnelle que l'écoute est en nous, qu'elle ne s'approprie pas. Il s'agit d'une rencontre entre l'oeuvre et nous... L'oeuvre peut révéler ce qu'elle contient de nous ou de l'humanité et cela est bien souvent source de plaisir. Cette révélation peut cependant se faire attendre... aussi suis-je d'avis que la connaissance joue peut-être ici le rôle de déclencheur éventuel et non systématique. La révélation de la part de nous-même contenue dans l'oeuvre peut parfois nécessiter un effort d'appréhension, un effort d'oublier quelque temps nos références musicales et esthétiques immédiates afin de découvrir réellement l'oeuvre et de réagir réellement à son écoute.

Enfin, oui, on peut parfois apprécier une oeuvre d'autant mieux qu'on la comprend. Cela est vrai du côté de l'interprête - comment "bien" chanter si on ne comprend pas le sens et l'intensité de ce que l'on chante par exemple ? - que de l'auditeur qui percevra peut-être mieux la 5ème symphonie de Beethoven s'il sait qu'elle illustre notamment la pensée du compositeur devant la maladie et la mort.




dimanche 18 juin 2006 à 14:21
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Je suis assez d'accord avec ce qui précède.

Cependant est-ce ça ne remet pas en cause le statut des interprètes de musiques? Prenons l'exemple d'une symphonie de Beethoven. Imaginon que pour les puristes l'adaptation de Monsieur X soit la meilleure. Si j'écoute une autre version et que je l'adore, est-ce que je passe à côté de quelque chose? Si j'écoute les 2 versions et que mon oreille ne note pas de différence, que dois-je en conclure? Si l'émotion prévaut, si le morceau se suffit à lui-même, quelle est la place de l'interprétation et la connaissance qu'on peut en avoir?
dimanche 18 juin 2006 à 19:27
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QUOTE (dark_sanctuary @ 18 Jun 2006 à 15:21)
Je suis assez d'accord avec ce qui précède.

Cependant est-ce ça ne remet pas en cause le statut des interprètes de musiques? Prenons l'exemple d'une symphonie de Beethoven. Imaginon que pour les puristes l'adaptation de Monsieur X soit la meilleure. Si j'écoute une autre version et que je l'adore, est-ce que je passe à côté de quelque chose? Si j'écoute les 2 versions et que mon oreille ne note pas de différence, que dois-je en conclure? Si l'émotion prévaut, si le morceau se suffit à lui-même, quelle est la place de l'interprétation et la connaissance qu'on peut en avoir?

Au risque d'être très catégorique : CA N'A AUCUN INTERET!
Sauf naturellement pour ceux qui ont fait des années de "conservatoire" et pour lesquels la musique "classique" a quelque chose de professionnel.

C'est précisément à cause de cette tendance à l'élitisme et pour être plat, à couper les cheveux en quatre, que pas mal d'auditeurs potentiels se détournent d'un genre musical.

Toute la question est d'ouvrir la porte même au travers de versions "réarrangées" comme on entend assez souvent dans la pub, les génériques d'émission télé ou la musique de film.

Il suffit parfois d'être séduit par 30 secondes de musique sur une pub (même si ce n'est pas la version de référence, selon certains) pour acheter le disque et AIMER.

Ce n'est que longtemps après que la question de la meilleure interprétation pourrait éventuellement se poser.

Je rêve parfois d'une émission de radio ou de télé, style "votez pour la musique que vous voulez réentendre la semaine prochaine" où le rock, le jazz, la pop, le rock, la chanson française, la musique "classique" seraient mélangés.

lundi 19 juin 2006 à 08:08
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Il est vrai qu'il serait prodigieux que des radios mélangent les genres et les styles, rapprochent des musiques perçues par le public comme étant incompatibles et permettent ainsi à la musique classique de sortir de la tour d'ivoire dans laquelle on l'a enfermée (parfois elle s'y met toute seule...).

Car il faut se le dire et surtout en "vendre" c'est-à-dire en démontrer le principe: le fossé entre la musique classique et les autres styles est dans la tête!!! Je ne suis pas pour autant un grand amateur des formules un peu "batardes" (crossover en termes de marketing de maisons de disques) à la André Rieu ou Pavarotti and Friends mais si ces associations permettent de créer un pont vers le classique, ne nous en privons pas! Mais je suis sceptique quant à l'image que ces formules donnent du classique qui finalement peut-être le trahissent ou le masquent davantage qu'elles ne le révèlent.

C'est pourquoi je pense que c'est davantage l'effort personnel (que les radios commerciales ont rendu plus que caduque) et non des opérations de mass-média qui permet de faire réellement apprécier le jazz ou le classique: cela se passe de personne à personne, lors d'une invitation à un concert par exemple. Il faut être curieux, sans cela ça ne fonctionne pas. Et c'est en cela que la connaissance est un accélérateur du plaisir car ce n'est pas en se contentant de se laisser caresser dans le sens du poil par les professionnels du show-business qu'on dépassera le stade du simple plaisir immédiat et qui finit par s'user: c'est en allant vers les oeuvres, vers leurs différentes lectures (interprétations) qu'on peut se doter au fur et à mesure de référentiels personnels (et non dictés par ceux qui s'intéressent davantage à votre argent qu'à votre épanouissement) qui vous aideront à décupler votre plaisir, réel celui-là.

Ce message a été modifié par Claude-Louis - lundi 19 juin 2006 à 08:09.
lundi 19 juin 2006 à 14:24
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QUOTE (dark_sanctuary @ 17 Jun 2006 à 15:29)
pour apprécier la musique classique (ou le jazz) est-il nécessaire de savoir ce que l'on écoute? En clair, faut-il connaître les différences d'interprétation selon tel ou tel interprète, ou bien faut-il savoir que ce morceau a été composé en telle année, ou bien faut-il savoir ce qu'est un morceau en fa mineur, une cantate ou un adagio? Pour résumer : l'écoute à t-elle besoin de la connaissance et si oui pourquoi?

Réponse de normand : oui et non mrgreen.gif (bon je suis pas vraiment normand mais pas loin ...).

Pourquoi non ?

Parce que la musique s'écoute avant toute chose. Une musique donnée vous parle ou ne vous parle pas et donc vous l'appréciez ou ne vous l'appréciez pas. A cela les connaissances techniques n'ajoutent pas grand chose. Qui plus est, l'immense majorité des auditeurs n'est pas capable de différencier à priori une interpretation d'une autre.

Pourquoi oui alors ???

Parce que la plupart des gens qui ne connaissent pas la musique classique et le jazz ont des a priori qui les empêche d'écouter.

La plupart des gens vous diront que la musique classique c'est chiant et que le jazz ils n'y comprennent rien. Je crois en fait que ces remarques ne sont pas totalement fausses. Je pense que le jazz et la musique classique répondent à des codes particuliers relativement éloignés de la culture musicale dite populaire. Du coup l'oreille de la plupart des gens n'est pas forcément préparée à écouter de la musique classique ou du jazz (mettez un disque de Steeve Lacy dans les oreilles d'une jeune fille de 14 ans vous allez voir!).

Quoi qu'il en soit je pense que les considérations strictement techniques n'ont un intérêt que très relatif qui se limite aux professionnels et aux techniciens (dont certains ont d'ailleurs oublié que l'on parle de musique ...). Evidemment, pour les puristes et les passionnés l'année, le mouvement, l'interprete, ... a un intérêt mais est-ce un intérêt strictement musical ? Je ne suis pas sûr.
lundi 19 juin 2006 à 14:50
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QUOTE (princedubronx @ 19 Jun 2006 à 15:24)
Qui plus est, l'immense majorité des auditeurs n'est pas capable de différencier à priori une interpretation d'une autre.



Alors là, permets-moi d'exprimer un très grand doute.

Qu'on ne puisse pas identifier comme ça, au bout de trois arpèges, un pianiste ou un violoniste, je te l'accorde, c'est le lot de 99,5% du public et encore je suis peut-être encore en deça de la vérité car les tests en aveugle restent de sacrées épreuves pour les critiques et autres spécialistes.

Non, je pense qu'il ne faut pas prendre les gens pour ceux qu'ils ne sont pas: il suffit de faire écouter deux ou trois lectures différentes d'une symphonie ou d'une sonate pour piano à une personne lambda pour qu'elle distingue rapidement bon nombre de différences, la plus évidente étant déjà bien souvent le tempo.

QUOTE
l'oreille de la plupart des gens n'est pas forcément préparée à écouter de la musique classique ou du jazz (mettez un disque de Steeve Lacy dans les oreilles d'une jeune fille de 14 ans vous allez voir!).


C'est certain. Nous sommes formés depuis tout jeune - ou déformés - à coup de matraquage des autres genres musicaux qui, lorsqu'ils sont formatés c'est à dire conçus pour une acceptation immédiate par le plus grand nombre - rend bien plus difficile l'acceptation de nouvelles constructions musicales.

lundi 19 juin 2006 à 15:38
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QUOTE (Claude-Louis @ 19 Jun 2006 à 15:50)
Non, je pense qu'il ne faut pas prendre les gens pour ceux qu'ils ne sont pas: il suffit de faire écouter deux ou trois lectures différentes d'une symphonie ou d'une sonate pour piano à une personne lambda pour qu'elle distingue rapidement bon nombre de différences, la plus évidente étant déjà bien souvent le tempo.

J'ai du mal m'exprimer car ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Cela me parrait comme toi évident que n'importe quelle personne qui ferait un travail volontaire de comparaison entre deux interprétations d'une même partition serait capable d'entendre les différences.

Ce que je voulais dire c'est pour quelqu'un qui n'écoute pas de musique classique l'idée de comparer des interprétations ne l'effleure même pas. Pourtant je pense sincèrement que n'importe qui peut apprécier la musique classique ou le jazz à condition de se départir de ses a priori (et éventuellement d'être guidé par un "initié"). Donc, selon moi, il est tout à fait possible d'apprécier ces musiques sans entrer dans des questionnements plus pointus d'interprétation ou de contexte de l'oeuvre.

Par contre, je pense que "l'éducation musicale" est nécessaire pour apprécier certaines musiques, qui sont plus ou moins abordables les unes que les autres.

Par exemple, ma copine et moi sommes allé voir Bug Wesseltoft et Laurent De Wilde en concert l'an dernier. Elle a trouvé ça vraiment sympa (nous connaissions les disques les plus récents) mais par moment elle était un peu paumée et tout particulièrement en terme de mélodie (sur certains passages improvisés). Au contraire, ce sont ces moments là que j'ai trouvé les meilleures. Ce qui nous sépare sur ce point (à mon avis) c'est une habitude que j'ai prise d'écouter des chorus pas toujours très accessibles; ce qui fait que, sans réellement comprendre ce qui se passe musicalement (je suis un piètre technicien) je possède des marques, des repères par rapport à ces musiques.
lundi 19 juin 2006 à 15:42
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ok Prince et je partage tout à fait tout ce que tu viens d'écrire. Tout cela me semble très juste! La curiosité et l'effort sont bien souvent prometteurs des plus grands plaisirs en termes de musique... mais cette idée est bien difficile à faire passer à l'heure du diktat du plaisir immédiat.


Ce message a été modifié par Claude-Louis - lundi 19 juin 2006 à 15:43.
jeudi 22 juin 2006 à 08:12
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Il me semble évident qu’un minimum de connaissances théoriques et historiques est nécessaire pour apprécier une pièce classique, par exemple "Tata Yoyo" d’Annie Cordy.
Sans avoir lu la "bio de Yoyo", "Yoyo et Oui-oui à Matignon", "Yoyo c’est ma tata", vous risquez notamment de passer à coté des richesses harmoniques, bien cachées, de cette œuvre.
Tout comme l’intégrale de Mozart, Tata Yoyo est toujours disponible dans les meilleures boucheries...
jeudi 22 juin 2006 à 18:30
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QUOTE (kostic @ 22 Jun 2006 à 09:12)
Il me semble évident qu’un minimum de connaissances théoriques et historiques est nécessaire pour apprécier une pièce classique, par exemple "Tata Yoyo" d’Annie Cordy.
Sans avoir lu la "bio de Yoyo", "Yoyo et Oui-oui à Matignon", "Yoyo c’est ma tata", vous risquez notamment de passer à coté des richesses harmoniques, bien cachées, de cette œuvre.
Tout comme l’intégrale de Mozart, Tata Yoyo est toujours disponible dans les meilleures boucheries...

Et l'on sait trop peu que "Tata Yoyo" est une adaptation un peu libre de l'oeuvre d'un troubadour roumain du 13ème siècle (Bitakù)


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