dimanche 26 novembre 2006 à 15:58
1870
Le mardi 16 août dans l'après-midi, mort à Hautefaye à l'âge de 21 ans, d'Alain Moneys d'Ordières, fils d'Amédée et de Madeleine Louise de Conan, châtelain de Bretanges à Beaussac. Lynché sans raison apparente par la foule à Hautefaye.
Le samedi 20 août, le journal "Le Nontronnais" relate le drame de la façon suivante : "Le 16 de ce mois, jour de foire à Hautefaye, un crime atroce qui nous rapporte d'emblée à la jacquerie du moyen-âge, a été commis dans cette localité, situé à environ douze kilomètres de Nontron. Voici les faits : M. Camille de Maillard, fils du maire de la commune de Beaussac et propriétaire des environs, communiquait à quelques personnes, au milieu du champ de foire, les dépêches publiées par les journaux, relatives à la bataille de Reischoffen, où nous avions été obligés de nous replier.
- Ce n'est pas vrai, dit une voix, vous ne lisez pas ce qu'il y a, les Français ne reculent jamais, vous n'êtes qu'un prussien.
M. de Maillard voulu donner quelques explications, mais inutilement ; on l'entoure, on le bouscule, on s'apprête à lui faire un mauvais parti, lorsque heureusement quelques uns de ses métayers, qui se trouvaient à portée, parviennent à le dégager, et il s'enfuit précipitamment pour se soustraire aux mauvais traitement qu'on lui préparait.
Cinq minutes ne s'étaient pas écoulées qu'un grand tumulte s'élève du champ de foire : c'étaient les mêmes forcenés qui, voyant M. de Maillard leur échapper, avaient porté leur fureur sur M. de Moneys fils, que son caractère sa situation de famille et ses opinions politiques devaient cependant sauvegarder. Après lui avoir fait crier "Vive l'Empereur ! A bas la Prusse !" et cela au milieu des injures et des vociférations d'une foule abrutie, on le frappe de coups de bâton, on le roue de coups, et on le traîne dans les ruelles du village l'espace de 600 mètres.
Le maire de la localité et quelques personnes s'étant interposées, on parvient à l'arracher des mains de ces cannibales et on le dépose dans une étable à porcs, mais dans quel état ! Les vêtements lacérés, n'ayant qu'un reste de pantalon, les favoris arrachés et une plaie béante derrière l'oreille.
Tout était-il donc fini ? Non, cette foule tout à l'heure ivre de vin, était maintenant ivre de sang. Elle redemande sa victime, on écarte les gens qui gardaient la porte, on pénètre dans ce misérable refuge, et puis, qui par un bras, qui par une jambe, on traîne de nouveau ce malheureux jeune homme sur le champ de foire. Mais l'oeuvre n'était pas tout à fait accomplie, le corps que l'on martyrisait ainsi depuis plus de deux heures, donnait encore quelques signes de vie. Alors, qu'imagine-t-on : on le dépose dans une mare desséchée, on accumule sur lui des fagots et de la paille, et ...., oui, il s'est trouvé des êtres à figure humaine qui ont mis le feu !!!
Et pendant que la victime cherchait instinctivement à repousser les atteintes de la flamme qui lui calcinait les membres, la foule hurlait autour de cet autodafé. Un instant après, M. de Moneys, tout à l'heure plein de force et de santé, chéri de sa famille, affectionné de tous ceux qui le connaissaient, n'était plus qu'un cadavre à moitié carbonisé."
Le mercredi 21 décembre 1870, 21 personnes sont condamnées à diverses peines.
Le lundi 6 février 1871, à 8h31 à Hautefaye, quatre des vingt et une personnes condamnées pour l'assassinat d'Alain de Moneys d'Ordières, sont guillotinées.