dimanche 18 février 2007 à 01:45
| QUOTE (Grenouille verte @ 15 Feb 2007 à 18:31) |
| J'aime bien ce passage. On comprend alors pourquoi Spinoza a été pourchassé pour "athéisme". |
Ce qui a vallu à Spinoza d'être taxé d'athée ce n'est pas vraiment ce passage de l'Ethique. C'est le Traité Théologico-politique (TTP) qui a donné lieu à l'accusation d'athéisme (voir la "Lettre 42", dans la correspondance de Spinoza). Car Spinoza interrompt l'écriture de l'Ethique pour celle du TTP : le calvinisme des Pays-Bas devient menaçant pour la liberté de la philosophie et des autres religions. Ce calvinisme veut appliquer la théocratie de Moïse au monde néerlandais du 17ème siècle. La théocratie mosaïque est certes valable pour le peuple hébreux inculte et hostile aux étrangers, mais elle est une société politique fermée sur lui-même, qui empêche la science, l'art et les lettres de progresser, tout le contraire de la société néerlandaise du 17ème siècle.
[on retrouve les mêmes problèmes spinozistes aujourd'hui dans certains pays - pas tous - qui veulent appliquer stricto censu les préceptes du Coran et des Haddiths, et le modèle théologico-politique qui va avec : leurs sociétés sont plutôt hostiles au progrès intellectuels]
Dans le Traité Théologico-politique, Spinoza établit une étude critique et historique de la Bible. L'objectif principal est de montrer que les Saintes Ecritures n'ont pas pour but de rendre docte et érudit : leur unique dessein n'est pas d'enseigner la science, mais la piété, la justice et la charité. En d'autres termes, la fonction de la religion est l'intériorisation de valeurs et de règles morales en vue d'une socialisation des croyants. Mais cette religion s'est pervertie en superstition, là où les croyants se muent en idolâtres, fanatisés par le discours institutionnel de l'Eglise. Le problème posé par Spinoza est celui d'une lecture littérale de la Bible, problème toujours d'actualité pour les musulmans lorsqu'ils abordent le Coran.
Spinoza montre également que la Bible contient intrinsèquement des incohérences et des faussetés, que ce qu'on appelle "révélation", "prophétie", ou "miracle" ne sont rien d'autres que des évènements naturels que les plus crédulent (les prophètes y compris) interprètent malencontreusement comme les signes d'un Dieu, tout simplement parce qu'ils ignorent les liens qui unissent les causes et les effets [tout ceci est valable pour la religion musulmane qui n'a pas encore effectuée sa révolution intellectuelle - il y a certaines tentatives mais elles sont mal appréciées par beaucoup d'autorités religieuses]. Spinoza montre ainsi que les prophètes n'étaient pas des hommes de science, mais qu'ils étaient doués d'une vertu supérieure à la masse.
Si Spinoza utilise toujours le terme de "Dieu", il le vide pourtant de son contenu anthropomorphique. Dieu n'est pas un surhomme sur un trône qui a crée le monde pour les hommes, afin que ces derniers lui vouent un culte immodéré. Dieu c'est la Nature. Pour lui, la Bible ne contient aucun mystère et chacun peut la lire individuellement, sans subir la pression des autorités religieuses et des théologiens. De fait donc pour Spinoza, Dieu ne peut faire l'objet d'une simple croyance (sauf pour la masse indisciplinée facilement manipulable), mais d'une connaissance rationnelle, et c'est la démocratie républicaine, non la théocratie sous quelque forme que ce soit, qui peut le mieux garantir la paix et la concorde entre les hommes, ainsi que la liberté de conscience.