mardi 02 octobre 2007 à 07:56
EGYPTE
RAMADAN -Ceux qui ne jeûnent pas jeudi 27 septembre 2007
En apparence, toute l’Egypte semble aller dans le même sens durant le Ramadan : celui du jeûne jusqu’à l’Aïd El Fitr, ou rupture du jeûne, au trentième jour du mois. Néanmoins, les exceptions existent, et subissent une pression sociale
Le café Horreya au centre-ville, refuge de ceux qui ne jeûnent pas (Photo Bahaa Talis)
La pression sociale est évidente pour Assem, 24 ans, qui travaille dans les médias, et a décidé de ne plus pratiquer le jeûne il y a six ans lorsqu’il a pris conscience de son athéisme : "Mon père ne croyait pas en Dieu, mais il suivait les règles sociales en public". Assem fait plus ou moins de même. Pendant la journée, sa chambre à la maison est fermée à clé, il y fume et mange, mais consacre trois heures par jour, lorsqu’il est disponible, à jeûner et partager l’Iftar avec sa famille pour les contenter.
A l’extérieur, il évite les discussions avec les gens sur la pratique du Ramadan. Il se rend dans les cafés comme Horreya au centre ville, où se réunissent d’autres Egyptiens qui ne jeûnent pas. "Lorsque je quitte la maison ou le café, je fais attention à ne pas sentir le tabac avant de monter dans un taxi ou d’entrer dans un magasin, afin d’éviter les inéluctables remarques de la part des autres". "Un autre exemple, l’année dernière, je sortais avec ma petite amie durant le Ramadan, cela a choqué ma mère que j’ose m’exposer avec une fille qui n’est pas ma femme, pendant cette période de l’année". Une dernière chose irrite Assem : la lenteur de l’administration, le travail au ralenti, généré par la fatigue accumulée durant le jeûne, alors que lui reste opérationnel au bureau.
Moins de pression, mais pas moins de réflexions
Adham et Omar, eux, reconnaissent une pression sociale réelle, mais ne la subissent pas directement. Adham a 29 ans, il est réalisateur de films, alors, "dans mon milieu professionnel, c’est plus facile" avoue-t-il. "Dans ma famille, on m’a accordé la liberté depuis toujours", précise-t-il. Dans la journée, il se rend aussi au café Horreya ainsi que dans les chaînes de cafés très fréquentées par les occidentaux. Toutefois, Adham pense que la pratique du Ramadan en Egypte s’apparente souvent à une dictature, "c’est un fanatisme qui se montre, à cette période précise".
Quant à Omar, journaliste de 27 ans, tout comme Assem, il a remarqué que les gens dans la rue se focalisent sur lui. S'il sent la cigarette, "ils me regardent comme si j’étais un étranger". A la maison, il ne se cache pas pour manger ou boire devant sa famille. Par contre, il ne le fait pas devant des enfants, qui eux, ne sont pas encore juges de l’éducation religieuse qu’ils ont reçu : "Ne pas rompre le jeûne devant eux en pleine journée est une façon de ne pas les rendre confus", explique-t-il.
Marie GIROD. (www.lepetitjournal.com Caire) 27/92007
http://www.lepetitjournal.com/content/view/18945/1291/